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"Un petit îlot de psychiatrie dans une mer de pédiatrie" : la prépondérance des partenariats racontée par un IPA

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Pratique avancée

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A Toulouse, le partenariat entre un IPA spécialisé en pédopsychiatrie et les équipes de pédiatrie est un exercice novateur. Cette synergie, emmenée par un IPA, participe à l’amélioration de la qualité des soins mais représente aussi une véritable plus-value dans la réponse apportée à la variabilité des besoins de soins psychiques induis par la crise sanitaire actuelle.

Activité de formation, mise en place de protocoles de soins, l’IPA intervient auprès des équipes de différents services pour apporter un savoir utile.

Lorsque Rémi Izoulet, titulaire d’un diplôme d’Infirmier en Pratique Avancée mention psychiatrie et santé mentale, mais également d’un Master en Sciences Infirmières de l’hôpital Saint-Anne, monte sur la scène des Journées Nationales des Infirmiers en Pratique Avancée (JNIPA), réunies pour deux jours au ministère de la Santé le 13 décembre dernier, c’est pour évoquer un projet de partenariat en pratique avancée. Un projet qui s'est déroulé dans un contexte particulier, explique-t-il en préambule, celui de la crise sanitaire. 

Je travaille au sein de l’équipe mobile de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital des enfants du CHU de Toulouse, une petite équipe qui exerce plusieurs activités, commence-t-il, avant d’énumérer : D’abord, une activité de liaison, c’est-à-dire que nous rencontrons, évaluons, accompagnons et orientons des enfants qui présentent une pathologie organique associée à des comorbidités psychiatriques, ou inversement une pathologie psychiatrique dont les comorbidités organiques imposent un suivi ou une hospitalisation sur notre structure. Notre équipe exerce également une activité d’évaluation des situations de crise pédopsychiatrique arrivant aux urgences. Une hospitalisation peut être réalisée si nécessaire dans un service de pédiatrie. Notre équipe exerce enfin une activité de soin spécifique auprès de patients atteints de troubles du comportement alimentaire, notamment des anorexies mentales restrictives précoces. Ces activités nécessitent un engagement partenarial permanent.

Sanctuariser l’activité de liaison, dans un contexte d’urgence

La crise du Covid vient tout accélérer : Notre équipe s’est retrouvée dans l’impossibilité de réaliser son activité de liaison, dans le contexte notamment d’une augmentation du nombre de passages aux urgences associée à une aggravation des phénotypes cliniques rencontrés ainsi qu’une augmentation du nombre d’hospitalisations de crise. Tout cela combiné à une problématique d’aval : un manque de place d’hospitalisation de crise pour adolescents et à une augmentation du nombre d’hospitalisations pour anorexie mentale restrictive.

Ces facteurs s’inscrivent dans un contexte d’augmentation de la population du bassin toulousain (+1,3% par en an en moyenne soit environ 16 000 habitants) et donc, de fait, une augmentation de la fréquentation des services de soins, en dehors même de la crise sanitaire.

Le projet IPA de Rémi Izoulet et de son équipe s’impose alors, avec un objectif : sanctuariser cette activité de liaison qui se trouve alors écrasée. Le nombre de patients relevant de problématiques de crise ou de troubles du comportement alimentaire a été démultiplié avec, au plus fort de cette crise, une activité quadruplée. C’était vraiment quelque chose de colossal. On a donc dû repenser les modalités de fonctionnement de notre équipe pour répondre à la situation, explique Rémi Izoulet.

C’était donc vraiment quelque chose de colossal. On a donc dû repenser les modalités de fonctionnement de notre équipe pour répondre à la situation, explique Rémi Izoulet.

L’acculturation des équipes de pédiatrie à des problématiques psychiques

Dans le même temps, le projet IPA s’inscrit dans un enjeu de soutien des équipes de pédiatrie, en termes de formation, d’analyse des pratiques professionnelles, et une volonté plus générale des équipes de pédiatrie de s’acculturer à la discipline pédopsychiatrique, précise Rémi Izoulet, qui, en tant qu’IPA, travaille main dans la main avec plusieurs équipes médicales pédiatriques. Par exemple, avec l’équipe de gastro-hépatologie, je peux rencontrer des adolescents atteints d’un trouble du comportement alimentaire atypique dans le contexte d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. En hémato-oncologie, je peux rencontrer des enfants qui décompensent un trouble anxieux lors du traitement d’une leucémie aigüe. En soins intensifs, j’interviens régulièrement pour rencontrer des enfants ou des adolescents en état de stress aigu des suites d’un accident de la voie publique ou d’une brûlure grave.

