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SPS : le numéro d'aide aux soignants a reçu près de 5700 appels en un an

Nombre d’appels, profils des appelants, motifs des demandes d’aide et d’accompagnement…: le numéro vert SPS (de l'Association de Soins aux Professionnels de la Santé), mis à disposition des soignants en difficulté, établit son bilan, cinq ans après sa mise à disposition. Accessible en composant le 0 805 23 23 36* , le numéro vert, ouvert également aux étudiants, a reçu près de 16 000 appels, dont près de 12 000 en deux ans et près de 5700 rien que l'année dernière, alors que le besoin d'écoute des professionnels de santé s'est accru avec la pandémie. 

SPS : le numéro d'aide aux soignants

Au total sur les deux dernières années, la plateforme a permis de répondre à une centaine d’appels de personnes à risque suicidaire (imminence du passage à l’acte ou idées suicidaires).

Pendant la pandémie (soit depuis mars 2020), le nombre d’appels à SPS a bondi (75% du total des appels enregistrés depuis l’ouverture en 2016). Gratuit, anonyme et confidentiel, disponible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, professionnel avec cent psychologues formés… Ce dispositif d’appel a été pensé pour briser l’isolement et apporter du soutien, mais aussi pour répondre rapidement et efficacement à la souffrance de ceux qui sont en grande situation d’urgence.

De janvier à décembre 2021, la plate-forme a reçu près de 5 700 appels, soit près de 16 par jour. Les appels ont duré environ 25 minutes en moyenne, mais plus de 4% d’entre eux se sont prolongés au-delà d’une heure. Plus de 1 200 appels ont été passés la nuit (soit près du quart des appels), et près de 600 le dimanche. Quant aux appelants, ce sont en majorité des femmes (plus des deux-tiers). Près de la moitié sont salariés (45%), 8% exercent en libéral, plus du tiers sont étudiants. L'âge moyen des appelants est de 43 ans pour les professionnels de santé et de 23 ans pour les étudiants.

SPS a reçu de nombreux appels d'infirmiers 

D'après les données de SPS, les trois professions les plus représentées sont les infirmier(ère)s (15%), les aides-soignant(e)s (9%) et les médecins, soit 30% des appels au total, dont la moitié d’infirmier(ère)s. Viennent ensuite les professionnels du secteur médico-social (6%). Ces quatre profils de professionnels constituent plus du tiers des appels. Quant à la provenance des appels, un quart ont été passés depuis l'Île-de-France. Suivent les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes (respectivement 12% et 10% des appels).

Parmi les personnes rendues vulnérables, on compte également les étudiants, en forte demande de soutien. Depuis l’ouverture de la plateforme SPS aux étudiants en avril 2021, on estime qu'ils sont à l'origine de près de 43 % des appels (seul un quart d'entre eux font des études en santé). Plus du quart des appels (28%) ont été passés depuis l’Île-de-France, 15% depuis la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Les étudiants sont donc désormais largement représentés parmi tous ceux qui appellent la plateforme, au côté des professionnels de la santé, note ainsi SPS. 

Ce qui est intéressant, pour évaluer l'importance de la mise en place de ce numéro, c'est de comparer les appels avant et après la crise sanitaire, explique Catherine Cornibert, directrice générale de l'association SPS : on est passé de 3 appels par jour avant la crise à 20 ajourdhui', avec des pics (jusqu'à 150 appels par jour pendant le premier confinement). Depuis la crise on constate que les gens appelent davantage : la souffrance est moins de tabou. Elle est également plus importante, même si elle existait auparavant. Enfin, elle a évolué dans les appels : c'était davantage de l'anxiété au début de la pandémie, puis on a eu des gens épuisés et à présent on a des gens lassés, qui ont perdu sens en leur métier. 

Covid, motifs personnels ou idées suicidaires : pourquoi ces appels ? 

On constate une évolution des motifs d’appel par rapport à 2020. Si, en 2020, la majorité des appels (55%) concernaient la Covid-19, les motifs en 2021 sont plus diversifiés, souligne SPS : 37% sont d’ordre personnel (cause familiale, problèmes de santé…), 19% d’ordre professionnel (épuisement, conflits) et 13% sont motivés par la pandémie (anxiété liée au confinement ou au virus lui-même). De manière plus détaillée, les professionnels de la santé ont fait appel à la plateforme autant pour des motifs personnels que professionnels (respectivement 33% et 35%, soit deux-tiers des appels). Quant aux étudiants, leurs demandes d’écoute étaient d’abord motivées par des situations personnelles (48%), puis par des problèmes liés au parcours étudiants (28%), l’ensemble représentant les trois-quarts des appels. Le grand nombre d’appels émanant d’étudiants (43% au total, dont les trois-quarts ne font pas d’études en santé) témoigne du bien-fondé de l’ouverture, à cette population, du numéro vert SPS, qui répond également à son besoin d’écoute et de soutien, rappelle SPS. 

Sur l’ensemble des appels recueillis en 2021, plus de la moitié étaient classés de niveau 1 (anxiété plus ou moins addiction) mais dix étaient de niveau 5 ( risque de passage à l’acte imminent) et 98 de niveau 4 (idées suicidaires). Parmi les dix appels de très grande urgence, sept émanaient d’étudiants et 3 de professionnels de la santé. À titre de comparaison, l’année 2020 avait été marquée par 17 appels de niveau 5. Au total sur les deux dernières années, la plateforme a permis de répondre à une centaine d’appels de personnes à risque suicidaire (imminence du passage à l’acte ou idées suicidaires). Grâce à elle, il a été possible d’adopter des comportements de soutien et de désamorçage de la crise suicidaire.

Réorientation dans 60% des cas 

Près de 60% des appels ont fait l’objet d’une réorientation, précise encore SPS, et notamment vers un psychologue en face à face (19%), les psychologues du réseau Souffrance et travail (13%), le médecin traitant (12%), ou encore d’autres réseaux (Morphée…) ou dispositifs (travail, associations, service social…). À noter que les appels de niveaux 3 à 5 – épuisement professionnel, idéations suicidaires et risque de passage à l’acte imminent – sont systématiquement réorientés vers un médecin généraliste et un psychiatre.

La plateforme, qui a ouvert de nombreuses expérimentations auprès de populations vulnérables, les policiers, les soignants aux Antilles (majoritairement hostiles à la vaccination pendant la pandémie), prévoit de s'adresser bientôt aux femmes victimes de violences. Quand on ouvre une plateforme, elle doit être ouverte 24h sur 24, 7jours/7 et mettre en relation les gens avec des professionnels formés, c'est un incontournable, selon Catherine Cornibert. On doit aussi pouvoir proposer un accompagnement médical. Le numéro vert restera en place, assure-t-elle, car il nous a permis de sauver des vies

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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