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Parce qu'à deux - soignant et soigné -, on est plus forts...

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Nous donnons à nouveau la parole à cette blogueuse « patiente (imp)patiente ». A la lecture de ce qu'elle a souhaité partager avec la communauté soignante d'infirmiers.com, nous comprenons mieux les conséquences d'une décision thérapeutique « banalisée » côté soignants… Sous forme de lettre qu'elle leur adresse, elle exprime ses angoisses et les malentendus qui les accompagnent à la veille d'entrer dans un nouveau protocole de soins ; une « desensibilisation » en vue d'une troisième greffe rénale…

peur angoisse

Lettre à mes soignants… mais pas que…

Alors oui, en tant que soignant d'un hôpital, tu te dis, non, mais quand même, parfois elle exagère. C'était quand même pas si terrible, on a fait que reporter le traitement.

Oui, mais voilà ce que tu ne sais pas...

- Dimanche, j'ai fait plus de 7 heures de route car on m'a demandé d'arriver la veille pour la dialyse et les échanges le lundi toute la journée,

- On venait de recevoir notre nièce de 10 ans pour le ski.

- Dimanche, nous l'avons laissé à l'aéroport tôt et j'étais fatiguée.

- J'aurais été mieux le dimanche après-midi avec mon mari à regarder des films débiles.

- J'aurais été mieux lundi matin avec mon pyjama pilou à regarder des émissions débiles à la TV. - J'aurais été mieux à ma dialyse habitudelle avec Mr M. qui ronfle et Mr G. qui rit aux éclats.

- J'aurais pu passer une bonne soirée avec mon amoureux avant de partir.

- J'aurais pu partir dans de bien meilleures conditions et dire au revoir à mon mari correctement plutôt qu'entre 2 voitures.

- J'angoissais depuis le mois de novembre face à ce nouveau protocole.

- Il était à l'origine prévu pour le mois de janvier mais il y a eu un souci d'organisation de la part de l'hôpital.

- Je dormais très mal depuis 15 jours car j'étais très angoissée pour le protocole.

- Je ne disposais que de peu d'informations et celles qui m'avaient été données à l'arrivée étaient discordantes.

- Pour la dialyse de lundi après-midi, j'ai été branchée avec 2h de retard.

- On ne m'a pas écouté, ni entendu, sur mes paramètres de dialyses.

- Mon mari est resté chez nous pour des raisons professionnelles.

- Les visites prévues étaient quasi toutes abandonnées du fait du report du protocole.

- L'horaire des traitements d'après-midi  font que je ne peux recevoir aucune visite vu que le matin les visites ne sont pas autorisées. 

Pour toi, soignant, tu as compartimenté mes angoisses en les remettant dans le contexte de l'hôpital.

Pour moi, ça a été ajouté à tout le contexte que je vivais depuis des mois. Plus j'étais stressée, moins j'arrivais à verbaliser mes angoisses. Plus j'étais angoissée, moins tu m'entendais. Moins tu m'entends, plus j'angoisse.

Aujourd'hui, je suis d'accord avec toi pour le report du protocole. Ce n'est pas si grave.  Et puis depuis, tu m'as proposé de dialyser en soirée ce qui me permettra d'avoir des visites.

Non, je n'ai pas voulu te pourrir ton heure, ta journée, ta semaine...

Non, ça ne m'a pas amusé que tu me prennes pour une pauvre fille totalement paumée et dépressive.

Non, je n'ai pas aimé que tu me taxes de patiente difficile sur la base d'une seule mauvaise rencontre.

J'ai peur de l'inconnu et je pense que tu n'as pas su le comprendre parce que tu es dans ton univers de travail et pour toi, c'est quotidien. Pour moi, pas. J'ai l'impression que tu as a minimisé mon stress.

Le Dr B. est venue me donner les informations sur le protocole lundi après-midi dans une bonne situation d'information et d'écoute. Ça m'a clairement rassuré. Je me suis sentie acteur du soin et impliquée. Et surtout, j'ai repris confiance.

Mardi, toi et moi, on a commencé le protocole.Tu m'as écouté, répondu à mes nombreuses questions.Tu as été là pour moi et ça s'est bien passé. A deux on est plus forts.

Je voulais te dire aussi que j'avais peur de mourir lors de ce protocole. Selon les statistiques des personnes dialysées, je devrais être morte depuis longtemps. Statistiquement, un rien pourrait me faire mourir. Dans les hôpitaux on peut mourir. Moi, ça me fait peur.

Je t'écris en toute amitié et sans animosité. Je sais que tu fais tout ce que tu peux malgré les contraintes que t'impose ton employeur.  J'y suis sensible, quand je vais bien et que je suis capable de prendre du recul. Je sais que le problème de l'hôpital c'est les mots « ensemble » et « communication » et que tu n'y peux rien. Tu sais, je t'aime bien quand même.  

http://www.patienteimpatiente.fr

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Commentaires (1)

bakawette55

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1 commentaires

#1

fenêtre qui s'ouvre

En tant qu''infirmière, je me demande toujours ce que pensent mes "patients" (nous avons des "résidents" là où je travaille), comment ils vivent ce que nous leur faisons, selon notre rythme et notre organisation, nos objectifs de soins, tout en essayant de rester à l'écoute, ouverts d'esprit, sans jugement, attentifs aux demandes, besoins, états d'esprit.....