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Urgences : une organisation à bout de souffle et des soignants exsangues

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La ministre de la santé Agnès Buzyn était l'invitée de France Inter ce mardi 4 juin à 8h20, pour y évoquer, notamment, le malaise des urgences. Un mouvement de grève perdure depuis deux mois, avec pour point d'orgue une manifestation nationale prévue ce jeudi à l'appel du collectif Inter-Urgences et soutenue par les syndicats. La ministre assure travailler à répondre au problème avec la Loi santé qu'elle défend. Le texte est actuellement en cours d'examen au Sénat. 

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Au micro de France Inter ce mardi matin, Agnès Buzyn a répété "comprendre l'impatience du personnel des urgences" alors que le nombre de passages aux urgences a doublé en 20 ans".

 Nous avons mis plus de 500 millions d'euros supplémentaires l'année dernière pour l'hôpital, nous avons augmenté les tarifs hospitaliers cette année, d'ailleurs la dette des hôpitaux s'est quasiment réduite de moitié en fin d'année dernière... Interrogée sur les moyens de répondre à la situation critique dans laquelle se trouve aujourd'hui l'hôpital public (manque cruel de personnels et de moyens notamment, avec pour conséquence une moins bonne qualité des soins voire une mise en danger des patients, Agnès Buzyn, invitée de France Inter ce mardi 4 juin, a tenu à défendre son action. Nous avons mis énormément d'argent (sur la table), ce qui permet aux hôpitaux de retrouver un peu de souffle. Mais au delà de l'argent, nous avons impérativement besoin de restructurer la médecine de ville, c'est à dire la médecine libérale (...) Aujourd'hui, l'engorgement aux urgences est essentiellement lié au fait que les patients ne trouvent pas de médecins capables de les prendre en charge, notamment sans rendez-vous et la loi de santé que je porte au Sénat est une loi qui vise justement à mieux structurer, en amont des urgences, afin que les personnes puissent accéder à des soins sans rendez-vous.

La ministre de la Santé a ainsi affirmé lundi au Sénat la nécessité absolue de transformer le système de santé, pour répondre à l'urgence dans des territoires qui se sentent abandonnés, à l'heure de l'examen au Sénat, en première lecture, du projet de loi relatif à l'organisation et à la transformation du système de santé, déjà adopté par l'Assemblée nationale. Les sénateurs auront toute la semaine pour examiner le texte et ses quelque 700 amendements, avant un vote solennel mardi 11 juin. Traduisant une partie des mesures du plan Ma Santé 2022 présenté en septembre par Emmanuel Macron, le texte porté par Agnès Buzyn prévoit une réforme des études de santé pour notamment pallier le manque de médecins, la labellisation de 500 à 600 hôpitaux de proximité, une régularisation de médecins étrangers et encore un accès élargi aux données de santé ou la création d'un espace numérique de santé.

Au micro de France Inter, Agnès Buzyn a répété comprendre l'impatience du personnel des urgences alors que le nombre de passages aux urgences a doublé en 20 ans pour atteindre environ 20 millions de passages... Sur la réforme du système de santé, la ministre a aussi affirmé la nécessité de travailler sur l'aval [des urgences] en dégageant plus rapidement des personnes pour qu'elles rentrent dans les services de soin. Par ailleurs, la ministre a exhorté les Français qui le peuvent - évidemment il y a des endroits où il n'y a pas de médecins et donc je l'entends, mais tous ceux qui le peuvent"- à "éviter d'aller aux urgences quand vous pouvez trouver un rendez-vous avec un médecin généraliste dans un centre de santé, dans une maison de santé pour dégager un peu plus de temps pour les urgentistes. Les médecins urgentistes, qui, a-t-elle assuré, sont régulièrement reçus au ministère. Ils attendent une initiative pour repenser les urgences de l'avenir et je travaille avec eux sur ces perpectives.

Madame la ministre, qu'attendez-vous pour améliorer l'attractivité des carrières médicales hospitalières et en particulier urgentistes ?

Grève à Lariboisière : c'est dévoyer ce qu'est un arrêt maladie selon la ministre 

