INFOS ET ACTUALITES

« Plus que des infirmières et des médecins : des anges gardiens »

Cet article fait partie du dossier:

Médecin

    Précédent Suivant

Depuis que « l’affaire » de Chambéry et ses trois nourrissons morts a été rendue publique, Héloïse voit à la télé les visages de ceux qui ont permis à sa fille, née dix semaines avant terme, de vivre. Elle a eu envie de leur rendre cet hommage. Merci à Rue89 de partager cet article avec la communauté d'Infirmiers.com.

bébé prématuré

L'hommage d'une maman aux soignants de l'unité de réanimation-néotale de l'hôpital de Chambéry

Elles s’appellent Eloïse, Sophie, Nathalie. Ils s’appellent Dr Michel D., Dr Arnaud B., Dr Nathalie B. Ils sont tous au service des petits, des tout-petits, des tout-tout-petits, de ceux qui sont nés mais qui ne devraient pas encore l’être. Ils travaillent tous au service de réanimation néonatale de l’hôpital de Chambéry (Savoie). Ils sont aujourd’hui, malgré eux, sous les feux de la rampe, après le décès de trois nourrissons, dont deux prématurés, début décembre. Ils sont assaillis par les médias, à la recherche bien compréhensible de la vérité.

Dans leur unité ultrasécurisée, où on n’entre normalement qu’après avoir décliné son identité, s’être lavé les mains avec un gel spécial, enfilé une blouse, une charlotte, des protège-souliers et un masque, pénètrent aujourd’hui une ministre, des conseillers, des journalistes, des enquêteurs et bientôt des juges.

Leur vie a basculé, tout comme la vie de ces trois familles, qui ont perdu leur enfant. Mais ces enfants partis trop vite ce sont aussi les leurs, les enfants du service. Des enfants pour lesquels le personnel s’était battu jour après jour pour les choyer, soigner, faire grossir et les ramener à la vie.

Ma fille ne pesait qu’1 kg

Comme ils l’ont fait, il y a tout juste deux ans, avec ma fille, restée de longues semaines dans cette unité de soin ultraspécialisée. Née à Thonon-les-Bains (à 600 km de chez elle), avec plus de deux mois et demi d’avance et ne pesant qu’1 kg, ses chances de survie étaient maigres. Comprenant la gravité des faits et la nécessité de l’intuber très rapidement, c’est le chef de service, le Dr Michel D., qui est venu la chercher en ambulance pour la rapatrier dans son service à Chambéry.

Qu’est-ce que j’ai pleuré, ce jour-là, qu’est-ce que j’ai pleuré. Ma fille si petite qui part avec un homme que je n’ai jamais vu seule en ambulance. Moi la Parisienne contrainte à l’exil à Chambéry avec un bébé entre la vie et la mort. Son père et moi absolument pas prêts à devenir parents, incapables de comprendre pourquoi tout a basculé en deux heures à peine...

« On fera tout, tout pour la sauver »

C’est le visage inoubliable de cette infirmière, à mon arrivée en pleurs et encore traumatisée, qui m’a dit « on fera tout, tout pour la sauver ».

Ce sont les bras d’une autre qui me tenaient lorsque je craquais face à un nouvel arrêt respiratoire.

Ce sont les mots réconfortants d’une troisième, qui m’assuraient que ma fille réagissait à ma voix lorsque je descendais dans l’unité.

Ce sont les sourires bienveillants d’une autre soignante, qui me donnaient la force de ne pas m’écrouler quand de jour en jour son poids déjà bien faible diminuait.

Ce sont les blagues d’une autre qui me disaient « au moins votre fille ne vous entendra pas pleurer, mais rire. Cela lui donnera envie de vous connaître ».

C’est la patience des médecins qui m’a appris moi aussi à penser que « chaque jour est un jour de gagné ».

Le sentiment d’avoir touché Dieu

Du temps, j’en ai passé dans cette unité. Au total six semaines, et pas loin des 24 heures sur 24, à apprendre à devenir maman malgré les alarmes, les fils, les capteurs, les seringues d’1,5 mL de lait, les sondes gastriques et à veiller sur mon bébé si frêle et si fragile.

