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Le tabagisme consume les plus défavorisés, selon Santé Publique France

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Tabacologie

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Comme chaque année, Santé Publique France a réalisé un baromètre du tabagisme en France à partir des données 2020 et en a publié1 les principaux résultats dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire du 26 mai. Malgré des résultats encourageants illustrés par la décrue du nombre de fumeurs depuis plusieurs années dans le pays, la crise sanitaire s’est accompagnée d’une stagnation du nombre de consommateurs réguliers. Au-delà, l'aggravation de la prévalence du tabagisme au sein des classes socio-professionnelles les moins favorisées s'est également accentuée.

Cette étude a été réalisée à partir des données du Baromètre de Santé publique France 2020. La méthode d’enquête est identique à celle adoptée en 2019 et repose sur une génération aléatoire de numéros de téléphone fixe et mobile

Quelle est la cartographie du tabagisme en France ? Mené sur près de 15 000 adultes majeurs, le traditionnel baromètre Santé Publique France montre en 2020 un arrêt de la tendance baissière du nombre de fumeurs réguliers observée depuis quelques années en France. Les chiffres font par ailleurs émerger des inégalités sociales de plus en plus marquées et une prévalence très nettement supérieure chez les personnes les plus vulnérables sur le plan socio-économique. Décryptage des données publiées dans le BEH de l'agence sanitaire en mai 2021.

Le baromètre 2020* en quelques chiffres

Echantillon étudié : 14 873 individus francophones âgés de 18 à 85 ans (dont 1 148 âgés de 76 à 85 ans) et résidant en France métropolitaine
Périodes concernées : du 8 janvier au 16 mars 2020 puis du 4 juin au 28 juillet 2020
Un fumeur quotidien est défini comme un individu déclarant fumer tous les jours ou déclarant un nombre de cigarettes consommées (manufacturées ou roulées), de cigares, de cigarillos ou de chicha par jour
Un fumeur occasionnel est défini comme une personne déclarant fumer, mais pas quotidiennement
Un ex-fumeur est une personne qui a fumé dans le passé, que ce soit occasionnellement ou quotidiennement, et qui déclare ne pas fumer au moment de l’enquête
Une tentative d’arrêt correspond à au moins une semaine de sevrage tabagique au cours des 12 derniers mois

*Enquête téléphonique déclarative réalisée sur la base d’un questionnaire par l’Institut IPSOS

Une relative stabilité…

En 2020, le tabagisme quotidien concernait près d’un tiers (31,8 %) des Français âgés de 18 à 75 ans. Les fumeurs quotidiens représentent la part la plus importante de ce chiffre (25,5 %) par rapport aux fumeurs occasionnels, qui ne sont que 6,4 %. Quelle que soit la tranche d’âge concernée ou la fréquence de consommation, les hommes sont davantage concernés que les femmes, l’écart entre les sexes demeurant stable comparativement aux données 2019, de même que le nombre de cigarettes fumées (13 en moyenne). Par ailleurs, une prévalence globale nettement inférieure (4,8 %) est observée chez les plus âgés (76-85 ans). Enfin, la proportion d’ex-fumeurs ne progresse que de 0,8 % et atteint 32,7 % en 2020, tandis que la part de personnes déclarant n’avoir jamais fumé diminue de près de 2 points (35,5 %). Selon l’enquête Coviprev, également pilotée par l’agence sanitaire dès le début du premier confinement pour suivre l’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale des Français, une majorité de fumeurs (55 %) n’a pas modifié sa consommation fin mars 2020. Par ailleurs, la prévalence du tabagisme quotidien n’a pas significativement varié entre 2019 (24 %), le pré-confinement (25,6 %) et le post-confinement (25,3 %).

