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Les soignants applaudis par la population, poussés dehors par leur voisinage

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Exercer dans le privé

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Il est reconnu que les moments difficiles font souvent ressortir ce qu’il y a de meilleur comme de pire chez l’espèce humaine. La crise sanitaire que nous sommes en train de vivre ne fait pas exception. De nombreux soignants se sont plaints, notamment via les réseaux sociaux, d’avoir reçu des lettres anonymes, de retrouver leurs voitures vandalisées, voire d’être insultés en pleine rue.  A l’hôpital comme en libéral, ces professionnels ont un rôle incontournable mais certains les préfèrent loin de chez eux…

Les soignants applaudis par la population, poussés dehors par leur voisinage

Une infirmière a été "virée" par son propriétaire craignant pour sa santé, d’autres reçoivent des lettres de leur voisin leur demandant de déménager. Certains soignants se sentent comme des "pestiférés".

Le soir, vers 20h ou 21h, les Français ouvrent leurs fenêtres et applaudissent pour rendre hommage aux professionnels de santé qui restent plus que mobilisés durant cette épidémie. Pourtant, certains de nos concitoyens ont une manière « originale » d’exprimer leur reconnaissance et leur soutien envers les soignants.  Lettres anonymes, mots de menace, cabinets cambriolés, vitres brisées, agressions, injures… les professionnels de santé sont pris pour cible face à la panique de certains.  Si les soignants sont plus que sursollicités dans les hôpitaux mais aussi très engagés en ville, ils ne sont visiblement pas les bienvenus partout.

A Lannion, une infirmière trouve un matin un message coincé sous l’essuie-glace de sa voiture alors qu’elle se rendait à son travail. Quelques lignes pour lui assigner de tenir ses distances : Vous êtes infirmière, vous avez plus de risques d’être contaminée par le virus, donc merci de ne pas vous garer proche des autres mais plutôt dans un garage. Un petit mot très désobligeant que la professionnelle n’a nullement apprécié. J’espère que la personne à l’origine de ce message s’est désinfecté les mains après avoir déposé ce message sur mon pare-brise car la pestiférée que je suis, vient de changer ses essuie-glaces. Quelle est la prochaine étape de ces idioties ?, s’agace-t-elle.

Lucille, une autre infirmière exerçant dans un hôpital de banlieue parisienne a découvert un matin un courrier anonyme lui demandant de quitter son domicile. Le corbeau est même allé plus loin en lui proposant d’aller faire ses cours en dehors de la ville et lui reprochant de sortir promener son chien. Ulcérée, la jeune femme s’est plainte au maire, une enquête est en cours. On met déjà notre vie de côté pour s'occuper des autres, alors qu'on nous traite comme des pestiférés, ça ne passe pas. La professionnelle, qui s’échine à porter masque, gants, lunettes et surblouse de protection lors de ses soins, et qui constate que ses mains sont défoncées par le double lavage réglementaire entre chaque patient (savon et SHA), enrage : Cette personne prend sûrement beaucoup moins de précautions que moi.

Autre exemple, posté sur twitter par le maire de Bayonne Jean-René Etchegaray, on y voit une lettre du même style :

La liste est longue et beaucoup de situations du même acabit ont suscité l’indignation sur les réseaux sociaux. La pire remarquée récemment est celle de cette soignante qui a été dans l’obligation de quitter son logement avec sa famille sous la contrainte de son propriétaire. En effet, Mélina, IADE au CHU de Montpellier, avait décidé de mettre sa mère à l’abri alors que celle-ci résidait en maison de retraite. Elle l’a donc invité à habiter chez elle à Montarnaud où elle vivait avec son conjoint et sa fille. Mais les propriétaires des lieux, qui vivent à l’étage, craignant pour leur santé, n’ont pas hésité à leur couper l’eau chaude et le chauffage afin de les inciter à partir. Selon la professionnelle, ils n’auraient pas lésiné sur les coups bas pour parvenir à leur fin jusqu’à lui affirmer que :  on s’en fout que vous attrapiez le virus et que vous mourriez avec. Du moment que vous ne mourrez pas chez nous.

