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Ségur de la Santé : accord.. ou toujours pas d'accord ?

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Exercer dans le privé

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Jean Castex, nouveau Premier ministre, l'avait annoncé dès sa nomination le 3 juillet dernier : repoussées certes d'une semaine, les négociations en cours du "Ségur de la Santé" devaient, très vite, aboutir à un protocole d'accord présenté aux syndicats. A l'issue d'une dernière et longue séance de négociations menée dans la nuit de mercredi à jeudi, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, rend sa copie visant à revaloriser significativement les métiers hospitaliers. Mesure phare : une hausse de salaire "socle" pour l'ensemble des salariés paramédicaux et non médicaux hospitaliers et des Ehpad publics, à l'exception des médecins qui font l'objet de négociations séparées. Cette hausse des salaires interviendra en deux temps, avec une première revalorisation de 90 euros net en septembre 2020 et une seconde, de 90 euros également, qui entrera en vigueur en mars 2021.

pui, non question

Un protocole d'accord avec de de réelles avancées certes, mais suffiront-elles à redonner de l'attractivité aux métiers de la santé ?

L'exécutif et les syndicats s'entendront-ils enfin sur l'essentiel, sur les attentes fortes de toute une communauté soignante qui revendique des rémunérations à la hauteur de ses compétences ? Rien n'est moins sûr puisque, comme le rappelle Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI CFE-CGC, deux fois 90 euros net d'augmentation de salaire, soit 180 euros, ne correspond pas aux 300 euros net demandés pour tous les infirmiers salariés (publics comme privés) pour rattraper le différentiel calculé par l'OCDE entre le salaire infirmier en France et le salaire moyen des autres pays. Pour lui, 7.5 milliards d'euros, dernière somme déployée par Jean Castex, soit 1 milliard et demi supplémentaire que la première enveloppe annoncée par le Gouvernement, est ridicule pour 1.7 millions de salariés. Lorsqu'on est beaucoup à se partager un petit gâteau, chacun n'a que des miettes. Les salariés du privé sont d'ailleurs concernés, eux aussi, par une partoie de cette enveloppe, à hauteur de 1.6 milliard d'euros qui pourraient financer une hausse de rémunération de l'ordre de 160 à 170 euros net pour les personnels. Les modalités devront être discutées entre syndicats et directions des établissements concernés.

La version finale du protocole d'accord doit être adressée aux syndicats ce jeudi 9 juillet qui le soumettront à leurs bases. Ils devront se prononcer d'ici lundi, le gouvernement espérant conclure pour sa part ce Ségur de la Santé" d'ici vendredi 17 juillet. Soulignons qu'outre la revalorisation salariale proposée, ce protocole d'accord prévoit aussi une refonte des grilles, c'est-à-dire des salaires prévus selon le déroulé des carrières, pour certains métiers soignants et médico-techniques, mais aussi une hausse de certaines primes, notamment pour les dimanches et les jours fériés.  Question emploi, 15 000 embauches dans les établissements publics sont annoncées : créations de postes et recrutements sur des postes jusque-là non pourvus.

Didier Birig, négociateur Force Ouvrière, demande ce matin sur RTL au Premier ministre un effort supplémentaire après l'annonce d'un rallongement de plus d'1 milliard d'euros pour les personnels hospitaliers non-médecins.

Du côté de la Coordination nationale infirmière (CNI), Céline Laville, sa Présidente, s'interroge : Si une augmentation de 180 euros nets mensuels pour les paramédicaux et personnels non médicaux est une première avancée non négligeable au regard de l'absence de revalorisation totale depuis de nombreuses années, on demeure cependant loin des 300 euros attendus pour tous les professionnels de santé. Quelles seront les modalités d'application de cette augmentation ? Qui sera réellement concerné par ces augmentations et des contres partis seront-elles exigées aux professionnels ? Côté emploi, l'annonce de la création de 15 000 emplois est encourageante mais quel découpage ? Comment seront réparties ces créations d'emplois ? Quels critères ? Qu'en est-il de la définition d'indicateurs de la charge en soin qui permettraient de pouvoir adapter l'effectif de chaque service en fonction de celle-ci ? Aujourd'hui rien ne semble envisagé pour répondre à cette nécessité. Qu'en est-il des revendications d'augmentations du nombre de lits et de la garantie de matériel suffisant pour des prises en soins efficientes ? Qu'en est-il de la modification de la gouvernance des établissements tant attendue pour permettre d'inclure les professionnels du terrain dans les choix décisifs des établissements ? Pour la CNI, de réelles avancées certes, mais suffiront elles à redonner de l'attractivité aux métiers de la santé ?

Thierry Amouroux ne dit pas autre chose : 30% des jeunes infirmiers abandonnent déjà la profession dans les 5 ans qui suivent le diplôme. Le fait d’avoir travaillé avec des sacs poubelles en guise de surblouses et des masques inadaptés va accélérer le phénomène. Le gouvernement propose de créer 7500 nouveaux postes. Le SNPI réclame d’une part 10% de personnel en plus dans les hôpitaux, c’est-à-dire la création de 20.000 postes. Ce qui va permettre d’établir des ratios de patients par infirmière selon les services (sur l’exemple de la réa, dialyse…). Et d’autre part le doublement des effectifs dans les EHPAD, pour atteindre le ratio agents/résidents de l’Allemagne et des pays nordiques.

Emmanuel Macron, Président de la République, avait prononcé une phrase d'importance au début de la crise sanitaire, le fameux "Quoi qu'il en coûte", annonçant des investissements et "une dynamique de revalorisation" pour le milieu hospitalier. L'ensemble des soignants l'avait bien entendu... et intégré pour des lendemains qui chantent. Attendons lundi pour connaître la position des syndicats face à ce protocole d'accord qui, à l'heure d'aujourd'hui, engendre une fois encore plus de déception que d'enthousiasme.

Les étudiants en soins infirmiers, présents au Comité Ségur, ne sont pas pour autant satisfaits, jugeant que le Gouvernement leur tourne le dos ! En effet, pour la FNESI, la perte d'attractivité de la filière soignante ne pourra être endiguée qu'en agissant rapidement dès la première année de formation. La mise en place d'une platedorme nationale d'évaluation systématique des stages s'avère donc indispensable, autant que la mise à disposition et l'entretien gratuit des tenues professionnelles par les établissements d'accueil en stage et l'appui d'un tuteur ayant la formation, le temps et les moyens matériels nécessaires pour les accompagner. Les attentes demeurent en la matière.

Du côté des médecins, les négociations ne sont pas simples non plus. Selon la volonté d'Olivier Véran, elles reprennent aujourd'hui. Comme l'écrivent nos confrères de What's up doc, les syndicats, constatant une absence de négociation de la part du ministère de la Santé, se demandent : "Mais quels sont les projets d’avenir de notre gouvernement ? Une gestion ultra-libérale de la santé au détriment d’un pourcentage "acceptable" de la population ? La démission programmée de praticiens engagés dans leur vocation à soigner tout le monde sans distinction ? La création d'une politique de santé non pas publique mais privée ?" Réponse en fin de journée…

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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