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Le pass sanitaire en établissement de santé : entre défi organisationnel et pédagogie

L’application du pass sanitaire dans les établissements de santé exige de ces structures qu’elles mettent en place un mode d’organisation qui respecte le cadre légal tout en maintenant la continuité des soins pour les patients et l’accessibilité pour les visiteurs. Un exercice d’équilibriste parfois délicat qui repose notamment sur beaucoup de pédagogie.

Hôpitaux et EHPAD ont dû s'adapter pour appliquer la réglementation concernant le pass sanitaire.

Depuis le 9 août, le pass sanitaire, un temps limité aux lieux culturels et de loisirs accueillant plus de 50 personnes, est étendu notamment aux hôpitaux et aux EHPAD et maisons de retraites. Professionnels de ces établissements, mais aussi patients et visiteurs se doivent désormais de présenter une attestation de schéma vaccinal complet, un test PCR négatif de moins de 72 heures ou la preuve de rétablissement d’une contamination de Covid-19. Seules exceptions fixées par la loi relative à la gestion de la crise sanitaire : les entrées aux urgences, dans les services de maternité, les centres de dépistage et de vaccination, et le recours à l’IVG. La question du pass sanitaire est également corrélée à l’obligation vaccinale des soignants et de tout professionnel en contact avec des personnes vulnérables, acceptée par la plupart mais qui rencontre encore parfois des réticences, alors même que l'absence de vaccination entraînera dès le 15 septembre des suspensions de contrat. Dans ces conditions, comment concilier sécurité sanitaire, respect des consignes gouvernementales et mission soignante ?

Une organisation parfois complexe dans les grands hôpitaux

Dans les 5 établissements hospitaliers et 3 annexes du CHU de Nice, on observe une application stricte des consignes gouvernementales : seuls les visiteurs munis d’un pass sanitaire sont autorisés à entrer, à l’exception de ceux qui se rendent auprès de patients en fin de vie ou dans certains services de pédiatrie. Les contrôles s’effectuent alors à l’entrée par le service de sécurité prestataire du CHU. Pour les patients, en revanche, l’application de la mesure est plus délicate, note Evan Malczyk, le directeur opérationnel de crise, dans ce CHU qui, en 2019, comptabilisait près de 500 000 journées d’hospitalisation et disposait d’une capacité d’accueil de 1 635 lits. Une organisation spécifique a ainsi dû être mise en place pour les patients qui ne relèvent pas des régimes d’exception définis par les textes et se rendant à l’hôpital dans le cadre de consultations programmées afin d’en respecter le cadre tout en assurant le maintien de la continuité des soins. Pour ces patients, nous proposons deux alternatives. Ils ont la possibilité de se faire dépister dans nos centres de dépistage, à l’entrée de nos établissements, explique Evan Malczyk. La seconde alternative s’appuie, quant à elle, sur la réglementation gouvernementale : la validation par un responsable soignant ou un cadre de santé, chargé d’évaluer la nécessité des patients à pénétrer dans les établissements pour y être pris en charge. Nous faisons appel à des cadres de santé référents, qui sont des soignants en capacité de faire le lien pour avoir un avis médical qui qualifiera l’urgence de maintenir le soin programmé, même si le patient n’a pas le pass sanitaire, précise Pascale Cuberes, directrice et coordinatrice générale des soins. Par ailleurs, des tests antigéniques, pour lesquels l’ensemble des équipes a été formé, et la vaccination sont également proposés à ces patients une fois à l’intérieur.

Notre volonté est de maintenir l’accès aux soins, coûte que coûte

Cela s’organise plutôt bien, remarque Evan Malczyk, malgré la complexité opérationnelle qu’induit ce type d’établissement hospitalier multisite. Les professionnels de santé du CHU ont en réalité été intégrés dans les discussions portant sur la gestion de la crise sanitaire dans ses différents établissements. Nous avons mis en place une réflexion institutionnelle, souligne-t-il. Elle est portée à l’échelon médico-soignant. Nous avons également une cellule médico-chirurgicale qui réfléchit au dispositif de manière hebdomadaire. « Notre volonté, c’est de maintenir l’accès aux soins, coûte que coûte, tout en protégeant tous les patients du CHU de Nice, mais également nos équipes, et de nous mettre en conformité avec la réglementation du pass sanitaire », insiste Pascale Cuberes, qui note n’avoir par ailleurs constaté aucune diminution des entrées dans les différents services du CHU depuis l’instauration du pass sanitaire ni aucune remontée d’incidents qui y seraient liés impliquant des patients ou des visiteurs.