Revenant sur la grève surprise qui a eu lieu dans la nuit du 3 au 4 juin à l'hôpital de Lariboisière, la ministre s'est montrée ferme. L'équipe de nuit des urgences de cet hôpital parisien s'est mise en arrêt maladie et ne s'est pas présentée à son poste, ce qui est rarissime, comme l'a rappelé la journaliste Léa Salamé, puisqu'en général quand on est aux urgences, on met un brassard lorsqu'on est en grève, mais on vient travailler. cette nuit, le Samu et les pompiers ont dû conduire certains malades vers d'autres hôpitaux beaucoup plus loin... Une situation qui dit, une fois de plus, la saturation des personnels urgentistes. Je pense qu'il y a une très grosse fatigue aux urgences, je l'entends, a réagi Agnès Buzyn, réaffirmant que la loi qui passe au Sénat vise justement à améliorer la situation. (...) J'y travaille. Ce qui s'est passé aux urgences de Lariboisière est assez inédit : c'est à dire qu'en général, les soignants viennent quand même travailler avec un brassard. Là, ils se sont mis en arrêt maladie, je pense que c'est dévoyer ce qu'est un arrêt maladie. Je pense que ça n'est pas bien, parce que ça entraîne une surcharge de travail pour les autres, pour les pompiers... Nous l'avons vu à Lons-le-Saunier, ce sont les ambulanciers, les pompiers, la médecine privée, les médecins libéraux qui ont pris en charge tous les patients, donc en faisant cela, on accroît la fatigue des autres, a-t-elle regretté. Aujourd'hui je cherche des solutions, je travaille avec les urgentistes, je réfléchis aux urgences de demain, je les reçois régulièrement et les verrai encore d'ici une quinzaine de jours pour préparer l'été, donc tout cela est évidemment pris en compte, a-t-elle rassuré.

La ministre a également été interrogée sur la crainte d'une éventuelle contagion de cette forme de grève inédite. La règle dans le monde médical c'est que quand on fait grève, on met un brassard mais on vient travailler pour ne pas mettre en danger la vie d'autrui. Aujourd'hui, il y a des mouvements de grève dans les urgences françaises, il y a une cinquantaine de services en grève, c'est réglé au cas par cas, les services travaillent avec les hôpitaux pour essayer de trouver des solutions. Il s'agit d'une cinquantaine de services sur 650 ou 680. Nous sommes totalement mobilisés pour améliorer la situation et notamment, nous attendons les prochaines générations de médecins urgentistes qui sont en train d'être formés (il y en a 400 par an) et qui vont arriver sur le terrain [d'ici deux ans]. Deux ans qui paraissent pourtant une éternité au personnel sur le terrain, comme en témoigne Thomas, un médecin urgentiste en poste à l'hôpital de Moulins Yzeure dans l'allier. Qu'attendez-vous pour améliorer l'attractivité des carrières médicales hospitalières et en particulier urgentistes et pour former plus de médecins urgentistes puisque les médecins dont vous parlez n'arriverons sur le marché que dans deux ans ? Là encore la ministre a dit entendre la colère mais s'est défendue de pouvoir raccourcir ce temps d'étude. La génération des internes, effectivement, va sortir dans deux ans. Ils sont en train d'être formés et c'est le temps de formation pour avoir des urgentistes, ça je ne peux pas le comprimer, a-t-elle regretté, ajoutant que le déficit de médecins que nous vivons en France est en fait un phénomène mondial.

Nous souffrons dans le monde entier d'avoir formé insuffisamment de médecins par rapport au vieillissement de la population. Donc en réalité, il n'y a que des organisations différentes qui vont permettre de soulager les médecins, notamment hospitaliers. Sur la question du manque d'attractivité des carrières hospitalières enfin, que la ministre reconnaît, le dossier fait partie de la réforme en cours puisque nous travaillons aujourd'hui à redonner aux médecins l'envie d'avoir des carrières hospitalières et à diversifier les parcours, a-t-elle assuré.

La règle dans le monde médical c'est que quand on fait grève, on met un brassard mais on vient travailler pour ne pas mettre en danger la vie d'autrui - Agnès Buzyn

"Comment osez-vous demander des efforts avec une telle arrogance, Madame Buzyn ?"

En réponse au papier de l’Express dans lequel s’exprimait la ministre des Solidarités et de la Santé le 27 mai dernier, le collectif Inter-urgences réagit via une lettre ouverte directement adressée à Agnès Buzyn. Si les professionnels de santé apprécient que la ministre admette l’existence d’une situation de tension, ceux-ci affirment dans ce courrier être fatigués et agacés de leur travail mais surtout de son attitude et de son mépris à leur égard. Enervés surtout par sa confusion entre médecins urgentistes à former et paramédicaux urgentistes en souffrance. Les soignants soulignent ne pas demander de solution miracle mais seulement des solutions basées sur leurs revendications. Ils réclament notamment à ce que les spécificités de leurs métiers soient reconnues et que la fermeture des lits d’aval soit stoppée. En outre, le collectif estime que la loi Ma Santé 2022 ne répondra pas aux difficultés actuelles : la fragilité du système de santé arrive à un point où des réponses immédiates doivent être apportées. Les professionnels désirent prendre en charge les patients dans la dignité et non dans la maltraitance et assurent avoir peu apprécié les propos de la ministre. Nous demander de faire des efforts considérables pour organiser les urgences est un peu déplacé de votre part. Comment osez-vous dire cela avec une telle arrogance ? Ils terminent leur discours en rappelant qu’ils attendent toujours l’invitation d’Agnès Buzyn pour entamer des négociations. Celle-ci n’étant pas d’actualité, une manifestation aura lieu le 6 juin et débutera à Montparnasse pour finir devant le ministère. La posture de la ministre tiendra-t-elle face à leur détermination ?

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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