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Primes et qualité de vie au travail: un remède à la pénurie soignante ?

Face à la pénurie d'infirmiers, des hôpitaux publics savent se montrer créatifs pour inciter à l’embauche et fidéliser leurs personnels. Quelles mesures faut-il engager, et à quel prix, pour relancer l’attractivité de l’emploi soignant ? Lors du Salon Infirmier de SantExpo, Infirmiers.com a invité pour en débattre : Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI) et Jean-Rémi Richard, directeur des Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc, en campagne de recrutement.

Fidéliser ses équipes soignantes et attirer de nouveaux talents, telle est  l'ambition du vaste plan de recrutement lancé par les Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc. Le groupe d’établissements publics (situés à Chamonix, Sallanches et Cluses) de Haute-Savoie, qui emploie 1 200 salariés, se trouve, comme tous les hôpitaux, confronté à des difficultés de recrutement d’infirmiers et aides-soignants. Une situation exacerbée par la proximité avec la Suisse où les niveaux de salaire sont notablement plus élevés. Jouant à fond la carte de l’attractivité, l'établissement a donc décidé de faire campagne avec 20 mesures phares pour embaucher.

Une politique de temps de travail valorisante

L'accent est mis sur la formation et les parcours professionnels mais aussi, dans une large mesure, sur une politique de temps de travail valorisante et l’amélioration du pouvoir d’achat des salariés, souligne Jean-Rémi Richard, directeur du groupement hospitalier. Paiement des heures supplémentaires, intéressements  individuels et collectifs… Il énumère les conditions financières avantageuses offertes aux employés de ses établissements, se félicitant que cela soit rendu possible par les résultats financiers positifs de ces dernières années.  Côté finances toujours, la direction des Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc promeut l'alignement des rémunérations des contractuels sur les dernières grilles de la fonction publique hospitalière. Une prime d'engagement collectif et un forfait d'heures supplémentaires sont en cours de négociation avec les organisations syndicales. Le principe est de permettre aux professionnels qui portent un projet pour améliorer la qualité de vie au travail d'être récompensés par une prime, détaille Jean-Rémi Richard.

Il n’est pas normal que la seule solution pour un infirmier de voir évoluer son salaire soit de devenir cadre

Salon Infirmier de SantExpo

De gauche à droite, Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), Betty Mamane, directrice de la rédaction d’Infirmiers.com et Jean-Rémi Richard, directeur des Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc

Agir sur les salaires et mieux valoriser les spécialités

Agir sur les salaires est effectivement important car même si le Ségur de la santé nous a fait monter une marche, les salaires des infirmiers français restent très inférieurs à la moyenne des salaires européens, relève Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI).  Les jeunes sont donc souvent tentés d’aller travailler en Suisse, en Belgique ou autres pays voisins. Nous estimons que nous devons être payés en fonction de deux critères essentiels : les compétences et les contraintes. Et il y a un gros problème avec les primes de nuit et les primes de week-end pour lesquelles les contraintes ne sont pas payées à leur juste mesure. A savoir, la prime de nuit à 1, 07 € brut pour neuf heures, c’est inadmissible, s’indigne le syndicaliste.

Jean-Rémi Richard porte  de son côté le même regard sur la nécessité de voir évoluer les salaires et la valorisation des spécialités infirmières. Il n’est pas normal que la seule solution pour un infirmier de voir évoluer son salaire soit de devenir cadre.

Qualité de vie au travail et investissements

Reste que le taux de rémunération n’est pas pour autant la plus grande priorité pour les soignants. En témoigne la récente enquête réalisée par Infirmiers.com et Emploi soignant. Le salaire arrive ainsi seulement en 6e position dans la liste des critères déterminants pour le choix d’un emploi, loin derrière la proximité avec le lieu de résidence, la spécialité, l’équilibre vie professionnelle-vie privée, l’adéquation avec le projet professionnel et les missions.

Des attentes bien entendues par la direction des Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc. Nous portons une attention particulière aux actions favorisant la qualité de vie au travail (QVT), en y associant étroitement les équipes. Nous avons aussi beaucoup travaillé autour de l’ambiance au travail, relève Jean-Rémi Richard. Le groupe hospitalier a ainsi déployé une campagne d'intéressement social pour favoriser la QVT. Depuis 2018, le retour à l'excédent budgétaire permet chaque année à des professionnels de proposer des projets, pour améliorer le service aux usagers et la QVT qui sont financés par l'hôpital. Création d'une conciergerie hospitalière, mise en place d'activités et d'espaces détente… Cette année encore, 9 projets présentés par les équipes ont été validés et sont en cours de déploiement. À cela s'ajoutent aussi des investissements pour améliorer l'environnement et les outils de travail. En 2022, près de 3 millions d'euros d'investissements sont prévus pour rénover les équipements et améliorer les conditions de travail des salariés.

Le plan d'attractivité des Hôpitaux du Pays du Mont-Blanc comprend aussi une aide à l'accès au logement. Une aide utile sur un territoire où le coût du logement est très élevé et où l'on constate aussi une pénurie, observe Jean-Rémi Richard. Une convention a été ainsi signée avec une agence immobilière pour accéder à un parc locatif. Le groupe hospitalier dispose aujourd’hui d'une quarantaine de logements destinés aux internes, stagiaires, intérimaires et aussi aux nouveaux arrivants sur le territoire. Le temps pour ces derniers de trouver une solution.

Mieux accompagner les nouveaux entrants

Thierry Amouroux rebondit dans ce contexte sur la difficulté de voir se concrétiser les politiques de formation engagées et de souligner la difficulté  de pouvoir assurer un tutorat correct des étudiants en soins infirmiers. Alors qu’aujourd’hui ils sont confrontés au fait de venir dans des services qui sont déjà en sous-effectifs. Le porte-parole du SNPI suggère par exemple l’idée que les infirmiers en seconde partie de carrière soient libérés un jour par semaine pour accompagner ces étudiants, mais aussi les nouveaux diplômés, les suppléants et les intérimaires.

Autant de mesures qui, si elles se concrétisent, pourraient redonner du sens au métier infirmier et du cœur à l’ouvrage à ceux qui l’exercent. Parce que des soignants heureux, c’est des patients heureux, conclut Jean-Rémi Richard.

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