PSYCHIATRIE

Suicide : le Covid n’a pas entraîné de hausse des décès

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La pandémie de Covid-19 a eu des effets contrastés sur les gestes suicidaires et les décès par suicides, sans pour autant affecter la mortalité, analyse un rapport de l’Observatoire national du suicide.

La santé mentale des jeunes femmes a été particulièrement affectée par le premier confinement, avec une hausse des syndromes dépressifs.

Les restrictions sanitaires et les confinements imposés durant la pandémie de Covid-19 ont-ils entraîné une hausse des décès par suicide ? Non, laisse entendre le rapport de l’Observatoire national du suicide (ONS). Publié le 6 septembre par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), celui-ci pointe cependant des résultats contrastés selon les catégories de population, avec une vulnérabilité plus forte identifiée chez les enfants et adolescents.  

Une diminution des décès et des hospitalisations lors des confinements

Dès les premières semaines de la pandémie de Covid-19, certains experts de la prévention du suicide se sont inquiétés d’une possible augmentation des conduites suicidaires à court terme ou plus long terme, sous l’effet de la pandémie elle-même et de certaines consignes sanitaires émises pour limiter son expansion. De fait, limitation des déplacements et des activités, fermeture de nombreux lieux et accès rendu difficile aux soins provoqués par les mesures de confinement ne pouvaient en effet qu’augmenter les facteurs de risque : isolement, rupture de soin, incertitude, violences intrafamiliales, perte d’emploi ou, à l’inverse, surcharge de travail. Or les deux confinements n’ont pas entraîné une augmentation du nombre de décès par suicide en population générale, révèle le rapport. C’est même plutôt le contraire qui s’est produit. Durant le premier confinement (semaines 12 à 19 de 2020), le nombre de suicides est inférieur de 20 % au nombre attendu en l’absence de pandémie, un chiffre qui tombe à 8% pour la période couvrant le deuxième confinement, précise ainsi l’ONS. Qui note toutefois un retour aux nombres attendus entre les deux confinements. Entre début janvier 2020 et fin mars 2021, 11 210 décès par suicide ont été dénombrés en France (dont 75,1% d’hommes et une répartition par âge et sexe similaire à celle enregistrée durant les 5 année précédentes), explique-t-il, concluant que, pour l’ensemble de la période considérée, la mortalité par suicide ne semble pas avoir été affectée par la pandémie.

Même chose du côté passages aux urgences et des appels aux centres antipoison pour auto-intoxication, qui ont diminué pendant le premier confinement puis au cours de l’été par rapport aux années antérieures. En 2020, le nombre de séjours hospitaliers pour tentative de suicide a diminué, passant à 79 749, contre plus de 88 000 entre 2017 et 2019, soit une baisse de 10%, ajoute l’observatoire.

Plusieurs facteurs de protection identifiés

Comment expliquer cette diminution alors que la santé mentale des Français s’est globalement dégradée dès le début de la crise sanitaire, avec une augmentation des troubles anxio-dépressifs et du sommeil ? Selon la revue de littérature présentée dans ce rapport, cette baisse du nombre de gestes suicidaires s'observe dans la plupart des pays à revenus élevés ou moyens, constate l'ONS. En réalité, la situation de péril collectif vécue en début de pandémie pourrait, au même titre que les guerres, avoir engendré un fort sentiment de cohésion sociale et celui d’être moins singulier et responsable de sa situation difficile, à certains égards protecteurs par rapport au risque de suicide, avance-t-il pour expliquer cette baisse. S’y ajouteraient, entre autres, le temps passé avec les proches, qui a augmenté du fait du chômage partiel ou du télétravail, ce dernier ayant également protégé certains de risques psycho-sociaux, ou de la diminution du temps passé dans les transports et de la fatigue associée. De plus, en lien direct avec la crise suicidaire, les épisodes de confinement ont été caractérisés par une plus grande surveillance des proches et par un moindre accès aux moyens létaux, cite l’ONS, qui souligne également le maintien, malgré les conditions difficiles, des soins déjà délivrés en période pré-pandémique aux personnes suivies pour troubles psychiatriques.

Pour autant, prévient-il, la situation pourrait évoluer défavorablement en raison de la dégradation de l’état de santé mentale de la population et d’éventuelles conséquences négatives d’une crise sanitaire qui perdure, combinée à une situation socio-économique difficile. Quant aux chiffres eux-mêmes, ils doivent être pris avec précaution du fait la complexité et de la spécificité du contexte dans lequel la production des données a eu lieu. Ils pourraient ainsi être sous-estimés, en raison d’un phénomène de sous-déclaration, notamment dans les cas de décès au domicile. Enfin, il est à noter que si décès et hospitalisations ont diminué, ces baisses sont associées à une tendance de sévérité accrue des actes suicidaires repérés, avec un recours plus important aux moyens les plus violents et une nécessité plus fréquente d’hospitalisation en soins intensifs.

Les jeunes, une population à surveiller

Le second enseignement du rapport est plus alarmant : a été constatée lors des premiers mois de la pandémie une hausse des pensées suicidaires chez les jeunes et les étudiants, et en particulier chez les jeunes femmes. L’augmentation du nombre de passages aux urgences pour geste ou idée suicidaire, ou pour trouble de l’humeur s’est ainsi avérée nettement supérieure à la moyenne chez les collégiens et lycéens. Selon EpiCov*, 2,8% des plus de 15 ans ont déclaré en novembre 2020 avoir pensé à se suicider au cours des 12 premiers mois. 5% des 15-24 ans seraient ainsi concernés, contre 1,3% des 75 ans ou plus.

La vulnérabilité des jeunes a été aggravée par la pandémie. Leur santé mentale a été brutalement affectée dès le début de la crise, souvent sous l’effet du choc causé par la mise en place des confinements, qui ont par exemple coupé les étudiants de leurs soutiens sociaux, institutionnels, amicaux et affectifs, explique-t-il. Se sont ajoutés d’autres facteurs de risque, comme la peur de transmettre le virus du Covid-19 aux proches, l’isolement des étudiants résidant loin de leur famille, la mise en péril de l’emploi étudiant, la déstabilisation des cursus ou encore les incertitudes liées à la valorisation des diplômes sur le marché du travail. La situation demeure dégradée par rapport à la période prépandémique, alors même que le secteur de la pédopsychiatrie, en grande tension, peine à répondre aux besoins. Dans ce contexte, la Haute Autorité de Santé (HAS) propose dans une fiche synthétique attachée au rapport de renforcer la prévention auprès de ces populations en adoptant une approche plus systémique, globale et proactive, avec un maillage resserré des structures, personnes ressources et informations.

*Grande enquête statistique lancée pour mesurer les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur la santé et les conditions de vie des Français. 

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr


 

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