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Le rapport bénéfice risque d’une opération évolue pendant la pandémie de Covid-19

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Epidémiologie

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L’impact d’une infection au Covid-19 sur des personnes avant ou après une opération doit être mieux caractérisé afin d’évaluer au plus juste le rapport bénéfice/risque chez chaque patient préalablement à toute intervention durant cette période de pandémie. En effet, après une opération une personne est-elle plus sujette à complication ? Une étude de cohorte internationale semble démontrer que oui, pour certains patients le jeu n’en vaut peut-être plus la chandelle.

Le taux de mortalité suite à une opération passerait de 3% (estimation la plus élevée) à 23,8% en cas d’infection au Covid19.

La pandémie actuelle a mis à rude épreuve les systèmes de santé de pays touchés. Or, les patients opérés font partie des populations qualifiées de vulnérables et ils sont à risque d’être exposés au virus. De même, en raison des cytokines pro-inflammatoires et aux réponses immunosuppressives suite à l’intervention et à la ventilation mécanique, ils sont d’autant plus susceptibles de développer des complications pulmonaires. En outre, si des lignes directives ont bel et bien été publiées pour la prise en charge des patients en chirurgie pendant l’épidémie, celles-ci reposent uniquement sur l’opinion d’experts. D’où l’importance d’estimer le risque encouru dans les hôpitaux exposés aux Sars-Cov-2 pour les patients opérés.

C’est pourquoi une équipe de chercheurs britanniques a réalisé une étude internationale multicentrique portant sur les données cliniques de patients après une intervention chirurgicale avec une infection péri-opératoire. Le but reste avant tout de chiffrer les risques de complications pulmonaires et la mortalité chez ces individus afin de permettre, à l’avenir, aux professionnels de santé, et aux patients concernés, de prendre une décision éclairée sur la base de preuves avant de pratiquer une intervention ou non durant la pandémie.

Des risques de complications et une mortalité globale significativement plus élevés en cas d’infection

Ces travaux comprennent des données provenant de 235 établissements de santé situés dans 24 pays différents. Les 1128 patients inclus dans l’étude se sont vus diagnostiqués le nouveau coronavirus entre les 7 jours avant leur opération et 30 jours après. L’intervention en question a eu lieu entre le 1er janvier et le 31 mars 2020. Parmi eux, 74% ont subi une chirurgie en urgence et 24,8% une chirurgie élective. L’infection a déjà été confirmée avant l’intervention chez plus d’un quart des participants aux travaux.

Or, d’après les chiffres, la mortalité à 30 jours s’élève à 23,8%. De même, près de la moitié des patients ont développé des complications pulmonaires. Pour comparaison, des études observationnelles multinationales réalisées avant la pandémie avaient évalué les taux de mortalité après chirurgie au plus haut à 3% et les taux de référence de survenue de complications pulmonaires postopératoires allaient jusqu’à 10%.

Pire, chez les personnes infectées ayant développé des complications pulmonaires, la mortalité à 30 jours a été estimée à 38% représentant 82,6% de tous les décès. Selon les analyses, cette mortalité est corrélée avec le fait d’être un homme et avec un âge supérieur à 70 ans. En outre, le risque parait plus important pour une chirurgie par cancer par rapport aux autres. Sans surprise, les interventions d’urgence ou majeures sont plus risquées que les opérations électives ou mineures.

Ainsi, cette étude a estimé que des complications pulmonaires postopératoires surviennent chez la moitié des patients atteints d'une infection péri-opératoire au Sars-Cov-2 et sont associées à une mortalité élevée. Cela a des implications directes pour la pratique clinique. Les risques accrus associés à l'infection par le nouveau coronavirus doivent être mis en perspective par rapport à ceux de retarder la chirurgie, soulignent les auteurs. D’autre part les hommes, les personnes âgées de 70 ans ou plus, ceux qui présentent des comorbidités, ceux qui subissent une chirurgie du cancer et ceux qui ont besoin d'une intervention chirurgicale d'urgence ou majeure ont été identifiés comme étant les plus vulnérables. Leur cas mérite donc encore davantage d’attention.

L’équipe de scientifiques, au vu des résultats, conclut que les seuils d'intervention chirurgicale pendant la pandémie de Sars-Cov-2 devraient être plus élevés que pendant la pratique normale. Quand le nombre de cas est en hausse, il faudrait envisager de reporter les procédures non critiques et de promouvoir un traitement non opératoire pour retarder ou éviter la nécessité d'une intervention chirurgicale. Effectivement, même si leur étude, comme toutes les autres, comporte certaines limitations, et que d’autres travaux devraient être entrepris pour confirmer ces données, les chiffres avancés n’en sont pas moins très inquiétants.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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