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Variole du singe : quelle surveillance et quelle conduite à tenir ?

La multiplication de cas de Monkeypox, ou variole du singe, dans les pays occidentaux poussent les autorités sanitaires à expliciter son contexte d’apparition mais aussi les conduites à tenir pour les patients et les professionnels de santé en cas de suspicion ou de positivité avérée.

L'OMS entend faire toute la lumière sur le virus et ses modes de transmission.

Signalée début mai au Royaume-Uni, la variole du singe continue de se propager sur le territoire européen. Vendredi 20 mai, un premier cas français a ainsi été confirmé, en Ile-de-France, chez un homme de retour d’un voyage en Afrique. En tout, une centaine de cas ont déjà été identifiés dans le monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé, dont une vingtaine rien qu’au Royaume-Uni, où de nouveaux cas sont détectés quotidiennement. Les autorités sanitaires se gardent toutefois de dresser des parallèles avec la pandémie de Covid-19.

Quelle symptomatologie ?

La maladie, cousine moins dangereuse de la variole, éradiquée depuis une quarantaine d'année, se manifeste après une période d’incubation pouvant aller de 5 à 21 jours, et présente plusieurs symptômes : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires, suivis de l’apparition de ganglions et éventuellement d’éruptions cutanées, souvent sur le visage mais qui peuvent également se répandre sur d’autres parties du corps, qui évoluent jusqu’à former des croûtes avant de tomber. Elle dure de deux à trois semaines et, s’il n’existe aucun traitement, elle finit par guérir spontanément. Les patients contaminés demeurent contagieux de l’apparition des symptômes jusqu’à la guérison complète des lésions cutanées.

La variole du singe touche à ce jour plusieurs pays européens (le Portugal, l'Espagne, l'Allemagne, la Belgique, la France, l'Italie, le Royaume-Uni et la Suède) ainsi que le Canada, les Etats-Unis, Israël et l’Australie. Alors que nous entrons dans la saison estivale (...) avec des rassemblements, des festivals et des soirées, je crains que la transmission s'accélère, a affirmé le directeur de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour l'Europe, Hans Kluge. Joe Biden, le président américain, a fait part de son inquiétude dimanche, en marge de son déplacement en Asie, estimant que l’impact de la propagation du virus pourrait être conséquent. C'est quelque chose dont tout le monde devrait se préoccuper, a-t-il prévenu.

Un mode de transmission qui interroge

La maladie avait déjà été détectée de manière sporadique dans plusieurs pays depuis 2017, en particulier au Royaume-Uni, dans le cadre de cas importés, notamment du Nigéria, sans pour autant donner lieu à des épidémies. L’alerte est toutefois aujourd’hui différente, car le virus frappe des personnes n’ayant pas voyagé dans les pays où il circule habituellement, soit en Afrique du Centre et de l’Ouest, où elle se transmet à l’homme par des rongeurs ou des primates. L'étendue de la transmission est atypique, a estimé Hans Kluge, soulignant que tous les cas récents sauf un n'avaient pas voyagé dans des zones où la variole du singe est endémique. Selon l’OMS, la transmission interhumaine se produit par des contacts étroits avec des sécrétions infectées des voies respiratoires, des lésions cutanées ou d’objets récemment contaminés par des liquides ou des matières biologiques provenant des lésions d’un patient souffrant de la maladie. La plupart des cas recensés dans les pays occidentaux concernent par ailleurs des hommes ayant eu des rapports homosexuels . S’il est trop tôt pour en conclure que le virus a évolué pour devenir sexuellement transmissible, l’apparition de ces cas dans le monde pose néanmoins la question d’une contagiosité plus élevée.

Dans le sillage de ces contaminations, l’Onusida s’est alarmée des dérapages homophobes qui se manifestent et qui pourraient rapidement miner la lutte contre l’épidémie. Ces stigmates et reproches minent la confiance et la capacité à répondre efficacement à des épidémies comme celle-ci, a notamment déclaré Matthew Kavanagh, directeur adjoint de l'Onusida. Et de rappeler que la maladie s’attrape à travers un contact étroit avec un individu infecté et qu’elle peut donc toucher tout le monde.

Surveillance et prise en charge : mode d’emploi

En France, la diffusion de la variole du singe dans le monde occidental a poussé la Direction générale de la santé (DGS) à publier dès le 19 mai une recommandation d’urgence (DGS-Urgent) à destination des professionnels de santé résumant la situation sanitaire. Le message précise symptômes et modes de transmission et rappelle que l’infection à Monkeypox est une maladie à déclaration obligatoire au même titre que les autres orthopoxviroses. Tout cas suspect doit être signalé sans délai à l’Agence régionale de santé de votre région, ajoute-t-elle.

Parallèlement, Santé Publique France a précisé dans un document les conduites à tenir en cas de positivité ou de suspicions de positivité à la maladie et défini les personnes cas contact à risques. Sont ainsi considérés comme à risque élevé d’infection : les individus ayant eu un contact physique direct non protégé avec la peau lésée ou les fluides biologiques d'un cas probable ou confirmé symptomatique, les cas confirmés et probables devant faire l’objet d’une investigation destinée à déterminer l’origine la plus probable de leur contamination. Ils doivent également s’isoler à leur domicile pour une durée de 3 semaines, les Agences Régionales de Santé (ARS) ayant pour mission d’assurer un suivi téléphonique régulier afin de vérifier que cette consigne est bien respectée, mais aussi orienter les patients vers le SAMU si besoin. Enfin, tout cas suspect doit bénéficier d'une consultation médicale et d'un test diagnostique. Il pourra être proposé en outre de réaliser [...] une téléconsultation avec un infectiologue à J14 du début des signes, ajoute l’agence.

La mission nationale de coordination opérationnelle du risque épidémique et biologique (Coreb) a, de son côté, diffusé une fiche réflexe pour informer les professionnels de santé de la nature de la prise en charge médicale des patients atteints. Elle recommande notamment aux soignants de porter un masque FFP2, des lunettes et des gants en cas de contact avec les lésions. Sont également identifiés les individus pour lesquels il convient d’être particulièrement vigilants : personnes immunodéprimées, femmes enceintes, la maladie pouvant de plus se transmettre au fœtus et donner lieu à des formes graves chez le nouveau-né, et l’enfant, ces publics étant à risque de développer des formes sévères. Les personnes vaccinées contre la variole (nées avant 1977) présenteraient, quant à elles, une meilleure résistance. Pour autant, temporise la DGS, à ce stade, les cas rapportés sont majoritairement bénins, et il n'y a pas de décès signalé, la souche de la variole du singe apparaissant actuellement comme plutôt bénigne et le taux de mortalité du virus étant estimé à 1%. De son côté, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a déclaré lundi 23 que le risque de contagion pour la population générale était très faible mais élevé chez les personnes ayant plusieurs partenaires sexuels.

Journaliste audrey.parvais@gpsante.fr

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