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Violence à l'hôpital : la subir et l'infliger malgré soi...

Heidi est infirmière depuis près de 20 ans en Suisse Romande. Sur son blog, elle raconte son expérience au fil des jours. Aujourd'hui, elle nous parle de la violence subie, mais aussi qu'elle a parfois infligée malgré elle...

En mars 2013, j'ai suivi un cours sur la violence. Cours très intéressant, animé par deux infirmiers en psychiatrie, destiné à l'ensemble du personnel de l'hôpital. Pour commencer le cours, nos animateurs nous ont donné ce poème à lire :

La violence par Erich Fried (1987)   

La violence ne commence pas lorsque quelqu'un étrangle quelqu'un,  elle commence lorsque quelqu'un dit "Je t'aime, tu m'appartiens".

Le violence ne commence pas lorsque l'on tue les malades,  elle commence lorsque quelqu'un dit "Tu es malade, tu dois faire ce que je dis."

La violence commence lorsque les parents dominent leurs enfants obéissants  et lorsque les papes, les maîtres et les parents exigent la maîtrise de soi.

La violence est là où l'Etat dit : "Pour combattre la violence, il ne doit plus y avoir de violence en dehors de la mienne."

La violence est partout où quelqu'un ou quelque chose est trop grand ou trop sacré pour être critiqué, où la critique ne peut que parler et où les grands et les sacrés peuvent faire plus que parler.

La violence règne là où il est dit : "Tu peux utiliser la violence" mais souvent aussi là où il est dit : "Tu n'as pas le droit d'utiliser la violence"

La violence est là où on enferme l'adversaire et l'où on prétend que c'est lui qui l'a provoquée.

La violence repose sur cette loi : "Ce que nous faisons est juste, ce que font les autres est violence."

Peut-être qu'on ne peut jamais vaincre la violence par la violence mais peut-être pas toujours... sans violence          

Je sais bien que l'idéal des soins infirmiers est d'être bien-traitant...

stop violence

Violence à l'hôpital : la subir et l'infliger malgré soi...

Et j'ai repensé à ces épisodes de violence... Ceux que j'ai infligés : contention, brusquerie dans certains gestes, certains soins, paroles brusques envers des patients souvent agités, mais aussi à cause de la fatigue, l'énervement, la lassitude. Oui, j'ai été violente... Parfois consciemment, d'autres fois me surprenant moi-même. J'ai aussi rapidement usé de contention, d’immobilisation de patients alcoolisés ou drogués, par "prévention", mais aussi par ras-le-bol de voir toujours les mêmes personnes, avec les mêmes comportements et sachant très bien que sans contentions chimiques et physiques, ce sera une nuit lassante, avec aller et retour dans les chambres pour calmer le patient et lui demander de rester au lit, à l'hôpital... Je sais bien que l'idéal des soins infirmiers est d'être bien-traitant, et je suis très loin d'être une infirmière idéale...

Il y a aussi la violence que j'ai subie : la violence physique (coups de poings, de jambes, morsures, mains ou bras attrapés ; la violence psychologique, où j'ai été méprisée par des patients ou des familles, dévalorisée, blessée par des remarques sur mon apparence, mes compétences... Il y a eu aussi la violence sexuelle... non, pas d'attouchements, mais les blagues salaces des patients ou de leurs accompagnants, les frôlements et gestes équivoques quand on tourne le patient sur le côté et qu'il attrape fesses ou seins (fait-il exprès ou par accident ? Probablement est-ce accidentel, quoi que...). La violence verbale qui rejoint par certains points la violence sexuelle et psychologique... Mais c'est celle que je supporte le moins. Autant je peux "comprendre", excuser des gestes violents (difficulté à gérer la frustration, envie de liberté, incapacité de discernement de certains patients psychotiques, alcoolisés ou déments), autant je me sens dépassée et profondément blessée par le langage cru, les mots vulgaires, les jurons... Je ne sais pas "gérer" cette violence, je me sens toute petite, giflée... Je prends ces mots en pleine face et ils me font plus mal et durent plus longtemps que les blessures physiques infligées par d'autres patients...

Infirmière http://www.nurseheidi.com/

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