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Toujours plus de violences à l'hôpital...

Les signalements de violences faits par les établissements de santé ont presque doublé en 2012, mais cela tient largement à la mise en place d'une nouvelle plateforme et à son utilisation par davantage d'établissements, montre le rapport 2012 de l'Observatoire des violences en milieu de santé (ONVS).

Doublement des signalements de violences par les établissements de santé en 2012

Cette instance, créée en 2005 et pilotée par la direction générale de l'offre de soins (DGOS), a succédé en janvier 2012 à l'Observatoire national des violences en milieu hospitalier (ONVH). Comme chaque année, le nombre de signalements a augmenté. L'ONVS en a reçu 11344 en 2012, contre 5760 en 2011. Ils ont émané de 352 établissements, contre 337 en 2011.

L'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), qui compte 37 établissements, a rejoint le dispositif, déclarant 3038 incidents, soit plus du quart du total. Elle a abandonné son outil interne de déclaration pour utiliser uniquement la plateforme de l'ONVS. Elle signale tous les actes de violences, tant à l'encontre des personnes que des biens.

D'autres hôpitaux ont quitté la plateforme pour se recentrer sur leur recueil interne, a noté le chef du département stratégie ressources de la DGOS, Clara de Bort mardi lors d'une conférence de presse.

Le nouvelle plateforme, lancée en janvier 2012, permet aux établissements de procéder aux signalements "au fil de l'eau", alors qu'ils les saisissaient auparavant en une fois, de manière moins exhaustive, a expliqué la responsable de l'ONVS Rachel Ferrari. Commissaire divisionnaire de police, elle a pris ces fonctions en septembre 2012.

Le dispositif intègre désormais les établissements médico-sociaux, mais seuls trois ont déclaré des violences en 2012, soit 11 signalements.

Au total, 12% des établissements sanitaires, publics ou privés, ont utilisé la plateforme, mais cette proportion grimpe à 30% des hôpitaux publics (qui réalisent 92% des signalements), 42% des CHU et 43% des hôpitaux psychiatriques.

L'augmentation des déclarations traduit également une volonté accrue des établissements de ne pas "laisser passer" les actes violents, tout en prenant mieux en compte les risques psychosociaux, selon Clara de Bort. "On encourage les agents à ne pas rester seuls avec cela" et "gérer l'agression, c'est aussi la signaler", a-t-elle ajouté.

La part des violences en gériatrie : 10% en 2012, 5% en 2011, 4% en 2010...

Hausse des déclarations en gériatrie

Les actes signalés portent à 71% sur les personnes et à 29% sur les biens. Parmi les premiers, 47% sont des violences physiques, 25% des insultes ou injures, et 20% des menaces. Au total 67 signalements de niveau 4 (violence avec arme pouvant aller jusqu'au crime) ont été recensés.

La plupart des victimes (84%) sont des membres du personnel (92% de soignants), et 10% sont des patients. Les auteurs des atteintes aux personnes sont à 78% des patients, à 13% des visiteurs, à 4% des membres du personnel et à 5% d'autres personnes. Le rapport signale un biais possible dans la mesure où l'établissement transmet à l'ONVS un signalement qui émane, dans la plupart des cas, du personnel.

La répartition des actes déclarés a peu évolué depuis 2011, ont noté Clara de Bort et Rachel Ferrari. Elles ont cependant souligné l'augmentation des signalements concernant la gériatrie. Leur part a atteint 10% en 2012, contre 4% en 2010 et 5% en 2011. Elle est devenue le troisième secteur concerné, derrière la psychiatrie (25%) et les urgences (14%), où le taux reste stable.

Le rapport n'explique pas cette hausse. Il précise qu'il s'agit à 84% d'atteintes aux personnes réparties de façon égale entre des violences verbales et des violences physiques. Ailleurs, sauf en psychiatrie, ce sont les violences verbales qui prédominent.

En gériatrie, elles sont "le plus souvent dues à la pathologie des patients", note l'ONVS. Il cite une patiente "très agressive" tapant dans les portes et les vitres avec une chaise et griffant une soignante, et un patient ayant tenté d'étrangler une aide-soignante pendant des soins d'hygiène. Dans un tiers des cas, les violences s'exercent entre patients.

L'ONVS a par ailleurs réalisé 15 visites de terrain en 2012 durant lesquelles il a pu formuler des recommandations, à la demande des établissements où à la suite d'événements particuliers, comme l'enlèvement d'un nourrisson à la maternité régionale universitaire de Nancy.

Clara de Bort a noté que les hôpitaux "se précipit[ai]ent" parfois sur des mesures techniques, comme les caméras, avant d'avoir pris les mesures organisationnelles nécessaires, notamment pour fermer certains accès. Rachel Ferrari a souligné l'importance de la concertation, évoquant un établissement qui avait mis en place un dispositif d'identification biométrique coûteux, que le personnel a mis hors service parce qu'il gênait, selon lui, son activité.

