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Vers une alimentation « adéquate » à travers le monde...

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Diététicien

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Olivier De Schutter, Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le Droit à l'Alimentation, a présenté une vision du monde alarmante à l'occasion de la remise de son rapport sur la nutrition au Conseil des droits de l'homme et des nations unies le 6 mars dernier. Revue de détails.

droit à l'alimentation mondiale

Communiqué du Bureau du Haut Commissaire aux Droits de l'Homme - 6 mars 2012

« Nos systèmes alimentaires rendent les gens malades, » a mis en garde le 6 mars dernier Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’Organisation des Nations Unis (ONU) sur le droit à l’alimentation. « Un septième de la population mondiale est sous-alimentée, et bien plus encore souffrent de la ‘faim cachée’ provoquée par une carence en micronutriments, tandis que 1,3 milliards de personnes sont en surpoids ou obèses. »

« Face à cette crise sanitaire publique, nous continuons à prescrire des remèdes médicaux : pilules nutritives et stratégies de nutrition précoces pour les personnes en manque de calories ; pilules amincissantes, conseils de style de vie et calcul des calories pour les personnes en surpoids. Mais nous devons nous attaquer aux problèmes systémiques qui génèrent la mauvaise nutrition sous toutes ses formes, » a déclaré l’expert indépendant lors de la présentation de son rapport1 sur la nutrition au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

« Le droit à l’alimentation n’implique pas seulement l’accès à une quantité adaptée de nourriture, mais aussi la possibilité d’avoir un régime alimentaire équilibré et nutritif, » a souligné M. De Schutter. « Les gouvernements ne peuvent se soustraire à leur responsabilité d’assurer ce droit. »

Un constat alarmant

Olivier De Schutter a identifié cinq actions prioritaires pour mettre la nutrition au centre des systèmes alimentaires du monde développé et en développement :

  • taxer les produits préjudiciables à la santé ;
  • réglementer les aliments riches en graisses saturées, en sel et en sucre ;
  • mettre un frein à la publicité pour la malbouffe ;
  • réviser les subventions agricoles peu judicieuses qui rendent certains ingrédients moins chers que d’autres ;
  • et soutenir la production alimentaire locale pour que les consommateurs aient accès à des aliments sains, frais et nutritifs.

« L’urbanisation, la ‘supermarchéisation’ et la diffusion mondiale de styles de vie modernes ont ébranlé les habitudes alimentaires traditionnelles, avec pour conséquence un désastre sanitaire public, » a déclaré le Rapporteur spécial. « Les gouvernements se sont concentrés sur la disponibilité accrue des calories, mais se sont souvent montrés indifférents au type de calories proposées, à quel prix, à qui elles sont accessibles et comment elles sont commercialisées. »
Le Rapporteur spécial a par exemple souligné qu’en 2010, les entreprises américaines ont dépensé $8,5 milliards en publicité pour de la nourriture, des confiseries et des boissons non alcoolisées, alors que $44 millions avaient été budgétisés pour le principal programme d’alimentation saine du gouvernement américain2.
Nous avons laissé aux entreprises agroalimentaires la responsabilité de faire naître un bon équilibre nutritionnel. Les directives volontaires et les initiatives décousues en matière de nutrition n’ont pas réussi à créer un système émettant les bons signaux, et tout continue à jouer contre l’atteinte d’un régime alimentaire sain et équilibré, » a-t-il déploré.
Le Rapporteur spécial a également identifié l’abondance des aliments transformés comme une menace majeure à l’amélioration de la nutrition. « Les transformations lourdes prospèrent dans notre système alimentaire mondial et représentent un win-win pour les multinationales agroalimentaires. Les articles transformés peuvent être produits et distribués à très grande échelle, grâce à des ingrédients subventionnés bon marché et à leur plus longue durée de conservation. » « Pour les consommateurs par contre, c’est un lose-lose, » a-t-il souligné. « Les aliments fortement transformés mènent à des régimes plus riches en acides gras saturés et trans, en sel et en sucres. Les enfants deviennent accrocs à la malbouffe qui les cible. Dans les pays plus aisés, ce sont les groupes de population les plus pauvres qui sont les plus touchés parce que les aliments riches en graisses, en sucre et en sel sont souvent moins chers que les régimes alimentaires sains à cause de subventions peu judicieuses dont les impacts sanitaires ont été totalement ignorés. »

L’expert de l’ONU a fait remarquer que l’Occident exporte aujourd’hui le diabète et les maladies cardiaques dans les pays en développement via les aliments transformés qui remplissent les rayons des supermarchés mondiaux. D’ici 2030, plus de 5 millions de personnes mourront chaque année avant l’âge de 60 ans suite à des maladies non transmissibles liées aux régimes alimentaires.
« Nous ne devrions pas nous contenter de mettre nos espoirs dans la médicalisation de nos régimes alimentaires avec des produits enrichis, ou dans les avertissements sanitaires pour changer les choix des consommateurs. Nous avons besoin de stratégies de nutrition ambitieuses et ciblées pour protéger le droit à une alimentation adéquate, et ces stratégies ne fonctionneront que si les systèmes alimentaires qui les sous-tendent sont redressés, » a conclu le Rapporteur spécial.

Notes

1. Lire le rapport complet
2. Chiffres des marchés alimentaires tirés de The Advertising Age, juin 2011. Les dépenses américaines ($44m) se rapportent au budget Nutrition, Activité physique et Obésité du Centre américain de prévention et de contrôle des maladies et n’englobent pas différents programmes nutritionnels menés par le Ministère américain de l’Agriculture ;


www.ohchr.org

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