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Quand les jeunes générations imaginent les compétences infirmières de demain

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ONI

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Qui dit fin d’année scolaire dit anticipation des suivantes. A la faveur de la césure estivale, l’Ordre infirmier y a justement consacré sa dernière matinale en proposant une réflexion sur les facteurs d’attractivité de la profession infirmière et le regard que les jeunes générations portent sur son devenir.

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En 2021, la formation en soins infirmiers a recueilli 9 % des voeux des lycéens via la plateforme Parcoursup. Un record d'attractivité

Pour imaginer le métier d’infirmier de demain et ses interactions avec les autres acteurs de santé, rien de mieux que de demander à la relève ce qu’elle en pense. C’est ce qu’a proposé l’ONI pour sa matinale du 8 juillet en invitant les représentants des étudiants infirmiers et des internes en médecine à y réfléchir. Retour sur ce Webinaire, intitulé "après la crise sanitaire, quel regard des nouvelles générations sur l’évolution des compétences infirmières ?".

Une formation à peaufiner

Le paradoxe n’est qu’apparent mais il laisse perplexe : le métier d’infirmier génère de la fierté chez ceux qui l’exercent et attire de plus en plus de jeunes – en témoigne le record de demandes d’entrée en formation en 2021 via Parcoursup – mais dans le même temps, les sondages menés (par l’Ordre, la FNESI…) auprès des professionnels en exercice montrent un sentiment de déclassement social lié à un manque de reconnaissance et un épuisement préoccupant en raison de conditions difficiles à supporter sur le long-terme (manque de personnel, horaires ingrats…). D’après l’une de nos récentes enquêtes, 4 infirmiers sur 10 déclarent qu’ils souhaitent quitter leur métier dans les cinq ans à venir, rapporte Patrick Chamboredon, Président de l’Ordre. Or nous sommes les cliniciens de l’hôpital et cette expertise doit être reconnue. Pour répondre à ce besoin d’attractivité, l’Ordre appelle à une universitarisation de la profession et à une évolution des métiers qui réponde à celle des besoins populationnels en santé (augmentation significative des maladies chroniques, vieillissement de la population…). Qui plus est, les étudiants pâtissent des effets de la crise sanitaire et se destinent à entrer dans la vie professionnelle avec un passif de départ. Les ESI ont grandement contribué à la gestion de la pandémie. Mais ils ont été considérés comme une variable d'ajustement et leur formation, mal encadrée voire interrompue, a été mise à mal, constate Bleuenn Laot, Présidente de la Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers (FNESI). En plus d'indemnités de stage revues à la hausse, la Fédération souhaite rendre les évaluations de stage plus factuelles et accessibles de sorte que d'éventuelles actions correctrices soient mises en place par les étudiants et que l'accompagnement gagne en utilité et en qualité.

Les conflits entre professionnels et la guerre des spécialités n’amènent rien de bon ; il faut les faire cesser

Travailler ensemble

Autre axe d'amélioration : celui de l'entente des différentes parties prenantes pour articuler leurs actions. La question est de savoir comment les professionnels de santé de demain vont dessiner la terra incognita qui s’ouvre à eux, résume P. Chamboredon. Pour ce faire, l’alternative est la suivante : rester empêtré dans un corporatisme bloquant comme celui qui a tué dans l’œuf la pratique avancée aux urgences alors qu’un rapport de la Cour des comptes a montré qu’une part importante des patients reçus aux urgences n’ont pas besoin de voir un médecin, remarque le Président de l'Ordre, ou au contraire avancer conjointement au bénéfice du patient. Les conflits entre professionnels et la guerre des spécialités n’amènent rien de bon ; il faut les faire cesser, revendique B. Laot. Un constat partagé par le représentant des internes : les médecins devraient faire dégonfler leur melon et éviter d’être condescendants ; les infirmiers arrêter de jouer au médecin, s’amuse Gaétan Casanova, Président de l’Intersyndicale Nationale des Internes (ISNI). Lequel appelle plus sérieusement les uns et les autres à s'éloigner des considérations corporatistes et à travailler ensemble de façon décloisonnée tout en respectant les périmètres de compétences, clairement définis, des métiers de chacun. Par exemple, créer une pratique avancée infirmière aux urgences pour faire le job du médecin serait une erreur ; en revanche, si le dispositif s’appuie sur des critères pertinents et répond à un besoin réel, il prend tout son sens, complète-t-il.

La prévention, c'est avant tout de l'éducation

Davantage de prévention et de numérique

S’il y a un domaine qui fait consensus, c’est bien celui de la prévention. Infirmiers et médecins s’accordent à le dire : miser davantage sur ce champ pour délester notre système de santé et en finir avec le tout curatif est une nécessité. Contrairement à la recherche, la prévention ne requiert pas dix ans d’études. Il faut accentuer les efforts déployés en termes de santé publique - sur la prescription vaccinale entre autres - et répondre aux attentes des patients en la matière, plaide P. Chamboredon. Même son de cloche chez les étudiants, convaincus que ce domaine est l’une des voies à investir, à la fois pour faire évoluer les professionnels de santé mais également pour le bénéfice des usagers, potentiels patients. Le virage de la prévention doit s’accentuer, notamment pour éviter l’engorgement des hôpitaux. Et les infirmiers ont toute leur place dans ce domaine, analyse B. Laot. Un cercle vertueux que défend également G. Casanova, pour lequel les actions de prévention ne sont pas la mission des seuls acteurs de santé : la prévention, c’est avant tout de l’éducation. D’ailleurs, les professionnels de santé n’en ont pas le monopole ; d’autres acteurs comme les clubs sportifs ont aussi leur rôle à jouer. Enfin évoquer les professions de santé de demain ne pouvait pas se faire sans parler du numérique, dont les apports sont indéniables, a fortiori en temps de crise. La pandémie de Covid-19 a été une opportunité pour expérimenter en temps réel les bénéfices des outils numérique comme l'échange de données de santé en toute sécurité, relève P. Chamboredon. Les professionnels les moins technophiles y voient parfois une modification de la relation soignant-soigné, mais la continuité des soins a pu se faire malgré les circonstances difficiles. Un bilan partagé également par B. Laot, qui reconnaît en la matière le rôle positif d'accélérateur joué par la crise sanitaire, par exemple sur le DMP, mais qui nuance le propos en insistant sur l'ADN de la profession : on ne peut pas tout axer sur le numérique ; le métier d'infirmier, c'est avant tout un métier de l'humain.


Directrice de la rédaction
anne.perette-ficaja@gpsante.fr
@aperette

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