Pendant ces six semaines, NOUS avons tous veillé sur elle. Car plus que des infirmières et des médecins, ce sont des anges gardiens, qui ne comptent pas leurs heures ni leur fatigue pour rester bien plus tard qu’il ne le faudrait pour surveiller un bébé qui ne va pas bien ou qui a besoin de soutien.

C’est à ce service exceptionnel auquel je pense aujourd’hui. Aucun mot n’est assez fort pour leur dire combien je les estime et combien je soutiens leur dévouement quotidien pour la vie, aussi fragile soit-elle. A vos côtés, moi qui ne suis pas croyante, j’avais le sentiment d’avoir touché Dieu.

Dans cette épreuve terrible, mes pensées accompagnent aussi les parents qui ont tant de fois, comme nous à l’époque, cru au pire et tant de fois espéré le bonheur.

Cet article intitulé « Hôpital de Chambéry : Plus que des médecins, des anges gardiens » a été publié par Mathieu Deslandes le 6 janvier 2014 sur le site Rue89.

Rue89.com

Retour au sommaire du dossier Médecin

Publicité

Commentaires (2)

mamafiere

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#2

nos sauveurs

Bonjour, comme vous ma petite emmanuelle a été sauvée par ces personnes formidables et pourtant ça n'était pas gagné. Cela date de l'année dernière quand ma puce a décidé de montrer le bout de son nez à 26sa, elle était si petite et fragile! quand je suis venue rencontrer ma fille pour la première fois à chambéry, elles étaient toute là pour me rassurer et me soutenir mais elles étaient surtout là pour sauver mon trésor et aujourd'hui encore je ne les remercierai pas assez. Toutefois je comprend les familles en deuil tout s'est effondré pour elles ! je n'imagine même pas ma colère si ça nous était arrivé sur le coup il faut un coupable et malheureusement pour nos sauveurs, ils sont en premières lignes mais je suis sure qu'avec du recul les familles comprendrons et attenuerons leur colère
en tous cas merci à vous d'avoir sauvé ma fille, courage pour la suite et ne changez pas restez comme vous etes! condoléances aux parents des petits anges

val74540

Avatar de l'utilisateur

1 commentaires

#1

Des anges gardiens le mot !

Je me retrouve tout à fait dans votre article, mon Luka maintenant 5 ans est passé par la même étape né à 28SA pour 1kg, nous avons vécu des phases difficiles presque comme tout grand préma au même stade, de complications à bonnes nouvelles quasiment 1 jour sur 2 les 1er temps. Nous sommes également resté un bon moment au service réonat de Chambéry (comme une 2ème maison à ce moment là) jusqu'à son transfert sur Annecy, puis enfin 3 mois + tard le retour à la maison fut possible. Les médecins, infirmières, puéricultrices toujours là pour nous, ils veillent sur nos bébés jours et nuit et s'attachent forcément, les morts de certains ne sont pas sans conséquences sur le personnel et je peux vous assurer qu'ils font vraiment ce qu'ils peuvent, se substituant même aux mamans quand celles-ci vivent loin et ne peuvent faire le déplacement tous les jours. Aucun bébé ne manque de soins ni d'amour par le personnel . Toujours des petits mots rassurants, des explications, des résumés. Je les remercie encore pour tout ce qu'ils ont fait pour Luka afin qu'il puisse tout simplement vivre car sans leur professionnalisme, sans la médecine tout cela n'aurait pas été possible.

Vous êtes aujourd'hui sous les feux des projecteurs mais dans le mauvais sens du terme alors que pour toutes les vies sauvés on n'entend pas parlé de vous, il a suffit que ces 3 petits bouts meurent malheureusement pour qu'on vous accable, mes pensées vous accompagnent car dans ce triste constat la faute vient d'ailleurs ! Mes condoléances aussi aux familles qui ont perdus leur bébé , je comprend leur peine et leur colère.

Merci à vous