Les libéraux aux prises avec les cambriolages et vols de matériel

Claire a un cabinet à la Rochelle. Celui-ci a été cambriolé afin de voler une trentaine de masques chirurgicaux. J'ai eu beaucoup de colère, beaucoup de peur aussi, un sentiment d'irréalité, explique l’IDEL. Depuis, elle a enlevé son caducée, indice de sa profession, et ne laisse rien dans sa voiture. C'est devenu une routine, au même titre que mettre le masque et se laver les mains pour protéger les patients. D’autres professionnels libéraux ont affirmé avoir été insulté, les personnes qu’ils croisent exigeant des masques. Certains ne se sentent plus respectés car on leur demande de se charger des courses pour éviter les contaminations.

De manière générale, les infirmiers libéraux ne sont pas plus épargnés par ces comportements indignes. Thomas, IDEL dans l’Eure, a aussi fait la triste expérience de la lettre anonyme sur le pare-brise de la voiture. Merci de votre travail auprès des malades, mais les hôtels mettent des chambres à disposition des soignants. Merci donc de prendre une de ces chambres afin de ne pas contaminer vos voisins avec le coronavirus. Vous êtes inconscient, a-t-il pu lire. J’avais fini à 20 h une journée de travail bien remplie, alors forcément ce mot m’a mis très en colère, s’énerve le jeune infirmier. Les personnes qui ont rédigé ce mot l’ont-elles fait par pure méchanceté ou par "effet de mode", si l’on peut dire, parce que les médias ont fait état récemment de tels comportements ? Je ne sais pas mais je suis très surpris, se questionne le trentenaire.

Quant à Sophie, elle a raconté sa propre mésaventure sur la page facebook Odieux voisinage où les témoignages sur ces bassesses pleuvent. Je me sens obligé de partager ce que je viens de trouver sur la porte de mon appartement, je suis choquée, dépitée par la connerie des gens... Je n’ai pas les mots..., dit-elle en publiant la photo de cette lettre.

Lettre

Mais après réflexion elle a quand même trouvé le moyen de répondre à cet individu et de lui affirmer tout le bien qu’elle pensait de sa missive.

Réponse lettre

L’Ordre National Infirmier à travers les mots de son président, Patrick Chamboredon, a exprimé toute son indignation face à ces attitudes immorales. Même si ces événements restent minoritaires, c'est ahurissant, déclare le président de l’ONI. D’ailleurs certains conseils régionaux de l’Ordre conseillent aux infirmiers de retirer leur caducée pour éviter ces dérives. Pire, à l’hôpital Lariboisière, à Paris, dernièrement, les soignants se font escorter par des agents de sécurité jusqu’aux transports en commun par mesure de sécurité suite à plusieurs agressions dont ils ont été l’objet. Yann Flecher, infirmier à Lariboisière et délégué syndical CGT en témoigne : Je me suis fait insulter vers 19 heures rue Guy-Patin, la rue qui conduit de Lariboisière vers Barbès, indique-t-il. Je suis relativement costaud, j'ai un gabarit qui fait qu'on ne va peut-être pas m'agresser tout de suite. Il évoque également le cas de certaines de ses collègues féminines : J'ai une collègue de mon syndicat qui elle s'est fait cracher dessus lors d'un retour chez elle, elle était avec d'autres collègues, et leur état de soignant était clairement visé.

Enfin, le Premier ministre a récemment qualifié ces comportements de scandaleux lors d’un point presse. A croire que pour certaines personnes être confinées, peut signifier être in fine…

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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Commentaires (1)

BRONCO

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41 commentaires

#1

AFFLIGANT...

...le comportement de ce genre d'individus qui auraient sans doute très bien vécus la période de l'occupation. Les mêmes qui doivent regarder des niaiseries télévisuelles type Nina et prétendent connaître notre milieu.
Au lieu d'insulter les soignants, qu'ils leurs demandent comment appliquer les mesures barrières.
Confiné ne veut pas dire CON FINI.