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A la télé - L'OMS dans les griffes des lobbyistes ?

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Médecin

À trois jours de la Journée mondiale de la santé, le 7 avril prochain, ARTE, dans le cadre de son émission THEMA à 20h50, ausculte l’Organisation mondiale de la santé suspectée de servir des intérêts privés alors que les risques de pandémies majeures augmentent. Menée avec rigueur, une ambitieuse investigation qui montre combien les intérêts privés dominent désormais les enjeux de santé publique. Passionnant et glaçant.

investigation journée mondiale de la santé

Entre analyse d’experts, détracteurs et défenseurs, langue de bois de son porte-parole Gregory Hartl et reportages sur le terrain, cette enquête livre une édifiante radiographie de l’OMS.

Sous-financée, de plus en plus dépendante de donateurs privés dont Bill Gates, l’OMS peut-elle encore assurer ses missions au service de la santé publique ? Une solide investigation sur les conflits d’intérêts qui entravent son efficacité. Pandémies, grippes virulentes ou maladies consécutives à un accident nucléaire : l’OMS (Organisation mondiale de la santé) doit intervenir sur tous les fronts de la planète pour prévenir et guérir. Mais cette institution de l’ONU, créée en 1948, dispose-t-elle encore des moyens suffisants pour assurer ses missions, au-delà de ses succès incontestables, en matière de vaccination notamment ? Financée, dans les années 1970, à 80 % par les contributions de ses États membres et à 20 % par des donateurs privés, elle voit aujourd’hui cette proportion s’inverser, alors que le tout-puissant Bill Gates, participe de plus en plus au financement de l’OMS par le biais de sa fondation. Parallèlement à cette évolution, on constate une complaisance troublante envers le glyphosate - molécule active du Roundup cher à Monsoto -, que l’OMS a déclaré sans danger en dépit des victimes de l’herbicide, aveuglement face aux conséquences de la pollution liée aux compagnies pétrolières en Afrique, minoration des bilans des pertes  humaines des catastrophes nucléaires, de Tchernobyl à Fukushima, et désastres de l’utilisation de munitions à uranium appauvri en Irak ou dans les Balkans. L’indépendance de l’organisation est compromise tout à la fois par l’influence des lobbies industriels – dont celle des laboratoires pharmaceutiques – et par les intérêts de ses États membres. L’institution de Genève, qui avait sousestimé la menace Ebola (plus de dix mille morts), est de surcroît accusée de gabegie et de négligence vis-à-vis des maladies tropicales, au profit de marchés plus juteux. Entre analyse d’experts - dont celle de l’ancienne ministre de l’Environnement Corinne Lepage, celle de son porte-parole Gregory Hartl -, détracteurs et défenseurs, et reportages sur le terrain, cette enquête livre une édifiante radiographie de l’OMS. Sans sombrer dans le réquisitoire, les auteurs dressent le portrait d’une structure fragilisée, soumise à de multiples conflits d’intérêts et étrangement liée à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – avec laquelle elle a signé une convention… Cette investigation montre combien les intérêts privés dominent désormais les enjeux de santé publique.

• «  L’OMS : Dans les griffes  des lobbyistes ? », 20h50, Arte, documentaire inédit de Jutta Pinzler et Tatjana Mischke (Allemagne, 2017, 1h30) suivi d’un débat et de la diffusion des  deux documentaires inédits : « Épidémie : une menace planétaire » à 22.35 et de « Survivre à Ébola » à 00.10.

Regarder la bande-annonce du documentaire « L'OMS dans les griffes des lobbystes ? »

Entretien avec Corinne Lepage

Corinne LepageSoumise à la pression des lobbies, l’OMS peut-elle encore remplir son rôle au service de la santé publique en toute indépendance ? L’avocate écologiste  Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et Présidente du Rassemblement citoyen - CAP21, qui intervient dans le documentaire « L’OMS : dans la griffe des lobbyistes ? », plaide pour la mise en place de contrepouvoirs.

L’indépendance de l’OMS vous paraîtelle menacée ?

Corinne Lepage - Aujourd’hui, elle est majoritairement financée par des fonds privés, et on peut raisonnablement se demander, avec ce documentaire, si ses décisions ne sont pas influencées. Mais ce questionnement va au-delà. Par exemple, une convention a été signée en 1957 entre l’OMS et l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique), deux organisations publiques. Il en résulte que la première, bâillonnée, ne peut ni agir ni informer, dans le domaine nucléaire, sans l’accord préalable de la seconde. D’où peut-être cette incapacité à obtenir des chiffres convenables concernant les accidents nucléaires. Ainsi, trente ans après Tchernobyl, nous ne disposons toujours d’aucune étude homologuée par l’OMS sur les conséquences sanitaires de la catastrophe.

En quoi les conflits d’intérêts peuvent-ils entraver son efficacité ?

Corinne Lepage - Qui imaginerait le Conseil de sécurité financé par l’industrie de l’armement ? Pourtant, de grands laboratoires pharmaceutiques contribuent au financement de l’OMS. De même, son principal donateur, la fondation Bill et Melinda Gates, dont on ne peut nier les activités caritatives, constitue par ailleurs l’un des plus grands promoteurs des OGM dans le monde. Sur le glyphosate, la molécule active du désherbant Roundup de Monsanto, son positionnement, ambigu, surprend. En mai dernier, le Joint FAO/WHO Meeting on Pesticide Residues (JMPR), un comité commun à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), jugeait le risque cancérogène improbable pour les humains, alors qu’en mars 2015 le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui dépend aussi de l’OMS, l’avait classé cancérogène probable.

Comment remédier à cette dérive ?

Corinne Lepage - Les États rechignent de plus en plus à financer les institutions internationales, lesquelles recourent au privé. Mais à l’heure où le pouvoir économique domine, il faut contrôler l’action des lobbies et mettre en place des pare-feux. Afin que la santé publique reste la priorité absolue de l’OMS, des représentants des consommateurs, des malades et des médecins doivent participer au plus haut niveau décisionnaire, pour contrecarrer l’influence des intérêts privés, et non pas à travers un comité consultatif de déontologie que personne n’écoute.

Propos recueillis par Sylvie Dauvillier

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