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Vers un vaccin contre le Sars-Cov-2, vers une recrudescence des antivax ?

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Ethique et soin

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Professionnels de santé, influenceurs sur les réseaux sociaux, scientifiques, associations, ils ont décidé de se réunir pour former un groupe travail intitulé « Vaccination et lien social » afin de rendre plus visible et disponible une information véridique claire et précise sur la vaccination pour l’ensemble du grand public. Leur but est de mettre en place une communauté active d’experts pour rendre les faits scientifiques sur les vaccins plus audibles notamment dans les espaces d’influences dont usent beaucoup les antivax.

Un groupe de travail pour améliorer la communication autour de de la vaccination vient de se former. Son but : rendre le plus lisible possible les faits scientifiques à propos des vaccins.

Se faire vacciner est un acte de solidarité, une avancée pour la société . Cependant ce parti pris de santé publique est de plus en plus contesté par un mouvement de plus en plus présent mené par ceux que l’on surnomme maintenant : les antivax. Ces contestations ne sont pas à prendre à la légère car, du point de vue strictement médical, le vaccin est un puissant traitement prophylactique, et le seul à être capable d’éradiquer totalement des maladies ! Pourtant, le doute s’est installé chez certains et l’utilisation des réseaux sociaux aide à propager des messages douteux, voire erronés sur les vaccins.

C’est pourquoi un collectif de scientifiques, de professionnels de santé ou des médias sociaux ont décidé de créer un cercle de réflexion sur le sujet baptisée « Vaccination et lien social » (VSL). Une réunion inaugurale s’est tenue récemment pour présenter ce « think tank ». L’objectif majeur de ce groupe est d’apporter des informations rationnelles et compréhensibles au grand public et plus spécifiquement aux personnes qui doutent quant aux rapport bénéfice/risque des vaccins comme, par exemple, des jeunes parents. Pour cela, il est primordial, selon eux, d’occuper l’espace internet avec une coalition d’acteurs de l’e-santé et d’utiliser les nouvelles ressources technologiques et l’intelligence artificielle pour atteindre les différentes strates de la population. Le collectif souligne néanmoins que leur but n’est pas de faire un groupe « anti-antivax ».

La communication antivax

Une récente enquête, menée par Nile et Antidox entre janvier et avril 2018, a permis d’extraire 154 700 mentions de médias en ligne. Twitter, blogs, forums de discussions, Instagram, Youtube, Facebook, Reddit, des sujets sur les questions vaccinales sont présents partout. Cependant, la communauté antivax est plus visible malgré le fait qu’elle représente une part marginale de la population (10%). En effet, sur 25 vidéos les plus vues sur youtube, 18 tiennent des propos à l’encontre de la vaccination ! Et pour cause, les informations accessibles via la technologie entrent en concurrence avec celles fournies par les professionnels de santé. De même, il existe un biais d’ancrage : en général les recherches google sont davantage associées aux dangers des vaccins qu’à leur bienfaits. Ainsi, ce que certains trouvent sur le net vient conforter une idée préconçue déjà présente dans leur esprit. Selon la loi de Brandolini, il faut dépenser dix fois plus d’énergie pour démonter un mensonge que pour en créer un , explique le groupe de travail.

Selon les experts, les personnes antivax peuvent être classées en trois catégories : les parents qui donnent assez de crédit aux messages contre la vaccination, les parents devenus militants suite à des complications en lien ou non avec les vaccins, et enfin les personnes qui y ont un intérêt comme le "fameux" Pr Joyeux.

 Il est possible de mettre face à leur contradiction des personnes antivax »

Le rôle des professionnels de santé

La principale difficulté réside dans le discours à adopter face à des personnes qui doutent, or les professionnels de santé sont des vecteurs importants d’information. A cet égard le fait qu’ils soient préalablement formés est particulièrement important. L’expérience montre que les phrases courtes fonctionnent.

De même, il existe deux catégories de patients auxquels s’adressent les professionnels : les parents qui hésitent à faire vacciner leur enfant, ou un adulte qui doute à titre personnel. Selon Muriel Dahan, inspectrice à l’Inspection Général des Affaires Sociales (IGAS), il est nécessaire que les parents comprennent qu’ils sont responsables des potentiels conséquences liées au refus de vacciner leur enfant.

Globalement, la vaccination chez les professionnels de santé a un impact positif sur l’ensemble de la population. C’est pourquoi, selon le collectif, si un professionnel communique contre la vaccination il doit être sanctionné. A ce niveau, les chiffres semblent indiquer que les infirmiers et les aides-soignants sont parmi les métiers de la santé les plus critiques voire réticents envers la vaccination notamment contre la grippe. Toujours d'après le think tank, comprendre ce phénomène peut aider à agir ensuite sur la population générale, surtout que dans ces deux corps professionnels, une proportion préoccupante ne se vaccine pas.