Toutes deux ont souligné que l'observatoire "ne prétend pas à l'exhaustivité" et que ses données ne se prêtent pas aux comparaisons d'une année sur l'autre. En revanche, utiliser la plateforme peut aider un établissement à évaluer sa situation et à développer sa politique de prévention.

Le rapport met en avant trois établissements retenus en 2012 à la suite d'un appel à projets de la DGOS sur les risques psycho-sociaux (cf APM HMQCQ003): le CH de Montluçon (Allier), celui de Niort et le CHU de Rouen. Il cite également de bonnes pratiques mises en place au CHU de Nîmes, à l'hôpital de La Timone (AP-HM, Marseille), au centre de pédiatrie et de rééducation de Bullion (Yvelines) et à l'hôpital Robert-Debré (AP-HP, Paris).

Le ministère ne souhaite pas rendre obligatoire la déclaration des violences, et cela pourrait même être contre-productif, ont estimé les deux responsables. "Les tout petits établissements n'ont pas besoin de la plateforme", car ils déclarent peu d'agressions et peuvent le faire par d'autres moyens dans les cas graves, a noté Clara de Bort.

Elle a dit souhaiter que l'observatoire développe "une connaissance plus qualitative", par exemple en réalisant des études thématiques, ou centrées sur des établissements "fragiles". Elle a plaidé pour une prévention mieux ciblée, sur certains publics ou certaines périodes, comme les chantiers, où les vols augmentent. Elle a évoqué l'idée de travailler avec la Haute autorité de santé (HAS) sur la diffusion de bonnes pratiques.

Lire ici le rapport 2012 de l'ONVS

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Commentaires (3)

iaahhh

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#3

Je suis d'accord montrez moi comment vous faite dans la durée...

Je suis d'accord avec vous, dans le meilleur des monde avec de l'écoute, de l'empathie et de la patience... Faudrait-il encore que l'hôpital ne devienne pas l'usine et que l'on nous ne prennen pas pour des pions et que l'on ne nous augmente pas les cadences sans arrêt... 10 - 15 patients "lourd" a prendre en charge la journée, l’entourage parfois à gérer, tout l'administratif que cela comporte, le téléphone qui sonne sans arrêt et plus personne motivé pour les sonnettes, les plannings fantaisistes et la hiérarchie "automate" etc... chacun à ses limites... faut savoir ce que l'on veux mais la quantité se fait toujours à un moment donné au détriment de la qualité... et nous allons travailler jusqu'a 70 ans... vous croyez vraiment que c'est tenable ? La conscience professionnelle et la motivation des soignants ont leur limites... les cas de négligences voire de maltraitances ne vont pas se faire rare ces prochaines années... Nous somme bien a l'ère de la productivité, de l'industriel et de l'hypocrisie (vive les chartes)... pas a l'ère de l’humanisme... c'est bien dommage...

charimarlotte

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#2

Chacun a droit aux "soins"!

Ce n'est pas possible de faire une classification si rigide des gens que l'on soigne. Les mécanismes de défense font que chacun va réagir d'une certaine façon; on ne peut pas tout simplement décider nous, soignants, de réagir d'une certaine façon en fonction de l'attitude de la personne soignée.

Au contraire je dirais que plus la réaction en face de nous est violente ou désagréable plus il y a besoin de communication et de soins.

C'est en tout cas mon avis.

Bonne journée!

iaahhh

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#1

La société est violente... toute la société passe à l'hôpital !!

Dans la vie civile, la société est très divisée et a y regarder de plus prés... les gens ne vie pas "ensemble" mais "à coté" les uns des autres. On se regroupe par activité économique, par centre d’intérêt, par mode de vie, par culture, ... etc . On se définit en ville, en quartier, en lotissement, en immeuble et chacun se rapproche au plus prés de ses semblable, forme des communautés quelles soient culturelle, économique et/ou sociale... Chacun voit midi à sa porte...

Ce n'est pas étonnant que ce qui se passe dans la vie civile se passe à l'hôpital. Les incivilités, la violence verbale et physique mais aussi le clientélisme et l'individualisme. Comme il n'y a plus de respect pour le policier, l'enseignant, ... il n'y a moins de respect pour les soignants considérés de plus en plus comme des "agents", des "prestataires de service".

Chacun récolte ce qu'il sème, pour moi c'est déjà réglé depuis bien longtemps. Aux "clients" (je paye, j'ai droit), je fournit "des prestations réglementées". Aux "patients" j'apporte "des soins", et aux "casses bonbons" un grand sourire et le "strict minimum".

Bonne journée,