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A Roubaix, l'hôpital prend soin de ses agents enceintes

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Dans une optique de qualité de vie au travail, le CH de Roubaix a décidé de changer le regard sur la grossesse, soutenant les femmes concernées et améliorant leurs conditions de travail. En toile de fond, la lutte contre l'absentéisme.

Lors de l'entretien de grossesse, le cadre peut faire le point avec l'agent sur ces souhaits de formation et d'aménagements du temps de travail.

76% des femmes enceintes travaillant au CH de Roubaix (Nord) s'arrêtent avant le début de leur congé maternité. Plus précisément, sur les postes dits actifs, elles s'arrêtent 95 jours avant, soit à un peu plus de trois mois de grossesse. Autre chiffre, les arrêts maladie avant maternité représentent 18% des arrêts maladie ordinaire. La direction des ressources humaines de l'établissement, en lien avec la direction des finances et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), a donc décidé de se pencher sur la question. L'occasion également, comme l'a expliqué à Hospimedia Guillaume Couvreur, directeur des ressources humaines (DRH) du CH, d'aborder la lutte contre l'absentéisme sous un angle concret. Plusieurs éléments ont été abordés avant la discussion autour du projet, notamment la problématique commune à tous les CH qui est celle de l'absentéisme et des difficultés à remplacer les agents, a précisé Guillaume Couvreur. Les solutions restent parfois sur du général, nous nous sommes alors demandé sur quel axe on pouvait travailler de manière concrète pour diminuer l'absentéisme, a-t-il ajouté. Et l'un des axes identifiés a été le maintien dans l'emploi des femmes enceintes.

État des lieux et des pratiques

La maternité au travail étant définie comme priorité, une étude a été conduite avec le contrôle de gestion sociale qui a permis de constater les chiffres précédemment cités et servir de base aux discussions. Un groupe de travail a ensuite été constitué avec des représentants syndicaux du CHSCT, une cadre sage-femme, la directrice des soins, le DRH et un médecin du travail. Ce groupe a défini les axes sur lesquels s'engager dans un triple objectif : améliorer les conditions de travail des femmes enceintes au CH, changer la perception de la maternité et réduire l'absentéisme. Un sondage a en parallèle été lancé auprès des agents femmes du CH pour établir un état des lieux des pratiques et des besoins. 162 ont répondu, dont 38% d'infirmières diplômées d'État (IDE), puéricultrices, infirmières de bloc opératoire (Ibode) et anesthésistes diplômées d'État (Iade). 86% ont indiqué avoir utilisé leur heure de grossesse pour finir plus tôt. À ce titre, 83% ont précisé que cette heure est surtout utile en fin de poste. Et 43% des personnels de nuit souhaitent passer de jour durant leur grossesse. Le sondage a aussi permis de mettre en avant le fait que 57% seraient intéressées pour réaliser les examens médicaux obligatoires de suivi de grossesse à la maternité du CH. Par ailleurs, les tâches considérées comme difficiles par les femmes enceintes ont pu être identifiées, à savoir : la manipulation des patients et le port de charges lourdes; la station debout; le brancardage; les déplacements fréquents.

Des cours de yoga sont aussi proposées aux agents du CH de Roubais qui attendent un enfant

Accompagnement des agents enceintes

À l'issue des travaux engagés sur ce sujet, plusieurs mesures ont été mises en place, a détaillé auprès d'Hospimedia, Emma-Lou Noviant-Laffanour, directrice des finances au CH de Roubaix. En premier lieu, un triptyque sur la grossesse est distribué, d'abord auprès des femmes enceintes puis à toutes les femmes de l'établissement avec les fiches de paie de septembre 2018. Les cadres le donnent également lors des entretiens de grossesse. Ce triptyque rassemble les droits auxquels les femmes peuvent prétendre pendant et après leur grossesse, les formalités administratives, des conseils et les actions du CH en matière d'accompagnement. L'hôpital a aussi prévu que l'entretien de grossesse soit systématique, poursuit Emma-Lou Noviant-Laffanour. Il permettra notamment au cadre d'anticiper les difficultés de l'agent sur son poste et l'organisation du service, par rapport notamment au positionnement de l'heure de grossesse et à la récupération des heures supplémentaires. Un guide est remis au cadre pour les aider à conduire cet entretien. Par ailleurs, c'est l'occasion de faire un état des lieux des formations obligatoires et de proposer à l'agent de profiter des derniers mois de grossesse pour les effectuer, indique la directrice des finances. Dans tous les cas, le but est que les femmes enceintes se sentent bien dans leur travail et que le service soit organisé en amont des congés maternité.

Partenariat avec l'ANFH en discussion

Pour aller plus loin sur le sujet de la formation, le CH de Roubaix a décidé d'engager la discussion avec l'Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier (ANFH) régionale, explique Guillaume Couvreur, directeur des ressources humaines. Le but est d'être le plus fluide en positionnant les femmes enceintes de l'établissement dans des groupes de formation. L'intérêt quant à lui est double : avoir des agents mieux formés et les frais de traitement remboursés par l'ANFH. Ce projet est actuellement en cours de construction, il devrait être validé en septembre prochain et pourrait être étendu au national.

Bonus mensualité

Dans l'optique de changer le regard sur la grossesse, le plan d'actions prévoit aussi l'instauration d'un bonus mensualité, explique Guillaume Couvreur. Si la femme enceinte reste dans le service jusqu'à la fin de son cinquième, voire sixième mois de grossesse, dans ce cas un bonus est attribué au service, indique-t-il. Cette mesure s'appuie sur la mise en place de l'entretien de grossesse systématique, associée aux actions proposées par le groupe de travail. Il s'agit d'une mesure propre au CH de Roubaix qui repose sur la contractualisation mise en place avec les cadres de l'établissement. Des cours collectifs et des conseils personnalisés sont également dispensés par les formateurs en prévention des risques liées à l'activité physique (Prap). Comme l'explique Emma-Lou Noviant-Laffanour, l'étude a permis d'identifier les difficultés auxquelles les femmes enceintes sont confrontées à l'hôpital. Des cours collectifs sont donc proposés sur les apports de l'ergonomie du poste de travail. Des conseils posturaux y sont également donnés et, pour celles qui le souhaitent, un accompagnement individuel d'une heure renouvelable peut être réalisé sur le lieu de travail de l'agent. L'agent peut également bénéficier d'un gilet postural pour l'aide au maintien.

Ce projet, mis en place sur l'été 2018, a commencé à être évalué. Ainsi, fin 2018, le CH a pu constater "une petite baisse de la part des arrêts maladie liés à la grossesse", note la directrice des finances. Nous ne sommes pas encore sur une année pleine pour ce dispositif. Toutefois, un frémissement de diminution des arrêts est relevé, ajoute-t-elle. Le projet a également reçu en mars dernier le prix personnels hospitaliers de l'Association des directrices et des directeurs d'hôpital (ADH) lors de ses 27es journées. En outre, une quinzaine d'établissements est entrée en contact avec le CH de Roubaix pour en connaître les modalités. Un projet qui pourrait donc faire des émules.
Si la femme enceinte reste dans le service jusqu'à la fin de son cinquième, voire sixième mois de grossesse, dans ce cas un bonus est attribué au service

Cet article a été publié par Hospimedia le 23 août 2019 que nous remercions pour le partage.

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