Chez les professionnels du soin, la Bretagne est la région qui présente les meilleurs résultats de couverture vaccinale antigrippale. Ce résultat serait en partie dû au fruit d’une collaboration entre les assureurs et les URPS

Comment rendre plus audible l’information scientifique et vérifiée

Malgré les difficultés potentiellement rencontrées pour promouvoir la vaccination, et être entendu, ces outils existent. Une plateforme nommée mesvaccins.net regroupe tout ce que l’on sait sur la vaccination aujourd’hui. Cependant, elle reste peu visible du grand public et absente des réseaux sociaux. Ce qui est dommage, la vulgarisation étant un atout majeur.

A l’inverse, le groupe les « Vaxxeuses » réunit des personnes ayant une curiosité scientifique sans pour autant appartenir au milieu de la santé ou du soin. Elles sont extrêmement actives sur les réseaux sociaux notamment via Facebook où leur page est suivie par près de 14000 personnes. Le principe : les Vaxxeuses publient des post d’antivax puis déconstruisent leurs arguments sur le principe de l’«evidence based medicine ».

De manière générale, la mobilisation des associations est primordiale. SOS Hépatite, par exemple, est engagée dans la vaccination contre l’hépatite B et a consolidé son discours dans ce sens malgré une présence sur les réseaux sociaux encore faible. L’association Petit-ange, dont Patricia Mehrant-Sorel est la fondatrice, milite aussi activement pour une couverture vaccinale optimale chez les enfants, notamment contre la méningite. En effet, Patricia Mehrant-Sorel a perdu sa fille de cette maladie. J’ai été une maman qui ne connaissait pas ce vaccin et je ne me suis pas posée de question. Quand aujourd’hui je demande à mon pédiatre s’il est préférable de se faire vacciner, il n’hésite pas dans sa réponse. Un médecin convaincu est un médecin convaincant. Depuis que ma fille est décédée, j’ai fait de la vaccination un combat. J’ai beaucoup appris. Aujourd’hui, en tant que patiente, association, nous pouvons porter cette parole et toucher le grand public. Quand on me demande ce que je pense de la vaccination, je réponds simplement que j’ai perdu une fille, et qu’aujourd’hui mes deux enfants sont vaccinés. J’ai été agressée verbalement par des antivax à la suite de mes témoignages sur les réseaux sociaux. J’ai décidé de les ignorer et de continuer, raconte-t-elle.

Le rôle de l’éducation est également majeur pour lutter contre les idées reçues, les fack news et la désinformation. A ce niveau l’Éducation nationale a certainement un rôle à jouer dans l’éducation des enfants à l’appropriation de l’information. En Belgique, certains enseignants ont pris contact avec les Vaxxeuses afin d’être mieux accompagnés pour évoquer le sujet des vaccins dans les écoles.

D’ailleurs, il est possible que certaines réticences proviennent du fait que des jeunes parents imaginent que certaines maladies n’existent plus. En Guyane où le poids des pathologies infectieuses est important, la vaccination est toujours très bien perçue. Elle est réalisée dans les écoles et les familles soutiennent ces initiatives. Les réserves sur les vaccins proviennent en très grande partie de la France métropolitaine. Apparemment, les infirmières scolaires seraient les plus critiques puis viennent les enseignants, selon le collectif qui suggère que le travail de sensibilisation devrait débuter avec ces personnes qui restent des acteurs clés.

D’ordre général, la crise sanitaire liée à la Covid-19 a engendré une recrudescence des discours antivax avec des messages déjà évoquées par le passé. La couverture vaccinale a diminué du fait du confinement, or un vaccin contre le Sars-Cov-2 est annoncé pour la fin de l’année au plus tôt, voire 2021 au plus tard.

Au vu de l’ensemble de ces éléments, le groupe de travail « Vaccination et lien social » va avant tout se pencher sur la place à accorder aux ordres professionnels et aux conseils nationaux concernant la promotion des vaccins auprès des soignants et aussi sur leur rôle vis-à-vis des sanctions à établir à l’égard des professionnels qui véhiculent des messages douteux sur la vaccination. En parallèle, il compte s’atteler à la problématique de la vaccination antigrippale toujours auprès des métiers de santé. Il va également tâcher d’optimiser la recherche d’informations sur les personnalités qui vivent de « l’intox » sur les vaccins. Enfin, ils vont analyser comment mettre en place des actions d’éducation de la santé chez les jeunes et mettre à jour les données fiables sur les adjuvants en vue de la future commercialisation d’un ou plusieurs vaccins contre le Sars-Cov-2.

L’obligation vaccinale en 2019 n’a pas eu d’effet négatif sur la couverture vaccinale, cette dernière ayant au contraire augmentée : cela devrait, par exemple, pousser à rendre obligatoire la vaccination contre le papillomavirus.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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