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Covid-19: deux figures de la réanimation demandent la reconnaissance des compétences infirmières

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Epidémiologie

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Dans une tribune au Monde, le Pr Bertrand Dureuil, Chef du pôle de réanimation et anesthésie SAMU (CHU de Rouen) et le Pr Jean-Paul Mira, Chef de service de médecine intensive et de réanimation à l’hôpital Cochin, ont formulé des recommandations pour la mise en oeuvre de l’ouverture des 3 000 nouveaux lits de réanimation. Une semaine après l’allocution du Chef de l’Etat qui annonçait l’ajout de ces lits, le Pr Dureuil et le Pr Mira alertent conjointement sur la pénurie de personnel soignant pour la mise en place de cette mesure : La création de 3 000 lits de réanimation dans les prochains jours sous-entend que nous disposions d’environ 4 800 à 6 000 nouveaux infirmiers, mais aussi d’aides-soignants, de kinésithérapeutes, de psychologues et de médecins supplémentaires. Cette demande en personnels intervient dans un contexte de pénurie de personnels soignants médicaux et paramédicaux antérieur à la crise, et dans celui d’une grande fatigue des professionnels de santé. À l’aspect quantitatif s’ajoute la question de la compétence en soins critiques du personnel de renfort, tout particulièrement pour ce qui concerne les infirmiers précisent les présidents des deux conseils nationaux professionnels de réanimation (CNP-ARMPO et CNP-MIR) : Les compétences professionnelles indispensables pour travailler dans l’environnement technique très complexe de la réanimation auprès de patients dont l’évolution est suivie en continue ne s’acquièrent pas en quelques jours.

Dans cette tribune, les deux médecins rappellent trois recommandations, déjà formulées en juillet 2020, pour que le système de soins critiques soit en condition de mieux s’adapter en situation de crise sanitaire. En premier lieu, ils demandent la reconnaissance des compétences très spécifiques des infirmiers et des services de réanimation qui, aujourd’hui, ne sont absolument pas prises en compte et valorisées en France. Ces personnels non reconnus s’interrogent sur leur départ des unités de réanimation, ajoutent-ils. Dans leur deuxième recommandation, ils suggèrent le renforcement du ratio actuel infirmier/patient en réanimation : un infirmier pour deux patients au lieu d’un infirmier pour 2,5 patients, actuellement. Cette mesure permettrait de disposer davantage d’infirmiers experts en réanimation pour encadrer les personnels venus en renfort car aujourd’hui, le nombre insuffisant de nos infirmiers experts est un frein à l’ouverture de nouveaux lits de réanimation.

Enfin, les signataires proposent la création d’une réserve soignante compétente en soins critiques au sein des établissements disposant d’une unité de réanimation : ces personnels, volontaires (essentiellement infirmiers et aides-soignants) et travaillant habituellement dans d’autres services, recevraient une formation en soins critiques sous la forme de sessions régulières, à la fois théoriques et pratiques, apprentissage qu’ils entretiendraient de façon régulière en pratiquant la réanimation en conditions réelles sur une fraction de leur temps de travail annuel, en contrepartie d’une reconnaissance financière. En cas de crise sanitaire, cette réserve rejoindrait les unités de réanimation dont l’environnement leur serait déjà familier. En conclusion, ils estiment qu’il n’est pas possible de demander aux soignants de fournir un effort supplémentaire et d’ouvrir 3 000 nouveaux lits sans apporter une réponse immédiate à leurs demandes concernant les évolutions structurelles et organisationnelles indispensables pour la sécurisation du système de soins critiques.

La Rédaction Infirmiers.com, avec Le Monde

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