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Pandémie de coronavirus : quid des ESI ?

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Epidémiologie

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Face à la crise sanitaire de l’envergure actuelle, des mesures exceptionnelles sont en train d’être mises en place. Si la population est confinée autant que faire ce peu, les équipes soignantes partent « en guerre » et les étudiants en formation en santé sont également mobilisés pour leur prêter main forte. Dernièrement, une instruction ministérielle réglemente pour l’essentiel le rôle des étudiants durant la pandémie.

Une instruction commune du ministère de la Santé et de celui de l’Enseignement supérieur fait état de la situation des étudiants en formation de santé pendant cette période de crise.

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Le nombre de personnes infectées par le nouveau Covid-19 ne cesse de croître dans l’Hexagone, mettant les services de soins à rude épreuve. Déjà depuis lundi 16 mars, les IFSI sont fermés et ne dispensent plus de cours théoriques. De leur côté les étudiants sont mobilisés afin de soutenir les équipes soignantes. Mais en quoi cela consiste en pratique ? Qui peut être potentiellement réquisitionnés ? Quel est le cadre réglementaire ?

Plusieurs personnes ont discuté de ce sujet sur notre forum. Rinou06, par exemple, évoque la situation des instituts de formation à proximité de son lieu d’exercice : Ceux de l'IFSI et IFAS de la ville avoisinante ont reçu l'ordre d'arrêter les stages et de rester confinés, à part les 3e année qui vont au bout de leur stage en cours. Mais il est question que les étudiants AS de notre IFAS, qui sont en promotion professionnelle, viennent en renfort dans les services. Ils attendent la décision de la direction. Deux poids deux mesures, s’agace-t-elle. De son côté, Caducée33 est mal à l’aide à l’idée d’envoyer les étudiants au front avec les risques associés. En tant qu’infirmière du service médical CPAM, j'ai mobilisé toutes mes ressources pour obtenir l'accord de la direction régionale pour pouvoir aider sur le terrain. Je ne suis pas d'accord avec l'idée de mobiliser les ESI comme de la "chair à canon" alors que plusieurs personnes appartenant à la réserve ne sont pas encore appelées. Il sera bien temps d'avoir recours à tous ces jeunes (ou moins jeunes) si toutes les autres possibilités ont été utilisées, mais en première intention ça me choque et ça me dérange... J'espère être appelée, en solidarité avec toutes les personnes (soignantes ou pas) qui sont sur le pont.

Ainsi, face à l’amplification de la circulation du Sars-Cov-2, le ministère des Solidarités et de la Santé et celui de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, après échanges avec les représentants des enseignements et des étudiants, ont rédigé une instruction établissant les grandes lignes du recours aux étudiants au niveau national en rappelant que l’envergure de la crise nécessite des mesures exceptionnelles et souples selon les besoins sanitaires des régions. Ce document est consultable sur le site de la Fnesi qui en a fait une capture image.

Le premier point soulevé par le texte est le service sanitaire , qui n’est plus effectif vu qu’il se déroule majoritairement dans les Ehpad et les établissements scolaires. Il est clairement spécifié que, malgré son degré d’accomplissement, il sera validé.

En tout cas pour ce qui est de l'ARS PACA, ici notre IFSI a fermé, on continue les cours sur une plateforme. Certains enseignements et évaluations sont revus, les stages sont annulés, sauf pour les 3ème année qui continuent. D'après les formateurs IFSI, les stages seront validés car l'ARS a décrété que ce n'était pas de notre fait. Cependant, ils nous ont tout de même notifié que tout peut changer encore car la situation est réexaminée au jour le jour.

Les ESI en aide aux services de soin

Les étudiants en santé sont amenés à participer aux soins des patients et à la gestion de la crise sanitaire au sein des équipes médicales et soignantes. Cette activité auprès du patient est essentielle pour leur formation et la continuité des soins délivrés, explique l’instruction tout en précisant bien queles étudiants viennent en renfort dans les services de soin. Il existe plusieurs possibilités pour que les ESI intègrent les équipes de soins : l’affectation ou réaffectation de stages, le volontariat, les vacations ou les réquisitions.