Les partenariats, dès lors, s’imposent comme des ponts naturels entre les équipes qui interviennent auprès des enfants hospitalisés. Les équipes de pédiatrie sont demandeuses de cet abord pédopsychiatrique complémentaire pour répondre à la détresse psychique de leurs jeunes patients. L’IPA développe ainsi, par exemple, une activité de formation au sein de l’hôpital des enfants, sur sollicitation de certains cadres de santé de l’hôpital pédiatrique. J’ai réalisé une formation des équipes de pédiatrie générale à la thématique agressivité violence contention. J’ai réalisé la formation de l’équipe des urgences pédiatriques aux thèmes de l’accueil de l’enfant ou de l’adolescent dans le contexte d’une crise suicidaire ou dans le contexte d’un événement potentiellement traumatique, confie Rémi Izoulet.

Il ne s’agissait pas d’en faire des infirmiers de pédopsychiatrie mais de comprendre quel était leur métier d’infirmières de chirurgie, d’où elles partaient sur le plan des savoirs et de quoi elles avaient besoin.

Une activité à dimension transdisciplinaire

Le partenariat est induit de fait par l’exercice de notre équipe de liaison, parce que notre activité a une dimension transdisciplinaire, explique Rémi Izoulet, résumant sa pensée par une image : On est un petit îlot de psychiatrie dans une mer de pédiatrie. Cela impose d’avoir un engagement partenarial solide et rigoureux. Chacun reste dans son rôle (Nous n’avons pas de présence permanente auprès des enfants et ce sont les équipes de pédiatrie qui assurent le portage primaire, général, des enfants, rappelle Rémi Izoulet), mais les compétences se complètent et rendent plus performante, plus fine, la prise en charge des patients dans toute ses dimensions.

L’exemple d’un partenariat privilégié, en chirurgie pédiatrique

Autre service, autre exemple : cette fois Rémi Izoulet évoque un partenariat engagé auprès de l’équipe de chirurgie pédiatrique concernant les patientes hospitalisées pour des troubles du comportement alimentaire. Il faut vous représenter que ces patientes sont hospitalisées en services de pédiatrie générale. Or, l’anorexie induit des modalités relationnelles très complexes qui peuvent mettre à mal les soignants. Ces patientes, traditionnellement hospitalisées dans un service de médecine, ont été transférées en service de chirurgie. C’est-à-dire qu’elles se retrouvent dans un service où l’équipe est absolument naïve de toute notion relative aux soins que l’on doit apporter aux troubles du comportement alimentaire, explique Rémi Izoulet, positionné, en tant qu’IPA, comme référent de la transition de ces patientes du service de médecine générale à celui de chirurgie. A ce titre-là, j’ai évalué les besoins en formation de l’équipe paramédicale et j’ai construit et réalisé un programme de formation adapté, précise-t-il. « J’ai créé une ligne téléphonique ressource (la sienne en l’occurrence) et produit des documents de référence, par exemple des fiches protocole ‘réalisation des pesées’ ou ‘distribution des repas’.

L’action transdisciplinaire des IPA trouve ici tout son sens, contribuant à renforcer les savoirs des professionnels en poste dans les services de pédiatrie, de façon extrêmement ajustée, en partant des besoins, à l’avantage des soignants, plus aguerris, et des patients, mieux accompagnés.

Là encore l’IPA constate des résultats encourageants. Qu’a permis ce partenariat ? Une montée en compétences rapide de l’équipe, une formation ajustée aux besoins de l’équipe paramédicale – parce qu’il ne s’agissait pas d’en faire des infirmiers de pédopsychiatrie mais de comprendre quel était leur métier d’infirmières de chirurgie, d’où elles partaient sur le plan des savoirs et de quoi elles avaient besoin, explique-t-il. Une montée en compétence qui a permis, surtout, un investissement de ces patientes par l’équipe de chirurgie, et de fait, une amélioration de la qualité des soins. Elles ont pu prendre du plaisir dans le fait d’accompagner, de prendre en soin ces patientes et de réfléchir aux enjeux psycho-pathologiques des rencontres. Et de façon plus générale encore une fois, cela a permis une acculturation à notre discipline pédopsychiatrique (donc le repérage de situations à risque dans le service).

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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