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Reconnaître les infirmières de pratiques avancées

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Pratique avancée

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Elles sont « masterisées » ou en passe de l'être à l'issue de leur formation en pratiques avancées... un diplôme qui souffre aujourd'hui d'un manque de reconnaissance et de prolongements concrets dans les services de soins. Explications.

équipe de soignants

Toujours pas de statut défini pour les infirmières de pratiques avancées

Rappelons en préambule que l’infirmière de pratiques avancées (IPA) – appelée aussi infirmière clinicienne, infirmière spécialiste clinique, infirmière clinicienne spécialisée...- analyse les situations complexes de soins, aide les équipes à prendre en charge des patients jugés difficiles du fait de leur pathologie ou des situations. Elle fait référence dans les domaines de l’éducation thérapeutique, de l’information et du suivi des personnes. Elle réalise des consultations infirmières d’éducation, de conseil, de suivi de pathologies chroniques et a un réel rôle de coopération entre le patient, la famille, le médecin et les autres professionnels…

Les titulaires du master « Sciences cliniques infirmières » (proposé par l'EHESP en partenariat avec l'Université de Marseille Méditerranée) et du master « Sciences cliniques en soins infirmiers » (proposé par l'UFR des sciences de la santé de l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) développent donc leur expertise clinique grâce à l’acquisition de nouvelles compétences qui laissent augurer de nouveaux rôles objectivement infirmiers… en effet ils ont aujourd'hui leurs places et prennent tout leur sens au regard du nombre croissant de patients porteurs de maladies chroniques et du vieillissement de la population. Thierry Amouroux, président du Conseil Départemental de l'Ordre Infirmier Paris (CDOI75), initiateur d'une rencontre-débat le 14 mai dernier sur la thématique des masters en sciences infirmières, souligne même que : les infirmières doivent être en première ligne pour affirmer que seuls les besoins des malades doivent déterminer le type et le coût des traitements.

On compte aujourd'hui dans le monde environ 330.000 infirmières en pratiques avancés (master Sciences cliniques infirmières) et ce dans 25 pays. Aux États-Unis, cette spécificité existe depuis les années 1960. Bien que la France soit en retard en la matière, les premiers diplômés sont là : il y en a actuellement 22 diplômés et 28 finalisent leurs master 2 .

Ce moment d’échanges au CDOI75 en présence de plusieurs diplômés IPA fut donc une opportunité pour en savoir davantage sur la réalité d'exercice et le rôle de ces infirmiers à la sortie de leur master.

Que sont-ils devenus ?

Différents intervenants étaient présents et parmi eux certains se sont déjà exprimés sur le sujet dans nos colonnes. Voici quelques propos parmi les plus significatifs :

Florence, IDEL, qui termine actuellement son master 2 « Coordination de parcours complexe de soins », coordinatrice d’un réseau de santé à Marseille explique que l’IPA est méconnue de ses pairs, qu’il y a un réel travail d’information à faire et un besoin de clarification du concept de pratiques avancées en soins infirmiers. Les IPA ont à créer et à faire reconnaître leurs propres domaines d’activité en complémentarité et en synergie avec le corps médical, au regard de l'évolution du contexte démographique actuel et de la nécessité de basculer du "cure" au "care".

Marina, infirmière coordinatrice de soins en oncologie au centre hospitalier régional d’Orléans souligne que son parcours a permis d’asseoir une réelle expertise infirmière mais que le projet institutionnel est encore fragile.

Pascal, titulaire d'un master pratiques avancées en gérontologie, consultant expert en gérontologie à Paris développe au quotidien le rôle propre infirmier avec l’acquisition de nouvelles compétences (formation de personnel soignant et des aidants à la spécificité de la prise en charge gérontologique), un nouveau métier à faire reconnaître et à valoriser avec des missions spécifiques : dispositif de sécurisation du retour à domicile après hospitalisation, rôle de veille et d'alerte au sein d'une filière gérontologique pour éviter les hospitalisations en urgence et si besoin, programmation des hospitalisations et/ou des consultations gériatriques plus approfondies à l’hôpital...

Barbara, infirmière coordinatrice des équipes mobiles de soins palliatifs aux Hôpitaux Universitaires Paris Sud APHP, suite à son diplôme de master « parcours complexe en soins palliatifs » a refusé le poste de « faisant fonction » cadre de santé (cela l'aurait obligé à repartir en formation cadre de santé dans les deux ans) que sa direction des soins lui proposait et a eu de réelles difficultés pour ancrer son rôle de coordination d'équipe pluridisciplinaire dont la vocation est la recherche d'efficience et d'amélioration continue de la qualité des soins.

Pierrette, IDEL en Guadeloupe explique le rôle de l'IPA coordinateur de parcours complexe. Une position d’expertise pour coordonner de façon globale les soins et ses acteurs, avec le patient et selon les contraintes environnementales, afin d’obtenir une prise en charge efficiente dans un parcours complexe.

Véronique, Infirmière Clinicienne Spécialisée au CHUV de Lausanne, a présenté dans un contexte suisse, la volonté de développer la pratique avancée en soins infirmiers pour répondre aux besoins en santé de la population et d'encadrement des équipes soignantes. Elle interviendra sur ce thème lors du congrès européen des infirmières cliniciennes en novembre 2013 à Lausanne.

