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En cas de viol, 9 femmes sur 10 connaissent leur agresseur

Quand cela s'arrêtera-t-il ? Alors que le 25 novembre est la date retenue par les Nations Unis pour célébrer la Journée internationale pour l'élimination de la Violence contre les Femmes, les chiffres en France restent alarmants. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint et 1 femme sur 7 déclare avoir vécu au moins une agression sexuelle au cours de sa vie.

oppression barbie

Si 225 000 femmes déclarent avoir enduré les violences d'un partenaire ou ex-partenaire elles restent trop peu à oser porter plainte !

A l'occasion de cette Journée internationale, l'Observatoire national des violences faites aux femmes vient de publier une lettre qui présente les derniers chiffres sur le sujet. Premier constat : la gent féminine est toujours touchée par la violence de manière disproportionnée quelle soit d'ordre physique, sexuelle ou psychologique ! En effet, 123 femmes sont décédées en 2016, victimes d'homicides au sein même du couple. Parmi elles, 30 étaient des victimes connues de violences de la part de leur  conjoint soit par les forces de l'ordre, soit par l'entourage.

 Les hommes tueraient leur femme pour la garder, aussi paradoxal que ça puisse paraître, alors que les femmes tueraient leur conjoint pour s’en débarrasser."
Annik Houel, professeure en psychologie sociale, Université Lumière-Lyon 2

D'après les chiffres, 225 000 femmes âgées entre 18 et 75 ans affirment avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint. Si on creuse un peu, on constate que près des trois quarts de ces femmes ont subi des violences répétées. De même, les violences physiques ou sexuelles sont souvent accompagnées de violences verbales et psychologiques. Apparemment, 65 % des victimes affirment avoir été blessées et la même proportion a souffert de dommages psychologiques jugés plutôt ou très important. Pourtant, malgré leur détresse, moins d'une femme sur cinq porte plainte contre son partenaire ou ex-partenaire et seulement 8 % déposent une main courante. L'une des raisons évoquées est le fait de vivre sous le même toit que son agresseur, ce qui est le cas de près des deux tiers des victimes au moment de l'enquête. D'autre part, parmi ces dernières, elles sont moins d'un quart à avoir consulté un médecin et 21 % a avoir parlé de leur situation aux services sociaux. En tout, plus de la moitié n'a effectué aucune démarche de ce genre (comme appeler le numéro vert dédié ou consulter un psychologue).

Le 3919 « Violences Femmes info » est, depuis le 1er janvier 2014, le numéro national de référence d’écoute téléphonique et d’orientation à destination des femmes victimes de violences

infographie violence femme

45% des viols et tentatives sont commis par le conjoint ou ex-conjoint

Chaque année, 93 000 femmes entre 18 et 75 ans ont été victimes de viols ou de tentatives de viols. Parmi celles-ci, les trois quarts ont subi au moins un viol. Or dans 91 % des cas les femmes connaissent leur agresseur et même pour 45 % d'entre elles, il s'agit de leur conjoint ou de leur ex-conjoint. Pire encore, pour 14 % de ces agressions, les auteurs habitent avec leur victime au moment des faits. Ces dernières vivent dans la peur que cela se reproduise comme le déclarent 44 % d'entre elles.

Malgré les conséquences physiques et psychologiques, seules 16 % se rendent au commissariat et 9 % déposent plainte. Par ailleurs, 32 % des femmes ont entrepris d'aller se faire examiner par un médecin et plus d'un quart ont consulté un psychiatre ou un psychologue. Mais là encore près de la moitié des femmes ayant enduré ces violences n'effectue pas de démarches de demande d'aide.

Les femmes subissent toutes sortes d'agressions à caractères sexuelles

En France, une femme sur sept âgée entre 20 et 69 ans déclare avoir vécu au moins une forme d'agression sexuelle au cours de sa vie. Parmi elles, un quart a déclaré un viol, un sixième une tentative et un tiers des attouchements. En outre, 8 % de la gent féminine a été confrontée au moins à un acte de violence sexuelle dans un espace public (majoritairement du « pelotage » et des baisers forcés) et 5 % aurait été victime d'un membre de la famille ou d'un proche. Viennent ensuite les agressions commises par les conjoints et ex-conjoints qui sont malheureusement des viols dans la majorité des cas.

Stop à la violence !

Si, ces chiffres évocateurs nous mettent face à une triste réalité, des moyens sont mis en œuvre pour tenter de réduire l'incidence de ces violences. L'an dernier, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes de l'époque, venait de lancer le 5ème plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux femmes (2017-2019).  Celui-ci s'était notamment fixé trois objectifs principaux : assurer l’accès aux droits et sécuriser les dispositifs pour améliorer le parcours des femmes victimes de violences (violences conjugales, sexuelles, psychologiques...), renforcer l'action publique et lutter contre le sexisme qui banalise la culture de la violence.

