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Vaccin contre le Sars-Cov-2 : la course aux essais cliniques continue

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Epidémiologie

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Alors que l’ombre d’une potentielle seconde vague épidémique se fait sentir à l’automne, les principaux espoirs résident dans la découverte d’un vaccin. D’après la presse italienne, la commission européenne pourrait potentiellement demander une autorisation pour lancer la vaccination avant que les essais cliniques ne soient totalement achevés. En parallèle, des études qui viennent d’être publiées sont plutôt optimistes et l’Inserm lance une plateforme d’évaluation afin de cibler les candidats vaccins les plus prometteurs.

Deux études publiées sur le site du Lancet suggèrent l’efficacité de candidats vaccins prometteurs contre le Sars-Cov-2. En parallèle, l’Inserm met en place des gardes fous pour promouvoir les essais cliniques de qualité.

Suite à la pandémie, la recherche autour d’un vaccin contre le Sars-Cov-2 est en plein boom. A l’heure actuelle de nombreux candidats ont déjà atteint le stade des évaluations cliniques. Cependant, probablement en lien avec la crainte d’une reprise épidémique, la Commission européenne envisagerait de demander une autorisation spéciale à l’Agence européenne du médicament (EMA) pour permettre la distribution du vaccin mis au point par l’université d’Oxford en collaboration avec les laboratoires italiens Advent-IRBM et AstraZeneca avant la fin de l’année en cours.

En effet, les résultats d’un essai clinique concernant ce vaccin viennent de paraître dans la revue The Lancet. Cette étude qui regroupait plus de 1000 participants en bonne santé montre que le candidat vaccin induit une forte réponse immunitaire autant en ce qui concerne les anticorps que les lymphocytes T. Le système immunitaire a deux façons de se défendre contre les agents pathogènes : les réponses des anticorps et des lymphocytes T. Ce vaccin est destiné à induire les deux, ce qui permet de combattre le virus circulant mais aussi de détruire les cellules déjà infectées, renseigne le Pr Andrew Pollard, principal auteur des travaux. Plus précisément, les réponses des lymphocytes T atteignaient un pic 14 jours après la vaccination, ce même taux diminuait toutefois légèrement 56 jours après l’injection. Au niveau de la réponse anticorps, elle est parvenue à un pic au bout de 28 jours et demeurait élevée au bout de 56 après l’inoculation de la dose. D’ailleurs si une seconde injection ne rendrait pas les lymphocytes T plus performants, l’efficacité des anticorps, elle, semble être encore optimisée d’après les tests auprès de 10 participants.

Sur la base de ces données, les auteurs disent que d'autres études cliniques, notamment auprès des personnes âgées, devraient être menées. Les résultats actuels se concentrent sur la réponse immunitaire mesurée en laboratoire, et des tests supplémentaires sont nécessaires pour confirmer si le vaccin protège efficacement contre l'infection. Nous espérons que cela signifie que le système immunitaire se souviendra du virus, de sorte que notre vaccin protégera les gens pendant une période prolongée. Cependant, nous avons besoin de poursuivre les recherches avant de pouvoir confirmer que le vaccin protège efficacement contre l'infection par le Sars-Cov-2 et pendant combien de temps dure la protection, clarifie le Pr Pollard.

Un vaccin idéal contre le Sars-Cov-2 devrait être efficace après une ou deux injections, fonctionner chez les populations cibles, y compris les personnes âgées et celles souffrant d'autres comorbidités, conférer une protection pendant au moins six mois et réduire la transmission du virus.

Une zone intermédiaire ?

Si la Commission européenne réfléchit à la mise en place d’une campagne de prophylaxie accélérée notamment auprès des populations fragiles, un risque de demande de réparations en cas d’effets secondaires n’est pas à écarter vu que les essais cliniques ne seront pas terminés. C’est pourquoi, si l’on en croit nos confrères italiens et du Quotidien du médecin, la mise en œuvre d’une protection juridique durant une phase qualifiée « d’intermédiaire » est à l’étude pour les Etats qui tenteraient de vacciner en anticipé. Cela protégera aussi les laboratoires chargés de produire et distribuer le vaccin à hauteur de 50% des potentielles demandes de réparation.

Ce dispositif pourra également être employé pour d’autres candidats vaccins que celui réalisé par l’Université d’Oxford en fonction de la réussite des études en cours. L’Union Européenne a aussi mis une option sur deux autres candidats : celui de Sanofi et celui de Johnson & Johnson.

Plus de 140 candidats vaccins ont été recensés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dix-sept d’entre eux sont déjà en développement clinique.

L’Inserm veut un guichet unique pour évaluer les essais cliniques comme les candidats vaccins

Pour évaluer la sécurité et l’efficacité de ces vaccins potentiels, la mise en place d’essais cliniques rigoureux est plus que jamais nécessaire, scande de son côté l’Inserm dans un communiqué. Et pour cause, pour l’Institut, la participation de la France sur le sujet est un impératif scientifique et stratégique pour garantir un accès à un vaccin sûr et efficace à sa population. Pour cette raison, elle vient de lancer un nouveau projet. Celui-ci consiste en l’élaboration d’une plateforme d’évaluation clinique des candidats vaccins baptisée COVIREIVAC. Elle permettra de les tester de manière rigoureuse et d’obtenir de solides données sur leur capacité à induire une réaction immunitaire (immunogénicité) ainsi que sur leur sécurité, argumente l’Inserm. Bien sûr, cette démarche implique aussi la création d’un comité scientifique qui sera chargé de l’évaluation des candidats vaccin en tant que tel.

De même, un autre intérêt du dispositif sera de constituer un pool de participants potentiels aux essais cliniques et d’augmenter le nombre de centres pouvant les accueillir. Un suivi des effets secondaires possibles est également prévu grâce à une collaboration étroite avec des réseaux de médecins généralistes et l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM).

Le but est de mettre en place un guichet unique permettant d’évaluer les produits mais aussi de garantir la faisabilité des études et de négocier les conditions de production et de marchés. D’ailleurs, pour étendre le dispositif et permettre des essais cliniques de plus grande ampleur, une collaboration avec d’autres Etats européens est envisagée.

L’Inserm est particulièrement impliqué dans les recherches pour trouver un vaccin contre la Covid-19. Dernièrement, trois projets sur des candidats vaccins « innovants » en lien avec l’Institut ont été sélectionnés par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche afin de recevoir un soutien particulier. Le premier d’entre eux est dirigé par le Vaccine Research Institute (VRI). Il repose sur des anticorps monoclonaux qui présenteraient des antigènes du Sars-Cov-2 à des cellules clés du système immunitaire. Le second candidat est développé par le Centre Infection et Immunité de Lille. Celui-ci tente d’intégrer des séquences antigéniques du coronavirus dans le vaccin contre la coqueluche afin d’obtenir un vaccin contre le Covid-19 très spécifique dont l’action sur l’organisme est bien documentée. Enfin, le dernier projet est le plus innovant vu qu’il implique des nanoparticules lipidiques qui auraient pour rôle d’encapsuler des antigènes du virus afin de susciter une forte réponse immunitaire.

Un autre essai clinique de phase II sur un candidat vaccin chinois a été publié par The Lancet et montre aussi une réponse significative des lymphocytes T et des anticorps 28 jours après injection 

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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