INFOS ET ACTUALITES

Hommage à l'infirmière tuée refusé à l'Assemblée : la polémique enfle

Les obsèques d’Élodie, une infirmière en psychiatrie tuée d’un coup de couteau par un patient jeudi 13 février à l’hôpital de Thouars (Deux-Sèvres), auront lieu aujourd'hui, jeudi 20 février à Saumur. Alors qu'une minute de silence en hommage à la victime a été demandée par la députée insoumise Caroline Fiat dans l'hémicycle, elle lui a été refusée par le président de l'Assemblée nationale. Depuis, la colère monte parmi les soignants. 

hommage Caroline Fiat Assemblee

Capture d'écran de l'intervention de Caroline Fiat sur les bancs de l'Assemblée nationale.

Elodie, 31 ans, infirmière à l’unité de psychothérapie du centre hospitalier Nord Deux-Sèvres (CHNDS), à Thouars, dans les Deux-Sèvres, mère de deux jeunes enfants, a perdu la vie, jeudi 13 février, poignardée par un patient qu'elle tentait d'empêcher de quitter l'établissement. La polémique enfle autour de ce drame  qui a suscité une immense émotion parmi la population, depuis que Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, a refusé une minute de silence à la députée insoumise Caroline Fiat dans l'hémicycle. Cette dernière, très émue, avait pris la parole, mardi 18 février : Nous avons passé le week-end à n'entendre parler, bien malgré nous, que de l'élection municipale à Paris, occultant toute l'actualité, notamment le 14 février où le personnel hospitalier s'est mobilisé pour clamer son amour à l'hôpital public. Pire encore, a été passé sous silence le meurtre d'une jeune collègue (...) poignardée à mort par un patient, a déclaré cette aide-soignante de profession lors des questions au gouvernement. Dès qu'un fonctionnaire d'Etat décède dans l'exercice de ses fonctions, il est d'usage de lui rendre hommage par une minute de silence dans cet hémicycle, a poursuivi la députée, disant sa "grande surprise" qu'une demande en ce sens ait été refusée dans la matinée lors de la conférence des présidents de l'Assemblée. Très émue, l'élue LFI a donc proposé d'utiliser le temps de parole lui restant pour rendre hommage à l'infirmière au nom de son groupe, plusieurs élus de gauche se levant dans la foulée.

Mme Fiat, nous sommes tous sensibles à l'émotion provoquée par le drame que vous venez d'évoquer, mais ainsi que je l'ai indiqué au président de votre groupe, l'usage limite la pratique des minutes de silence à des cas exceptionnels et solennels, et il ne peut y avoir dans cet hémicycle de minutes de silence à l'initiative d'un député ou d'un groupe, lui a fermement répondu Richard Ferrand. Permettez-moi aussi de vous dire que sur tous les bancs siègent des professionnels de santé et que chacun ici partage la peine de la famille endeuillée, a-t-il poursuivi, avant de retirer la parole à Caroline Fiat, qui était debout larmes aux yeux.

Indignation des soignants 

Depuis, des voix s'élèvent pour dénoncer le silence des médias nationaux sur cette affaire et le mépris du gouvernement et du président de l'Assemblée nationale. La CGT du Centre Hospitalier Nord Deux-Sèvres, où travaillait l'infirmière, s'est indignée mardi soir dans un communiqué de l'hommage refusé à l'Assemblée, et des propos de Richard Ferrand sur l'usage de minutes de silence limité à des cas exceptionnels. Ces propos démontrent, une fois de plus, la façon de considérer les soignants dans ce pays, a déploré la CGT-CHNDS, estimant insultée la famille de l'infirmière et toute la communauté soignante bafouée. Le syndicat réclame ainsi la démission du président de l'Assemblée, et demande également que la victime puisse recevoir l'hommage national qui lui est dû sous la forme de la minute de silence qui lui a été refusée. Le collectif Inter-Blocs a également fait part de sa colère et appelé les soignants à se mobiliser en respectant une minute de silence au moment des obsèques de la jeune femme, ce jeudi 20 février, mais également à lui rendre hommage dans leurs établissements respectifs et sur les réseaux sociaux. 

De manière générale, sur les réseaux sociaux, de nombreux soignants apportent leur soutien à la famille de cette infirmière, à l'image des "Blouses Noires", Collectif né au Centre Hospitalier psychiatrique du Rouvray qui "lutte pour les patients, les familles et les soignants". 

Richard Ferrand s'agace et s'explique

Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a réagi à la polémique et évoqué une instrumentalisation. Au leader des insoumis, Jean-Luc Mélenchon, qui l'interpellait mercredi sur cette affaire, il a répliqué : (...) vous mettez un zèle tout particulier, vous et vos amis, y compris sur les réseaux sociaux, à rajouter de la peine à la peine en laissant croire qu'il y aurait ici un parlementaire, sur quelque banc que ce soit, qui serait indifférent au drame survenu. Il  avait dès lundi précisé à Jean-Luc Mélenchon, qui l'avait saisi, qu'il est d'usage que les hommages en séance publique revêtent un caractère exceptionnel et solennel et soient réservés, en principe, aux décès de députés en cours de mandat, de chefs d'Etat ou de gouvernement étrangers (...) de soldats français en opération, d'otages français ou de victimes de catastrophes, dans un courrier.

S'associant "à la tristesse de la nation", le nouveau ministre de la Santé Olivier Véran a pour sa part annoncé qu'il se rendrait dans les prochains jours à Thouars, sans presse, à la rencontre des équipes hospitalières, comme l'a fait vendredi le délégué ministériel à la santé mentale, Frank Bellivier.

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

Publicité

Commentaires (0)