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Maladie de Parkinson et rôle de l'aide-soignant, au plus proche de l’autonomie de la personne soignée

La maladie de Parkinson est une affection neuro-dégénérative bien connue en France. Elle est se situe en deuxième position derrière la maladie d’Alzheimer avec plus de 25 000 nouveaux cas par an. D’ici 2030, les prévisions épidémiologiques prévoient une augmentation de 56 % du nombre de patients, avec 1 personne sur 120 de plus 45 ans atteinte de la maladie. Dans sa prise en charge, quel est le rôle de l'aide-soignant ?

La maladie de Parkinson touche essentiellement des sujets âgés, avec un pic autour de 70 ans. Compte tenu du vieillissement de la population, l’incidence de la maladie progresse (Inserm)

Caractérisée par une perte progressive et irréversible de neurones dopaminergiques, à l’origine de la symptomatologie caractéristique, et notamment marquée par des tremblements qui affectent les membres, la maladie de Parkinson requiert une prise soins holistiques tant son retentissement est vaste sur les activités de la vie quotidienne du patient. A ce titre, affectant en moyenne les personnes âgées de 75-80 ans, les enjeux qualitatifs de la prise en soins revêtent un caractère bien spécifique pour des professionnels de santé qui interviennent essentiellement auprès d’un public senior. Véritable défi humaniste, au carrefour de l’autonomie et de l’innovation en santé, la prise en soin de la personne atteinte de la maladie de Parkinson s’avère être au cœur de la fonction première des aides-soignants. En établissement de santé, médico-social et au domicile, focus sur le rôle de l’aide-soignant en ce domaine, au plus proche du besoin de la personne soignée.

Au quotidien, garantir l’autonomie en collaboration

Bien qu’elle soit atteinte d'une affection neuro-dégénérative, la personne touchée par la maladie de Parkinson est tout à fait consciente de sa pathologie et des difficultés qu’elle lui oppose dans son quotidien. Aussi, en qualité d’aide-soignant, il est d’abord très important de veiller à maintenir l’autonomie de la personne soignée, notamment au décours des soins d’hygiène et de confort, afin d’éviter de mettre le patient au pied du mur de ses difficultés induites par sa lenteur (l’akinésie ou la bradykinésie) ou ses tremblements. En effet, ceux-ci sont sensibles à l’activation cérébrale, motrice et au langage, ils sont également très sensibles aux émotions. La moindre contrariété peut être l’endroit d’une aggravation des symptômes et des émotions négatives ressenties par le patient. Un cercle vicieux qui se nourrit d’une évidente perte d’estime de soi favorisée par les difficultés que peut avoir la personne parkinsonienne à se réaliser dans les activités de la vie quotidienne (lacer ses chaussures, boutonner une veste…). Si bien que, impliqué au premier chef de l’accompagnement, l’aide-soignant a un rôle fondamental pour repérer les vulnérabilités et essayer de les résoudre dans la limite de ses compétences (proposer son aide lors de la toilette ou pour enfiler un vêtement, aider au maquillage ou à la coiffure…) sans pour autant contraindre le « pouvoir d’agir » de la personne soignée, cela va de soi.

L'aide-soignant au chevet du patient apparaît fondamental afin d’être le garde-fou de l’autonomie individuelle dans une perspective holistique et collaborative

En outre, dans le domaine du maintien de l’autonomie, l’expertise et le raisonnement clinique de l’AS, parce qu’ils permettent de repérer au plus tôt la zone de vulnérabilité de l’individu, est précieuse et plus particulièrement pertinente dans une perspective de collaboration. D’abord dans le cadre du binôme IDE/AS en réalisant des transmissions de qualité dans le dossier de soins puis, avec l’ensemble des professionnels de santé en présence, qui interviendraient en pluridisciplinarité dans l’accompagnement des patients atteints de la maladie de Parkinson, en établissement de santé, médico-social et à domicile. Il est donc tout à fait du rôle de l’aide-soignant de proposer à l’infirmier et/ou au médecin référent l’intervention de l’ergothérapeute afin d’étudier un choix de couverts ergonomiques, du pédicure-podologue afin de proposer un chaussage de qualité ou du kinésithérapeute pour maintenir le périmètre de marche de la personne soignée tout en réduisant l’impact de la rigidité des membres. Au-delà, le rôle de l’aide-soignant est également majeur lorsqu’il s’agit d’interpeller l’électricien de la structure ou les talents de bricoleurs du beau-fils afin de réparer une ampoule défaillante ou d’aplanir un bel accroc sur le linoléum, vecteur de chute à coup sûr. Les exemples ne manquent pas et, en tout état cause, ce professionnel au chevet du patient apparaît fondamental afin d’être le garde-fou de l’autonomie individuelle dans une perspective holistique et collaborative.