La crise sociale, née fin 2018 avec le mouvement des gilets jaunes, pourrait expliquer en partie la hausse du tabagisme

… mais des inégalités criantes

Globalement donc, peu de changements observés en apparence. Mais certains facteurs socio-économiques tels que le niveau de diplôme, de revenu, et la situation professionnelle semblent associés à la hausse de la prévalence du tabagisme. Le tabagisme quotidien a augmenté parmi le tiers de la population ayant les revenus les moins élevés entre 2019 (29,8 %) et le pré-confinement (34,3 %) puis s’est stabilisé lors du post-confinement (31,6 %). Une augmentation intervenue, chiffres à l’appui, entre 2019 et début 2020, peu avant le premier confinement – qui paraît ne pas avoir eu d’impact négatif sur la consommation de tabac. Mais, rappelle Santé Publique France, la crise sociale née fin 2018 avec le mouvement des gilets jaunes pourrait expliquer en partie la hausse du tabagisme au sein des catégories socio-économiques les moins favorisées comme moyen de gérer le stress et les difficultés quotidiennes malgré le prix élevé des produits. La tendance n'est pas nouvelle, mais elle s'est accentuéee en 2020. A titre d’illustration, la prévalence a augmenté de 4,5 % entre 2019 et 2020 chez les personnes titulaires d’un baccalauréat alors qu’elle est restée stable dans les autres catégories ; de même en 2020, elle est supérieure de 18,5 % chez les individus n’ayant aucun diplôme comparativement à ceux titulaires d’un diplôme supérieur au baccalauréat. Même phénomène relevé chez ceux ayant les salaires les plus modestes, avec une croissance de 3,5 % en un an, ce qui conforte l’hypothèse selon laquelle la consommation quotidienne de tabac est corrélée au niveau de revenus. Les chômeurs sont eux aussi concernés, puisque 43,9 % de ceux interrogés sont fumeurs ; bien plus que les proportions observées chez les étudiants et inactifs (24,3 %) et chez les actifs (27,1 %). Autres différences : les tentatives d’arrêt du tabac ont nettement diminué (-3,5 %) entre 2019 et 2020 chez les fumeurs quotidiens, tandis que l’expérimentation de la vapoteuse s’est accrue de 3 points (37,4 %), même si la prévalence du vapotage journalier est demeurée stable entre les deux années.

Entre 2014 et 2019, la baisse du nombre de fumeurs réguliers a été significative

Chute historique entre 2014 et 2019

Il n’est pas inutile de rappeler que les politiques publiques de lutte contre le tabagisme ont produit certains bénéfices : entre 2014 et 2019, la baisse du nombre de fumeurs réguliers a été significative (28,5 % vs. 24 %). Une chute historique jamais vue depuis le début des années 2000, rapporte Santé Publique France, qui rappelle que le Programme national de réduction du tabagisme (PNRT) déployé sur la même période ainsi que le Plan national de lutte contre le tabac (PNLT) – mis en place en 2018 et dont la mise en œuvre se prolongera jusqu’en 2022 – y ont sans doute contribué grâce à la hausse du prix du paquet de cigarettes (10 €) et au remboursement des substituts nicotiniques par l’Assurance Maladie à hauteur de 65 %. Malgré les efforts déployés et les résultats qui en découlent, la consommation de tabac en France est plus élevée que celle relevée dans les pays anglo-saxons. Et dans l’hexagone comme à l’Etranger, les classes sociales les moins favorisées sont plus consommatrices de tabac que les autres. Comme le souligne l’agence sanitaire dans sa conclusion, l’un des enjeux est de réinstaller une tendance à la baisse, et de renforcer encore la lutte auprès des populations les plus vulnérables face au tabagisme, les inégalités sociales étant très marquées. Car rappelons-le encore une fois : 75 000 décès étaient attribuables au tabagisme en 2015, soit 13 % des décès annuels en France métropolitaine.

Note

          1. Pasquereau  A, Andler  R, Guignard  R, Soullier  N, Gautier  A, Richard JB, Nguyen-Thanh V. Consommation de tabac parmi les adultes en 2020 : résultats du Baromètre de Santé publique France. Bull Epidémiol Hebd. 2021;(8):132-9


Directrice de la rédaction
anne.perette-ficaja@gpsante.fr
@aperette

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