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L’AP-HP décerne son prix soignant innovant à un infirmier en santé mentale

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Jean Lefèvre-Utile est infirmier chercheur dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP. En mai dernier, il a remporté le Trophée Soignant Innovant, une récompense pour les porteurs de projets dans les domaines du soin et de la recherche, grâce à son tapis d’immobilisation transitoire, à mi-chemin entre une planche de stabilisation made in USA et les coquilles gonflables des secouristes français. Entretien.

Schéma du "tapis d'immobilisation transitoire", "un outil de contention alternative aux sangles". @APHP/ENSCI Les Ateliers

Comment vous est venue l’idée du tapis d’immobilisation transitoire ?


Depuis quatre ans, dans le cadre ma thèse d’éthique, j’ai développé une étude sur les pratiques de sécurisation alternative à la contention dans les unités qui accueillent les jeunes autistes avec déficience intellectuelle et comorbidités psychiatriques ou somatiques ; et qui présentent des troubles graves du comportement. Au début, ma recherche était initiée sur toutes les pratiques restrictives. Il fallait chercher des manières de retrouver un cadre plus ouvert pour que la clinique ait toute sa place et que les approches ne soient pas purement sécuritaires. D’un autre côté, il y a aussi des limites à un cadre trop ouvert car il peut laisser place à des situations d’abandon. Si on n’est pas suffisamment protecteur, les patients vont se mettre en danger et la responsabilité des infirmiers peut alors être engagée. J’ai donc réfléchi à un outil non pas alternatif à la contention mais à un outil de contention alternative aux sangles. Ce tapis reste un outil de contention sans la symbolique du « pieds et poings liés » comme cela se fait avec des sangles classiques. C’est un tapis portatif qui permet de se déplacer là où la crise a lieu. Il y a aussi une polyvalence dans l’usage de cet outil : une première partie semi-rigide est dédiée aux crises comportementales persistantes et une seconde partie, plus souple, est dédiée aux immobilisations dans un contexte de soins et d’examens médicaux. Si le patient doit passer un examen dentaire ou une IRM, on ne va pas utiliser la civière qui rigidifie le dispositif mais seulement le tapis qui est plus malléable à un environnement d’examens ou de soins médicaux.


Vous avez puisé votre inspiration pour imaginer le « tapis d’immobilisation transitoire » d’un autre outil déjà existant ?


Oui, du Papoose board ®(planche de stabilisation), un outil de contention américain qui est utilisé pour les examens et soins médicaux lorsque les patients ne sont pas coopérants. Depuis quelques années, lorsque certains de nos soignants sont confrontés à des situations de crises persistantes (ex. automutilation pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines), nous avions développé l’usage informel de cet outil pour pallier les situations de violence qui sont difficiles à contenir. Bien sûr, on passe d'abord par l’isolement, la sédation médicamenteuse si c’est possible ou l’immobilisation manuelle ; mais quand toutes ces modalités de contrainte ne sont plus viables pour l’équipe ni pour le patient, on utilise cette planche de stabilisation, qui consiste à envelopper la personne quand elle est agitée. Cela fonctionne bien avec certains patients, pour désamorcer les crises les plus intenses. Ce dispositif, dont l’usage reste néanmoins controversé en contexte de crise, est plus opératoire que l’installation de sangles de contention fixées à un lit. Cela permet de « limiter la casse » dans des situations d’escalade comportementale persistante qui mettent à bout les équipes. C’est donc à partir de cet usage que le tapis d’immobilisation transitoire a été pensé. Il sera rembourré et plus volumineux que la planche, dans l'esprit des coquilles gonflables de secouristes.


Quelles sont les perspectives pour la mise en œuvre ?


Une demande de brevet a été soumise à L’Office du Transfert de Technologie et des Partenariats Industriels (OTT&PI). Parallèlement, nous avons fait une maquette avec des designers de l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI-Les Ateliers). On espère avoir un prototype d’ici la rentrée pour pouvoir tester l'usage de ce nouvel outil de contention dans notre service. Nous envisageons également de tester notre prototype dans les services d’urgences générales car c’est dans ces services que la fréquence du recours aux sangles de contention mécanique est élevée, étant donné que les équipes sont souvent peu préparées aux situations d'agitation persistante. C’est un outil qui pourrait également s’avérer utile pour les secouristes qui rencontrent des patients agités qu’il faut rapidement immobiliser sans se blesser ni blesser le patient. Ce tapis peut être une solution intermédiaire pour éviter les situations extrêmement conflictuelles dans lesquelles on doit attacher une personne à son lit. Même en développant une dextérité sur ce type de pratique, nous savons que c’est un exercice qui est toujours périlleux.

Inès KheireddineJournaliste infirmiers.comines.kheireddine@gpsante.fr 

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