Suite à l'affaire Weinstein, le harcèlement sexuel a fait couler beaucoup d'encre et les nombreux témoignages parus dans les média ont démontré l'ampleur du phénomène. Fort de ce constat, le gouvernement a décidé d'ouvrir une consultation en vue de présenter au parlement un projet de loi contre les violences à caractère sexiste et sexuel en 2018. La secrétaire d’État Marlène Schiappa souhaite que ce projet soit élaboré avec le concours des citoyens afin qu'ils puissent eux même « redéfinir ce qu'ils jugent acceptable ou non ». Cependant, cette loi envisagée resterait largement insuffisante, selon Suzy Rojtman, du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF). En parallèle, une pétition lancée début novembre sur Internet notamment par la militante féministe Caroline DeHaas demande « un plan d'urgence contre les violences sexuelles ». Celle-ci a déjà recueilli pas loin de 129 000 signatures. 

Le 25 novembre, un jour orange contre les violences à l'égard des femmes

D'ordre général, la violence à l’égard des femmes et des filles constitue l’une des violations des droits de l’homme les plus répandues, les plus persistantes et les plus dévastatrices dans le monde, souligne le communiqué des Nations-Unis. Selon leur dernier rapport, des efforts plus importants devront être entrepris pour parvenir à l'égalité des sexes et à l'autonomie des femmes au niveau mondial.

En effet, d'après les données recueillies auprès de 87 pays de 2005 à 2016, 19 % des femmes âgées de 15 à 49 ans affirmaient avoir enduré des violences physiques ou sexuelles infligées par un partenaire au cours des 12 mois ayant précédé l'enquête. Mettant également l'action, sur l'excision, le communiqué révèle que si cette pratique a baissé de 24 % depuis 2000, elle reste courante dans certains états. Une enquête réalisée dans ces pays montre que plus d'une fille sur trois âgées de 15 à 19 ans a souffert de mutilation sexuelle.

Ainsi, cette année pour cette journée internationale ou « the orange day », des événements sont organisés sur le thème ne laisser personne de côté : mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des filles afin de mettre l'accent sur les personnes les plus défavorisées et marginalisées. De plus, comme les années précédentes la couleur orange sera à l'honneur et décorera les bâtiments et monuments afin d'attirer l’attention de tous sur la question de la violence contre les femmes et les filles.

Regarder l'infographie à l'initiative de l'association Osons le féminisme

D'autres campagnes ont eu lieu à l'occasion de cette journée de sensibilisation, notamment celle de la fondation Kering où célébrités et anonymes s'affichent avec le hashtag  #ICouldHaveBeen ou #j’aurais pu être à sa place” en français. En France, de nombreux rassemblements sont organisés ce vendredi et samedi, dans plusieurs villes, contre les violences faites aux femmes. Sur les réseaux sociaux, des militantes se sont exprimées dès 6 h, ce vendredi, sous le hashtag #SoyezAuRdv.

Le président de la République, Emmanuel Macron, s'est exprimé sur le sujet samedi 25 novembre devant des associations féministes et autres invités. Dans son discours, il a surtout mis l'accent sur la régulation du contenu internet notamment sur l'encadrement des réseaux sociaux, des jeux vidéos ou sur la diffusion de la pornographie. En effet, le président a parlé du cyberharcèlement évoquant la formation du personnel scolaire, la sensibilisation des parents et la mise en place d'une application pour les victimes. Le chef de l'état a pousuivi "son combat culturel" en ce qui concerne les vidéos en ligne, suggérant d'augmenter le contrôle du CSA à ce niveau. Il a également invité l’industrie du jeu vidéo à une réflexion approfondie sur la question du sexisme. Enfin, Emmanuel macron s'est montré particulièrement critique vi-à-vis de la pornographie, insistant sur le fait que ce type de contenu n'avait nullement sa place dans les établissements scolaires, même s'il avait franchi leurs portes grâce à l'explosion du web.

Caroline de Hass, l'une des militante à l'origine de la campagne #SoyezAuRdv était présente à l'Elysée au moment de l'intervention du président. Invitée sur Soir 3, le soir même, elle estime que dans les faits, notamment sur le plan budgétaire, le coche est complètement raté. Quand vous regardez la réalité du budget des droits des femmes, c'est le plus petit budget de l'État, déplore-t-elle. Elle n'a pas non plus apprécié l'emploi du mot délation pour qualifier la mobilisation sur internet avec le hashtag #balancetonporc. On parle à des millions de femmes qui ont été victimes de violences. On estime que 62% des femmes ont déjà subi des violences sexuelles dans leurs vies, et Mr Macron parle délation. Quand il emploie ce mot, le message qu'il envoie aux femmes victimes, c'est 'attention, on ne va pas vous croire.

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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