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Les soins esthétiques, garants de la dignité des patients

Les soins esthétiques et la réflexologie ne font pas partie des pratiques soignantes institutionnelles. Ces « soins de support « sont pourtant présents au sein des établissements de santé et peuvent être intégrés au chapitre « bientraitance ». Mais ils ne sont pas encore réellement reconnus comme tels. Une initiative marseillaise en oncologie et en psychiatrie prouve leur intérêt pour les patients.

Les soins esthétiques, garants de la dignité des patientsLe concept de bientraitance est souvent évoqué pour promouvoir une meilleure qualité de la prise en charge des patients. Il est même intégré dans le manuel de certification des établissements de santé, puisqu'il est apparu dans la version 2010, et fait donc partie des critères importants de sécurité des soins définis par la Haute Autorité de Santé (HAS).
Mais le terme de bientraitance est difficile à circonscrire pour celui qui ne l'a pas étudié de près... On sait qu'il vise à recentrer les pratiques vers une dimension plus humaine, à remettre le soin au premier plan - la prise en soins remplaçant la prise en charge -, et à rétablir une relation de confiance avec les usagers et leur entourage. On entend dire, en outre, que la bientraitance serait une réponse à la maltraitance institutionnelle vers un retour à la qualité de vie au travail. Pour illustrer ces beaux discours, nous avons choisi d'en donner un exemple pratique.

Beauté et relaxation pour les patients atteints de cancer

Nous avons rencontré récemment la présidente de l'Association « Beauté, détente du corps et de l'esprit », Nathalie Riguel, qui a été à l'origine, à Marseille, dès 2003, d'une initiative centrée sur les patients hospitalisés en oncologie. A l'image de ce qui se faisait déjà au sein de l'Institut Gustave Roussy de Villejuif, Nathalie Riguel, esthéticienne de son état, a commencé à proposer, avec l'aide de Nicole Debono, une collègue nouvellement retraitée et formée aux soins des pieds et des mains, des séances de soins esthétiques et de relaxation. Le but était d'apporter aux patients des moyens de se détendre et de recouvrer leur dignité quelque peu entachée par la maladie. Des résultats rapides et encourageants leur ont permis d'acquérir le soutien de l'AP-HM et de recevoir le concours du laboratoire Evolife qui leur fournit des produits de soins.

Elles ont été rejointes en 2010 par Chantal Del Pio, qui propose des soins de réflexologie, et plus récemment d'une coiffeuse. Cette équipe intervient aujourd'hui, toujours bénévolement, au sein du service d'hôpital de jour d'oncologie du Pr Duffaud, à la Timone à Marseille. Grâce notamment au concours du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, elles bénéficient, depuis septembre 2012, d'un local équipé dédié qui a fait l'objet d'une inauguration en bonne et due forme. « Le Pr Duffaud nous a été d'une grande aide dans la réalisation de ce projet, commente Nathalie Riguel, cette salle nous permet de recevoir les patients de son service, ainsi que d'autres services de cancérologie de la Timone, avec plus de tranquillité et d'intimité. Mais nous sommes appelées à intervenir également dans dans les chambres des patients. »

La philosophie de l’association repose sur un constat : « l’esthétique n’est pas une question de beauté mais de dignité ».

Un biais pour atteindre les personnes en dépression

Les soins d'esthétique et la coiffure sont dispensés aussi dans le pôle psychiatrique centre de l'AP-HM. Nathalie Riguel a ainsi formé une douzaine d'infirmières aux soins esthétiques, depuis 2006, à raison de 6 jours pan an, pendant leur temps de travail. Les infirmières pratiquent la thérapie par le toucher, ce qui a des prolongements positifs sur les patients atteints de syndrome dépressif. Elles bénéficient d'une salle, appelée « atelier », ainsi que d'un salon de coiffure. Les médecins de ce pôle évaluent de façon positive les bienfaits de ce complément thérapeutique, si bien qu'ils l'ont inclus dans le parcours de soins psychiatriques légers.

Quant à Chantal Del Pio, elle réalise des soins de réflexologie, par acupression palmaire, pour les patients traités par chimiothérapie. Elle rééquilibre ainsi leur énergie, les détend, les relaxe et atténue leurs douleurs somatiques. Les résultats sont, là aussi, significatifs puisque les personnels soignants témoignent d'une forte baisse de consommation de morphine depuis que Chantal pratique son art dans ce contexte.

Une étude et de la recherche afin d'être reconnue

Du coup, Chantal Del Pio projette de réaliser une étude grandeur nature qu'elle souhaite adossée à un laboratoire de recherche, afin que sa pratique soit enfin reconnue. Cela lui permettrait de développer et faire reconnaître ses compétences au service des personnes fragilisées.

La reconnaissance est désormais le but recherché par l'Association « Beauté, Détente du Corps et de l'Esprit ». La mise à disposition de locaux ou la prise en charge de journées de formation par l'institution ne suffisent pas. Le bénévolat ou l'estime de la hiérarchie ainsi que des patients sont, certes, des facteurs de motivation, mais elle souhaite désormais faire valider ses compétences particulières par l'Académie et voir les formations sanctionnées par une habilitation ou un diplôme.

Les tutelles se doivent aujourd'hui de reconnaître à juste titre ces initiatives permettant la promotion de la bientraitance au travers du respect de la dignité des patients. Alors se développeront des pratiques de terrain susceptibles de donner écho aux beaux discours...

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Rédacteur infirmiers.com
bruno.benque@gmail.com

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