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Le renoncement aux soins lors du confinement, une perte de chance pour les plus fragiles

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Epidémiologie

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L’épidémie de Covid-19 et le premier confinement, instauré de mars à mai 2020, ont eu un impact certain sur les consultations médicales, chez les généralistes et les spécialistes. C’est ce que révèlent les premiers résultats de l'enquête scientifique réalisée sous l’égide de l’Assurance maladie et de l’Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), en partenariat avec le laboratoire HP2 de l’Université Grenoble Alpes et la société VizGet. Menée en ligne du 24 juillet au 23 septembre 2020, elle s’appuie sur les réponses de 7 000 assurés et relève que la crise sanitaire a provoqué un véritable phénomène de renoncement aux soins, notamment au sein des populations les plus fragiles.

60% des personnes interrogées indiquent ainsi avoir renoncé à un soin ou à une consultation pendant le confinement, que l'acte s’effectue chez le médecin généraliste (39%) ou chez un spécialiste (25%), les rendez-vous chez les gynécologues et les ophtalmologues étant les plus touchés, à hauteur de 18% et 17% respectivement. Parmi les sondés, 23% admettent également avoir choisi de ne pas réaliser de soins dentaires ; une proportion qui s’élève à 15% pour ceux d’imagerie et de biologie. Enfin, ils sont 7% à déclarer souffrir d’une maladie chronique et à avoir pourtant décidé de ne pas bénéficier d’au moins un soin durant la période de confinement. À la suite de ce renoncement, 57% des personnes qui ont répondu à l’enquête font état d’un sentiment d’inquiétude, tandis que 41% d’entre elles estiment qu’avoir renoncé à voir un médecin libéral a entraîné une aggravation de la pathologie pour laquelle elles voulaient consulter. Selon les premiers résultats de l’étude, les femmes (64%, contre 53% pour les hommes) et les populations défavorisées (familles monoparentales, inactifs…) sont particulièrement touchées, un schéma qui s'observe déjà en période hors-Covid. Le premier confinement a accentué des inégalités en matière d'accès aux soins et attisé des inégalités sociales en matière de santé, soulignent ainsi les auteurs.

Les causes de ce renoncement, telles qu’elles sont formalisées par les répondants, sont multiples : fermeture des centres de soin, craintes de contracter le virus et délais importants pour obtenir un rendez-vous. Mais l’enquête souligne également l’existence d’un sentiment d’illégitimité chez les patients, qui souhaitaient ne pas surcharger les systèmes de santé, perçus comme intégralement mis à contribution dans la lutte contre l’épidémie. Or, comme elle le relève dans sa conclusion, ce phénomène de renoncement induit nécessairement une perte de chances chez les patients, et notamment chez ceux qui souffrent de pathologies chroniques et qui n'ont pas pu s'appuyer sur la continuitié de leur parcours de soin. On peut supposer des conséquences de cette situation sur le diagnostic de certaines pathologies, la non-réalisation - même temporaires - de consultations de généralistes, de spécialistes, mais également d’actes de biologie et/ou d’examens d’imagerie et/ou de dépistage organisé, pouvant être des occasions en moins d’avancer dans un parcours de diagnostic, concluent les auteurs.

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