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Vaccination en Ehpad et à domicile : premiers constats… en dents de scie

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Epidémiologie

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Alors que la campagne de vaccination est un succès dans les Ehpad (du moins côté résidents, vaccinés à 83% selon les derniers chiffres communiqués par le ministère), le dernier arrêt du Conseil d’Etat sur la liberté de déplacement dans ces établissements n’a rien changé ou presque aux consignes. Droits de visite, allées et venues des personnes âgées, activités collectives ne sont toujours pas redevenues la norme. Directeurs d’Ehpad et familles en appellent à une position ferme du ministère pour revenir progressivement aux conditions de vie avant l’épidémie. Quant aux personnes âgées à domicile, elles n’ont tout simplement pas eu accès à la vaccination, une situation dramatique, dénoncée de concert…

Dans les Ehpad, malgré un arrêt du Conseil d’Etat, les sorties et les visites se font toujours attendre.

De l’avis général, la vaccination des personnes âgées en Ehpad est un succès. 83% des résidents sont désormais vaccinés. La campagne a été bien suivie, se réjouit ainsi Claudette Brialix, présidente de la Fédération Nationale des Associations de Personnes Âgées en Etablissements et de leurs Familles (Fnapaef). Pour autant, les règles sur la liberté de déplacement en vigueur dans les établissements n’ont pas évolué, se désole-t-elle.  Un arrêt du Conseil d’Etat* sur la liberté de mouvement des résidents de maisons de retraite, rendu la semaine dernière, a en réalité amené une modification très à la marge du protocole dans les maisons de retraite, d’une part parce que le texte ne précise pas les conditions de ce retour à la normale et qu’il laisse d’autre part une latitude importante au médecin coordinateur et au directeur d’établissement. En clair, dans certains Ehpad, la direction et le médecin coordinateur se sont montrés plutôt ouverts à un assouplissement des règles, quand, dans d’autres établissements, ils se sont montrés au contraire très précautionneux, de peur de contentieux éventuels. Un flou qui a conduit à des situations très inégales, avec 7500 établissements et autant de cas particuliers, conclut Claudette Brialix.

Des couples dans des situations dramatiques

Actuellement, le protocole en vigueur dans les Ehpad reste donc appliqué à la lettre. Les résidents sont encore confinés dans leurs chambres, et n’ont pas retrouvé d’activités collectives ou très peu. Quant aux contacts avec les proches : il y a des couples qui vivent des situations dramatiques. Lorsque l’un des deux conjoints est hospitalisé pour Alzheimer par exemple, la personne touchée par la maladie en arrive à ne plus reconnaitre son conjoint. Le toucher, pour ces maladies-là, est primordial. Il n’y en a pas, dénonce-t-elle, avant d’évoquer le cas des personnes âgées sourdes : Vous imaginez ce que c’est pour elles, de voir leurs proches à travers du plexiglas et les masques ?

La représentante des familles aimerait éviter un autre écueil : celui d’une discrimination entre vaccinés et non-vaccinés. Il me semble avoir mesuré que nous cherchions avant tout l’immunité collective ; or si vous avez plus de 80% de personnes âgées dans un lieu qui sont vaccinées, je pense qu’on n’en est pas loin. Un argument qui, là encore, va dans le sens d’un assouplissement des règles. Claudette Brialix était justement vendredi 5 mars au ministère des Solidarités et de la Santé pour une réunion consacrée aux Ehpad. Pour l’heure, les mesures prises sont encore largement insuffisantes et le gouvernement doit prendre la responsabilité de cet assouplissement, à travers une position officielle : Il va falloir qu’on couvre la responsabilité individuelle des directeurs d’établissement dans ce domaine. Si on les laisse seuls, dans une société très procédurière, ils vont prendre les précautions d’usage et refuseront tout assouplissement.

Quand on ne peut pas se déplacer, ça devient carrément impossible de se faire vacciner.

Le débat autour de la vaccination des personnels soignants en Ehpad divise

Dans les Ehpad, le score de vaccination des personnels est nettement moins bon que celui des résidents : 42%, selon le ministère. Une vraie difficulté pour Claudette Brialix. Il est vrai que les familles que nous sommes comprennent mal la réaction des personnels de soin, qui font prendre des risques aux résidents, confie la présidente de la Fnapaef, qui se prononce pour la vaccination obligatoire des soignants, dans certains cas comme celui-ci. La vaccination des soignants contre le Covid-19 doit devenir obligatoire, a également estimé mardi 9 mars l'Académie nationale de médecine dans un communiqué.