Observation et participation à la surveillance thérapeutique

La maladie de Parkinson se « traite ». A tout le moins par des traitements permettant de diminuer ses principaux symptômes, plus particulièrement l’akinésie et l’hypertonie musculaire. Pour ce faire, un traitement de référence existe : la L-DOPA. Réservée aux patients âgés de plus de 70 ans, cette thérapeutique admet une utilisation précautionneuse et très suivie. En effet, elle doit être administrée par l’IDE à heures régulières, en dehors des repas et, souvent, la dernière prise a lieu avant 17 heures afin d’éviter de majorer le risque d’une complication pharmaco-induite qui pourrait poindre durant la nuit : l’hypotension orthostatique. Dans ce cas, elle est souvent rencontrée chez le patient parkinsonien présentant une dysautonomie. Ici, l’hypotension orthostatique caractérise une altération du système nerveux autonome définie comme une baisse brutale de la tension artérielle lors de la verticalisation, entraînant des chutes avec toutes les conséquences que cela peut avoir…

L’aide-soignant doit rechercher les signes fonctionnels d’un "malaise"

De fait, l’observation aide-soignante est essentielle afin de prévenir l’apparition de l’hypotension orthostatique sur plusieurs points. D’abord sur l’aspect clinique. Avant le premier lever matinal, l’aide-soignant doit être rigoureux quant à la recherche de la tension artérielle d’un patient parkinsonien et d’autant plus suivant un traitement par L-DOPA. A noter que cette hypotension artérielle d’origine neurologique n’est jamais compensée par une accélération du rythme cardiaque. Sur le plan physique, l’aide-soignant doit rechercher les signes fonctionnels (c’est-à-dire formulés par le patient) d’un "malaise". Faiblesse musculaire, asthénie, fourmillements dans les extrémités, le glossaire de sémiologie est riche pour mettre en évidence un risque d’hypotension orthostatique. Enfin sur le plan thérapeutique, en collaboration avec l’IDE et dans le cadre du rôle propre de ce dernier, l’aide-soignant doit veiller à faire porter à la personne soignée des contentions veineuses élastiques à type de bas de contention (mais pas de bandes de contention, attention !) avant le lever. Il s’assurera également de l’observance et du suivi thérapeutique de la personne soignée, plus particulièrement du respect de la régularité des horaires de prise.

Maladie de Parkinsonien, recherche & innovation : quid de l’aide-soignant ?

Devant une fonction essentielle, l’aide-soignant qui prend en soin une personne atteinte de la maladie de Parkinson a toutes les cartes en mains pour promouvoir l’innovation relative à la prise en charge du patient. Au plus proche des besoins de la personne soignée, c’est dans le détail du quotidien que se cache peut-être une nouvelle perspective technique, relationnelle ou logistique permettant d’améliorer le quotidien des malades. Placé en position d’observateur et d’acteur, l’aide-soignant est dans les meilleures dispositions afin de contribuer à des travaux de recherche dans de nombreux domaines tels que les sciences infirmières, de l’éducation ou les neurosciences. A l’aune d’une nouvelle dynamique pour la formation à ce métier, nul doute qu’il faille prendre en compte l’initiative individuelle de ces professionnels apparaissant comme des chercheurs potentiels. Des professionnels dont l’expertise, en lien avec celle des infirmiers, pourrait trouver sa place dans le développement de « recherche-action », dont les données probantes nourriraient l’« evidence-based nursing », point cardinal de la pratique soignante quotidienne.


Etudiant en soins infirmiers (2019-2022)
Aide-soignant
@AlexisBtlle

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