Confiance et responsabilisation en EHPAD

Dans les EHPAD, la problématique est légèrement différente, puisque les flux les plus importants à absorber concernent les visiteurs. Dans l’établissement des Rousselières, à Pleumartin (Vienne), qui accueille en tout 55 résidents, la vérification du pass sanitaire est directement effectuée par les personnels soignants et administratifs via l’application qui permet de scanner les QR code mise à disposition par le gouvernement. Nous sommes un petit établissement rural, précise Éric-Angelo Bellini, son directeur. Nous enregistrons entre 12 à 15 visites par jour, et nous en assurons la gestion au fil de l’eau. Et nous connaissons toutes les familles et tous les visiteurs réguliers. Ce qui a grandement facilité la mise en place du pass, mais aussi, de manière plus générale, la gestion de la crise sanitaire. L’établissement a fait le choix de miser sur son lien de confiance avec les familles et sur leur sens des responsabilités. Dès le mois de juillet, je leur ai écrit pour les prévenir de l’instauration obligatoire à venir du pass, raconte Éric-Angelo Bellini. Je pars du principe que les visiteurs sont des adultes et que s’ils prennent le temps de venir voir un parent en EHPAD, c’est qu’ils tiennent à lui et qu’ils veulent le protéger. Une réglementation a été décidée, et nous devons donc la mettre en place ensemble. Et cela se passe plutôt sereinement. Les résidents, de leur côté, ont également tous reçu leur pass sanitaire, notamment car il leur est nécessaire lorsqu’ils se rendent à l’hôpital ou chez le médecin.

La vaccination, la mise en place du pass sanitaire : rien n’est impossible. On sait s’organiser

Si le pass sanitaire est bien accepté par les visiteurs, il entraîne néanmoins des difficultés organisationnelles, car aller à la rencontre des familles pour le vérifier demande du temps, qui n’est alors pas consacré aux tâches administratives ni aux soins. Une problématique d’autant plus saillante pour le directeur d’EHPAD que l’établissement manque de personnel – une préoccupation qui touche selon lui l’ensemble de ce type de structures – et que les autorisations d’embauche et de renfort obtenues depuis le début de l’année 2020 pour faire face à la crise sanitaire sont peu à peu retirées. Une fois dans les locaux, néanmoins, les visiteurs et les résidents sont libres de se déplacer seuls, dans le respect des consignes sanitaires. La vaccination, la mise en place du pass sanitaire : rien n’est impossible. On sait s’organiser. Mais nous avons besoin des moyens nécessaires pour le faire, renchérit-il. Là aussi, si l’application de la mesure exige le recours à des ressources supplémentaires, elle entraînera obligatoirement un coût financier supplémentaire pour l’établissement, encore difficilement mesurable à l’heure actuelle.

De la pédagogie avant toute chose

Demeure la question de la vaccination obligatoire des soignants. Au CHU de Nice, où plus de 80 % du personnel hospitalier est vacciné, toutes catégories confondues, est menée depuis le mois de janvier 2021 une politique ambitieuse de couverture vaccinale grâce à la multiplication des accès à la vaccination, des plans de communication et à leur déploiement au plus près des équipes de tous les secteurs qui composent l’hôpital, que la mise en place du pass est venue conforter, indique Pascale Cuberes. Un comité de pilotage de vaccination pluriprofessionnel a également été mis en place afin de sensibiliser les personnels à l’intérêt de cet acte dans le cadre de la lutte contre le virus et d’adapter la stratégie des établissements en fonction de l’évolution de la situation et de la réglementation. L’objectif étant d’être le plus possible en conformité avec les directives gouvernementales au 15 septembre, date butoir à laquelle l’ensemble des professionnels devront avoir reçu au moins une injection de vaccin. Nous n’atteindrons probablement pas les 100 %, reconnaît toutefois Evan Malczyk, l’enjeu principal étant d’avoir un bagage résiduel de non-vaccinés le plus petit possible et d’accompagner individuellement les agents qui ne seraient pas vaccinés. Ligne téléphonique pour répondre aux interrogations sur la vaccination, accompagnement individualisé par les ressources humaines…, en attendant, tout est mis en œuvre pour convaincre les récalcitrants. Nous avons eu une approche pédagogique et de sensibilisation, ajoute Pascale Cuberes. Résultat : le CHU n'a pas à déplorer de manifestations de mécontentement chez ses soignants. Et nous travaillons en permanence à une mise en place optimale qui nous permette d’accompagner au mieux toute la communauté hospitalière.

Au sein de l’EHPAD des Rousselières, le sujet n’a pas non plus soulevé de problématique particulière. Dès la fin février 2021, professionnels et résidents étaient tous vaccinés contre le Covid-19. La raison de ce succès : Nous n’avons pas attendu que la vaccination devienne obligatoire pour lancer le débat sur le sujet avec le personnel, les résidents et les familles, explique Éric-Angelo Bellini. Nous avons commencé à en parler en novembre, et dès que la vaccination a été proposée dans les EHPAD, nous l’avons mise en place pour tout le monde. Pour le directeur de l’établissement, qui s’est très tôt positionné contre le confinement prolongé des résidents, le pass sanitaire est un moyen de regagner de la liberté, car il permet de lever un certain nombre de contraintes et autorise les résidents à revenir dans une égalité citoyenne où il leur est possible de recevoir des visites, voire de sortir en famille. À condition, souligne-t-il, que la mesure ne s’inscrive pas dans la durée, une option que le gouvernement, qui a pour l’instant fixée sa levée au 15 novembre 2021, n’exclut actuellement pas.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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