Galadriel, infirmière praticienne en soins primaires, Docteure en santé publique/recherche clinique (2012 Aix Marseille) apporte son expérience américaine dans le système de soins français : création/animation de groupes d’éducation pour la santé, prescription de médicaments et prestation totale des visites médicales (pédiatrie, gynécologie et médecine familiale), responsable du programme de dépistage pour le diabète et l’asthme. Elle souhaiterait exercer à l'avenir en tant qu'IPA au sein d'une maison de santé pluridisciplinaire et promouvoir son rôle au niveau de la formation universitaire et de la recherche en soin infirmier.

Leurs diverses présentations et expériences démontrent donc que le parcours de ces IPA est semé d’embûches, même après l’obtention de leur master. En effet, il n’existe ni reconnaissance au registre national des métiers, ni grille de salaire spécifique avec indice statutaire. Soulignons cependant qu'une plus-value financière a pu être acquise, négociée directement avec les directions de soins pour certains d'entre eux.

Quoi qu'il en soit, en pratique, un décalage et des freins avec les services de soin existent et ce à plusieurs niveaux : directions, cadres, médecins… avec des contraintes logistiques non négligeables : pas d’ordinateurs, de locaux disponibles…

La question se pose donc : comment faire pour promouvoir ce master et le valoriser ? Martine Guinard, enseignante-chercheuse en Sciences infirmières à l'EHESP, répond avec dynamisme : avec la recherche infirmière ! Certes un élément de réponse est donné mais il faudra également savoir valoriser la recherche infirmière, l'expliquer, la rendre viable, voir indispensable, et encourager les initiatives en la matière. Pas gagné d'avance... d'autant que les infirmières ne comprennent pas toujours de quoi retournent ces programmes de formation jugés souvent« haut perchés » parce que trop loin des réalités quotidiennes et peu explicites en terme de prolongements au lit du malade...

Les infirmières doivent être en première ligne pour affirmer que seuls les besoins des malades doivent déterminer le type et le coût des traitements.

Timidement, ça avance…

L’infirmière de pratiques avancées à un rôle crucial qui a largement fait ses preuves aux États-Unis et en Suisse comme en témoigne Galadriel et Véronique. L’intégration de cette expertise infirmière dans le système de soins français reste précaire, elle passera nécessairement par la reconnaissance. Une association, à l’initiative des étudiants en master, devrait d’ailleurs voir le jour à l'été 2013 ; la finalité : défendre les IPA afin qu'elles puissent acquérir un réel statut.

Rédactrice en chef Infirmiers.com bernadette.fabregas@infirmiers.com

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Rédactrice Infirmiers.com audrey.demeillez@infirmiers.com

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Commentaires (7)

quichou13

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72 commentaires

#7

les freins...

et bien figurez vous que les plus gros freins viennent des ide eux mêmes..et oui!
les médecins globalement sont ouverts et apprécient une telle démarche. La plus value serait une action transversale, plus autonome, efficiente, patient centrée et une orientation recherche, pratique fondée sur des preuves, formations, leadership etc....
bref le grain de sable qui bouscule les habitudes établies...forcément ça agace! ;-)

Belaphon

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1 commentaires

#6

orgueil

non seulement il n'y a pas de statut, mais quel regard ont les médecins sur cette profession ? car au demeurant tant qu'on n'aura PAS un réel statut (même en tant qu'IDE) comme les IDE anglo-saxonnes, et qu'on sera toujours considérés comme des faire valoir, avec une paye légèrement supérieure à celle des AS, je ne vois pas à quoi cela sert de faire des formation, hormis pour son propre plaisir. On a voulu un Ordre qui ne sert qu'à sanctionner les professionnels et pour être toujours sous la tutelle des Médecins, alors .....

binoute1

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541 commentaires

#5

mais alors

quel est leur avantage par rapport à un cadre de santé , un médcin ou un administratif ?

parce que là , je n'en vois aucun !

pis effectivement il aurait surement mieux valu créer le statut avant de diplômer les gens.

le role d'ipa, pour le moment, c'est simplement enovyer les gens à lécole pour le permettre de faire ce qui est du ressort de leur taf normal.
Le plus bel exemple selon moi : aide-soignant aide au retour à l'autonomie : 1 AS dans le service ne s'occupera que de 3 ou 4 personnes ds la matinée, et prendra le temps nécessaire poyur favoriser un retour à l'autonomie.
Mouahaha ! c'est pas ce que devrait pouvoir faire une AS en temps normal ??
Ben ipa, je vois ça pareil

quichou13

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72 commentaires

#4

3ème promo

la 3eme promo a soutenu son mémoire de fin d'études ce matin....
Une vingtaines "d'inutiles" de plus...donc!

quichou13

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72 commentaires

#3

N'importe nawak !

Peut être Loulic faudrait-il se renseigner avant d'affirmer de telles choses! je "pratique" depuis 29 ans, je n'ai jamais autant bossé que depuis 2 ans , en faisant ce master en même temps et si mon expertise se mesurait à l'aune des kilos d'excrément dans lesquels j'ai déjà mis (et je mets encore) les mains et bien je serais sans aucun doute bien plus experte de la plupart d'entre nous. Alors de grâce, pas de conclusions hâtives... merci.

loulic

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258 commentaires

#2

et un de plus

Au final l'infirmière de pratique "avancées" à la française c'est surtout une infirmière qui ne pratique pas, et c'est de fait un énième poste d'administratif. Comme si on en manquait ...

On se demande quelle peut être l'utilité de ce genre de profil dans le contexte actuel.

FRED60

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34 commentaires

#1

La charrue avant les boeufs!

En principe avant même de créer une formation il faut déjà créer le statut! En l'espèce on a formé des IPA alors même que le statut n'existe pas, on a fait encore les choses à l'envers...