Ainsi, en ce qui concerne les stages, il est possible que les étudiants soient réaffectés en secteur de ville ou hospitalier selon les besoins sanitaires. Cela se fera au niveau local en coordination entre les UFR, les instituts de formation, les établissements et les ARS, informe le texte. Par exemple, selon Caqui13, à l’APHM, les ESI de 2ème et 3ème année sont restés pour prêter main forte en tant qu’AS. Ces stages doivent bien entendu se faire dans le respect des conditions habituelles d’accueil et d’indemnisation. En effet, les ESI doivent bénéficier des modalités d’indemnisation et de remboursement des frais de transport identiques à celles prévues par les textes régissant leur formation. Par ailleurs, il est spécifié que pour ne pas pénaliser les étudiants, le parcours de stage devrait être adapté le plus possible à la situation présente. De même dans le cas où les étudiants sont dans l’impossibilité de réaliser leurs stages, un travail écrit, en lien avec le type de stage prévu peut leur être demandé.

D’autre part, les étudiants paramédicaux volontaires peuvent venir en appui aux équipes de professionnels de santé, sous réserve de l’accord du responsable de la structure d’accueil et aussi selon les capacités de l’établissement à pouvoir les encadrer. Si toutes les conditions sont remplies, une convention de stage est établie. Plus précisément pour les ESI, il appartient au référent pédagogique de l’IFSI de préciser, dans les premiers jours après l’entrée du stagiaire dans l’établissement d’accueil, le caractère validant ou non de ce stage pour sa formation. Point positif, tout de même, l’instruction invite les instituts de formation à apprécier avec souplesse les critères de validation » compte tenu « de l’engagement volontaire de ces étudiants.

Des conditions qui sont assez vagues mais qui indiquent clairement la nécessité d’une convention de stage. Une bonne nouvelle car, apparemment, d’après les témoignages sur notre forum, certains étudiants ne sont pas rassurés quant à être volontaires dans les services, comme en témoigne notamment Hématose : Mon IFSI fait signer aux ESI de 2 et 3ème année volontaires pour aller renforcer les équipes de soins hospitalières des "actes d'engagement de contribution à la continuité des soins aux structures sanitaires, médico-sociales, d'accueil de jeunes enfants". Si ce papier n'est pas rempli et signé par nos soins, impossible d'être "mobilisés" et de faire compter le temps passé en hospitalier à l'occasion de cette "mobilisation" comme du temps de stage. Sauf que... Le papier fait assez peur et j'ai une énorme hésitation à le remplir, j'ai le sentiment que le document est susceptible de m'engager sur une très, très longue période et qu’il laisse le droit à l'hôpital de se servir de moi comme chair à canon. Fondamentalement je ne suis pas opposée au fait d'aller aider en service en tant qu'aide-soignante, le problème n'est pas là, mais je me méfie beaucoup de ce document que l'on veut à tout prix me faire signer (les formatrices sont hyper insistantes, la direction de l'IFSI de même). Visiblement ce papier n’est pas une convention de stage, mais à quoi sert-il ? Uniquement à savoir combien et en quelle années sont les ESI volontaires ? Hématose se pose-t-elle trop de questions ? Bernard 123, qui semble un infirmier confirmé comprend son inquiétude : Il est évident qu'en tant que futur soignant, la motivation est grande à contribuer à la prise en soins, dans la situation actuelle. Mais attention à ne pas le faire dans n'importe quelles conditions.

En PACA, une prime exceptionnelle pour les stagiaires paramédicaux

Nous débloquons une prime exceptionnelle pour tous les stagiaires paramédicaux de la Région Sud mobilisés dans la guerre contre le coronavirus, a affirmé Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur. La Région PACA finance tout au long de l’année les stages de 12 435 étudiants en formation paramédicale, notamment : infirmiers, aides-soignants, ambulanciers, masseurs-kinésithérapeutes, manipulateurs en radiologie et auxiliaires de puériculture.

Or, au vu du contexte exceptionnel, et dans le cadre du Plan Blanc, ces stagiaires sont aujourd’hui pleinement mobilisés sur le front du coronavirus. Ils contribuent chaque jour à assurer le service public de santé aux côtés des soignants. Ainsi nous avons décidé aujourd’hui de leur verser une prime exceptionnelle de 200 euros chacun, a annoncé le président de région.