Un point de vue largement nuancé par Romain Gizolme, directeur de l’Association des Directeurs au service des Personnes Âgées (AD-PA). A la décharge des personnels des Ehpad dont on entend en ce moment qu’ils ne se vaccineraient pas assez : il faut rappeler que ces professionnels, jusqu’à il y a peu, n’étaient pas éligibles à la vaccination. Quand l’Etat a commencé, un peu, à ouvrir la vaccination aux professionnels, c’était dans un premier temps uniquement pour les plus de 50 ans qui avaient des comorbidités**, rappelle-t-il, convaincu, si l’Etat ouvrait plus largement cette vaccination et permettait l’accès à celle-ci, de voir augmenter le taux de vaccination des professionnels. En revanche, dès lors que l’Etat ne décide pas de rendre la vaccination obligatoire, il faut respecter le choix de ces gens, en l’occurrence de ces salariés, qui ne font pas le choix de la vaccination. Pour lui, il est inenvisageable de rendre coupables les professionnels d’un risque de contamination des personnes âgées. Aujourd’hui, quand vous avez une population qui est vaccinée à plus de 80%, ça limite sérieusement la contamination. Les professionnels n’ont pas de responsabilité à l’égard des personnes dont elles s’occupent. Elles ont comme responsabilité de les accompagner, pas de les prémunir de tout risque.

Le débat autour de la vaccination des professionnels de santé est ravivé. Pour autant, les avis convergent quand il s’agit d’évoquer la liberté de déplacement des résidents. 83 % des personnes âgées dans les Ehpad sont protégées des formes les plus graves du Covid, ce qui implique que les résidents doivent immédiatement retrouver toute leur liberté (des temps de repas plus conviviaux, des activités en commun et que les personnes âgées puissent de nouveau recevoir leurs familles).

"Au domicile, c’est la catastrophe"

Claudette Brialix n’est pas tendre sur les conditions de vaccination des personnes à domicile. Pour elle, c’est la catastrophela désespérance. De très nombreuses personnes n’ont tout simplement pas eu accès au vaccin. Prendre les rendez-vous, c’est la galère absolue. Quand on ne peut pas se déplacer, ça devient carrément impossible de se faire vacciner, s’agace-t-elle. Songeons aux personnes à domicile dans les déserts médicaux, qui n’ont pas de médecin traitant et aucun aidant de proximité. De très nombreuses personnes âgées à domicile se retrouvent dans une difficulté extrêmement grande. C’est totalement anormal, s’insurge la représentante des familles de résidents, qui aimerait enfin voir mises en place des équipes mobiles pour aller à la rencontre des personnes qui sont dans l’incapacité de rejoindre un centre de vaccination.

Un constat partagé par Myriam Lahitte, infirmière libérale dans une zone rurale à la croisée de trois départements. Là où j’exerce, les seniors sont isolés et ne sont pas en mesure de se déplacer seuls ; selon les lieux, les collectivités locales ont dû prendre le relais et mettre en place les moyens de transport nécessaires pour leur donner accès à la vaccination, rapporte-t-elle. Au-delà des difficultés logistiques, l’infirmière a constaté que ses patients âgés ont été déstabilisés par la somme d’informations qu’ils ont reçues ; dans l’incapacité de prendre rendez-vous en autonomie pour se faire vacciner, pris dans la confusion ambiante et souvent démunis face à l’Internet, ils ont dû se débrouiller et faire face autrement à des difficultés technologiques et/ou d’organisation. Tout ça leur a pris beaucoup de temps et d’énergie. Le plus souvent, la famille a dû intervenir pour gérer la situation (prise de rendez-vous, transport…) ; certains patients n’ont pas compris qu’ils devaient agir eux-mêmes et ont attendu en vain, persuadés que les autorités sanitaires allaient venir s’occuper d’eux. Ils m’ont contactée parce que je suis leur soignant de référence ; j’ai moi-même tenté de les inscrire mais les sites étaient souvent saturés. Un témoignage qui fait écho aux souhaits répétés de la profession concernant l'extension des compétences vaccinales des infirmiers.

Le 8 mars dernier, l’Ordre National des Infirmiers a justement renouvelé son appel en direction du gouvernement, afin qu’il autorise les infirmiers à prescrire la vaccination anti-Covid, de façon à faciliter l’accès des personnes isolées à celle-ci. On nous mène en bateau depuis des années. Moi j’entends parler de la refonte des services à domicile depuis 10 ans. On est fatigués des concertations qui ne conduisent à rien !, explique Claudette Brialix. Sur ce point du moins, elle est approuvée par Romain Gizolme : C’est donc à l’Etat de prolonger l’effort qu’il a su engager sur les établissements et dont on voit bien qu’il a particulièrement fonctionné, pour permettre aux personnes âgées fragiles de se faire vacciner à domicile.

Notes :

*L’arrêt précise que " le juge des référés du Conseil d'État suspend l’interdiction de sortie des résidents d’EHPAD recommandée par le ministère des solidarités et de la santé. Cette interdiction totale est disproportionnée, car la majorité des résidents ont été vaccinés et la vaccination a démontré ses effets positifs. Les mesures adéquates peuvent donc être prises au cas par cas par les directeurs d’établissement ".

** Jusqu’au 6 février, seuls les soignants âgés de plus de 50 ans ou souffrant de comorbidités figuraient parmi les catégories vaccinables.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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