En outre, pour la majorité des étudiants, cet argent représente un doublement de leur indemnité régionale de stage. Pour la Région, cela se traduit par un engagement de 2,5 millions d’euros supplémentaires. Le dispositif devrait être mis en œuvre dans les jours à venir pour les stagiaires médicaux et paramédicaux concernés, et cette prime sera répercutée sur leurs comptes bancaires dans les plus brefs délais permis par la loi.

Les vacations et les réquisitions possibles

En outre, des vacations peuvent également être proposées à l’ensembles des étudiants en santé volontaires et ce, notamment pendant les plages horaires permettant d’assurer la continuité des soins comme les jours fériés, les nuits ou les week-ends. Ainsi, les ESI peuvent se voir offrir des vacations d’aides-soignants dès la 2ème année. En parallèle, des vacations de soins infirmiers peuvent être suggérées aux étudiants des formations spécialisées (IBODE, IADE, PUER, cadre de santé infirmier). Un contrat devra ainsi être signé entre l’étudiant et l’établissement employeur afin de couvrir l’étudiant qui devient salarié et qui sera donc rémunéré à ce titre.

Enfin, les ESI de 3ème année peuvent être potentiellement réquisitionnés. Ils seront, par conséquent, assimilés à des collaborateurs occasionnels du service public et indemnisés directement par la CNAM. L’instruction interministérielle spécifie que des dispositions réglementaires permettant de définir le cadre et les modalités d’indemnisation, de prise en charge des frais de déplacement et d’hébergement, pour la réquisition des étudiants en santé seront prochainement publiées.

Les étudiants en santé qui ne sont pas mobilisés en stage à un moment doivent être joignables et pouvoir rejoindre un terrain de stage défini conjointement par les ARS, Doyens et directeurs d’instituts, d’après l’instruction interministérielle.

Les mêmes droits que les soignants

Bien sûr, en venant en aide aux équipes de professionnels, les ESI peuvent être confrontés à des patients porteurs du Covid-19. Or, le texte est très clair sur le fait que les étudiants bénéficieront des mêmes règles de protection individuelle que celles mises en place dans les centres de soins pour limiter le risque de contamination de tous les personnels soignants.Cependant d’après les propos de Muezza20, cela ne veut pas dire travailler en toute sécurité car les soignants diplômés manquent déjà de matériel. Zéro gratitude de la part de nos supérieurs alors qu'on risque littéralement nos vies. Il y a 4 jours, à mon lieu de stage une patiente avait été en contact avec un COVID-19 (décédé depuis). Elle désaturait. Elle a été dépistée 3 jours plus tard. Nos vies ne valent rien. On n’avait pas de masque, 2 bouteilles de SHA pour une dizaine de soignants. On joue sur nos sentiments, les gouvernements savent pertinemment qu'on ne va pas laisser tomber nos patients. J'ai l'impression qu’être IDE, c’est tout accepter. J'ai des collègues ESI qui présentent tous les symptômes de la maladie (elles étaient en stage en pneumo), mais rien n'est fait, aucun soutien ni de la part de l'IFSI ni de l’hôpital...

En tous les cas, le texte répond, du moins en partie à la question d’Aminy : vous savez si on a le droit de refuser d’être réquisitionné ? je suis ESI en 1ère année et ancienne AS, j'ai entendu dire, que dès demain, certains seraient réquisitionnés. Le hic c'est que je suis une personne " fragile" j'ai une maladie auto-immune encore inconnue, donc travailler dans un environnement à risque, c'est m’envoyer directement à l'abattoir. Or, l’instruction affirme que la protection des personnes vulnérables s’applique à tout étudiant en santé selon les mêmes critères que pour le personnel soignant. Les étudiants en santé enceintes ou atteints de pathologie chronique peuvent participer, si leur état de santé le permet, à la régulation et à la coordination des équipes au sein des cellules de crises, en soutien à la recherche. Mais, bien évidemment, ils seront exemptés de contact potentiel avec les malades infectés par le Covid-19.

Enfin, il est question pour les étudiants sujets au stress et à un épuisement psychologique et physique, d’alerter le référent, et/ou de faire appel à la participation des structures d’appui et de soutien existantes des établissements, notamment les cellules d’urgence médico-psychologique (CUMP) et les structures d’accompagnement dédiées à cet effet.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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