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Emploi infirmier : quid du Grand Sud-Est

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Conseils emploi

Après une année 2012 de transition, la situation en matière d'emploi infirmier se stabilise quelque peu, avec toutefois des différences notables selon les régions. Une forte baisse des opportunités professionnelles s'observe en particulier dans le Grand Sud-Est, de Lyon à Marseille en passant par Montpellier. Analyse et perspectives en cet automne 2013.

hopital emploi infirmier

Une forte baisse des opportunités professionnelles s'observe dans le Grand Sud-Est

D’une manière générale, la situation de l’emploi infirmier s’est quelque peu améliorée après une année 2012 très difficile. Après le premier focus réalisé en juillet dernier sur la situation particulière du Sud-Ouest, intéressons-nous à présent au Grand Sud-Est. Cette région très élargie (PACA, Rhône-Alpes et Languedoc-Roussillon) compte 5.735 projets de recrutements d'infirmiers, de cadres de santé et de puéricultrices pour cette année sur un total de 21.4331. En cette rentrée 2013, le marché est assez dynamique au niveau du nombre de postes proposés. Le volume d’annonces est assez constant et retrouve même un rythme de croisière, souligne Stéphane Minot, responsable du site EMPLOI Soignant. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) se situe en 2e position derrière l’Ile-de-France (IDF), talonnée ensuite par Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon étant beaucoup plus calme, avec moitié moins d’annonces diffusées, poursuit-il. prévoit Toutefois, cette situation n’éponge pas le nombre de jeunes infirmiers (IDE) diplômés qui sortent de formation, ce qui explique qu’ils puissent parfois connaître le chômage et qu’ils soient plus à sécuriser leur premier emploi qu’à le choisir véritablement (cela était déjà le cas en 2012), observe-t-il.

Les annonces sont majoritaires en cliniques et en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) sur PACA. C’est même une tendance nationale s’agissant des Ehpad, note-t-il. En témoigne par exemple le tout récent Forum « Paris pour l’emploi » organisé début octobre 2013 par le Syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa) qui proposait, avec d’autres grandes entreprises du secteur (maisons de retraite, aide à domicile, résidences services pour seniors), pas moins de 5.000 postes (soit deux plus qu’en 2012) à pourvoir dans les douze prochains mois sur toute la France, sachant que 80 % de ces postes sont en CDI et à plein temps. Dans ces lieux d’exercice, les profils recherchés sont surtout des IDE même s’il y a beaucoup de besoins en aides-soignants (AS) davantage pourvus via l’intérim. Enfin, on observe beaucoup moins de postes en petite enfance en PACA par rapport à Rhône-Alpes et l’IDF, analyse Stéphane Minot.

Le marché est assez dynamique au niveau du nombre de postes proposés. Le volume d’annonces est assez constant et retrouve même un rythme de croisière

Quelques chiffres-clés en Rhône-Alpes…

Jusqu'à fin 2011, les Hospices Civils de Lyon (HCL) ont connu de grandes difficultés à pourvoir tous leurs postes infirmiers vacants (plus de 500). Mais une politique d'attractivité (prime à l'embauche…), renforcée par la double sortie de promotions diplômées arrivées sur le marché du travail avec seulement six mois d'écart (liée au nouveau programme des études infirmières), a complètement inversé la tendance au 3e trimestre 2012. Une prime a toutefois été maintenue pour les IDE de nuit, les infirmiers de bloc opératoire (Ibode) et les masseurs-kinésithérapeutes. Pour 2013, 400 recrutements infirmiers sont prévus, y compris en tenant compte de la sortie de la promotion de juillet dernier, précise François Martin, directeur central des soins aux HCL. Même en gériatrie, service réputé moins attractif, tous les postes sont pourvus et cela est quasiment identique pour ceux de nuit, même si cela est un peu plus tendu, précise-t-il. Il en est de même pour les infirmiers anesthésistes (Iade) : S’il y a eu des difficultés jusqu’en 2011, cela n’est plus le cas depuis fin 2012, les postes étant désormais pourvus "en direct" pour la quasi-totalité par les promotions professionnelles HCL. Pour les Ibode, la problématique est nationale (formation qui attire peu, avec un indice salarial moins attractif que celui des Iade), poursuit François Martin qui constate néanmoins quelques difficultés de recrutement concernant les aides-soignants en gériatrie.

Une prime a toutefois été maintenue pour les IDE de nuit, les infirmiers de bloc opératoire (Ibode) et les masseurs-kinésithérapeutes.

… en Languedoc-Roussillon

On est sur la même tendance en Languedoc-Roussillon. Le CHU de Montpellier n’est plus du tout en phase de pénurie, l’année 2012 ayant marqué un virage. Cette année, il y a moins de recrutements que les années précédentes car les restructurations imposent des redéploiements de postes. La difficulté est sur la compétence AS et ASH, souligne Françoise Estric, coordonnatrice générale des soins au CHU de Montpellier. Il y a davantage de réintégrations d’IDE, avec une base de 200-250 postes annuels d’IDE. Les souhaits de nuit sont priorisés, avec moins de fixité et plus de volontariat. En gériatrie, les postes d’IDE sont pourvus, mais, comme en Rhône-Alpes, des difficultés existent concernant les aides-soignants. Notre politique est de mettre le bon profil au bon endroit quand cela est possible afin de concilier motivation au travail et épanouissement professionnel. Par ailleurs, la formation d’Iade est très recherchée, note Françoise Estric, alors que celle d’Ibode est plus en crise qu’avant. Concernant les nouveaux diplômés, ceux de juillet dernier ont trouvé leur premier poste plus facilement que leurs prédécesseurs de 2012. Toutefois, depuis septembre, l'offre d'emploi s'est réduite avec des missions d’intérim qui se raréfient, constate pour sa part Joël Gruet-Masson, directeur des soins, Ifsi/Ifas de Montpellier, qui remarque aussi que même avec un bon dossier, donc a priori sans obstacle d'embauche, des IDE ne trouvent pas de travail.

Par ailleurs, « la formation d’Iade est très recherchée », note Françoise Estric, alors que celle d’Ibode est plus en crise qu’avant.

… et en PACA

En se rapprochant de la grande bleue, la situation est là encore assez semblable. A l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), la réorganisation des services et les restructurations ont aussi eu des répercussions en termes de recrutements d’IDE. Environ 200 IDE ont été recrutés en 2012, indique Nicole Chevalier, la coordonnatrice générale des soins, sachant que pour cette même année le recrutement d’IDE de la promotion sortante de l’Ifsi Nord représentait 40,71 % du nombre total des recrutements IDE effectué sur l’hôpital Nord, ce qui reflète l’impact de la proximité de l’Ifsi avec l’hôpital et de la collaboration entre les différents acteurs de la formation, poursuit Anne Larue, directrice de l’Ifsi de l’hôpital Nord (AP-HM). Toujours est-il que même si les chiffres de 2013 ne sont pas encore exploitables (attente de la fin de l’année civile), il se profile une nette diminution des recrutements de nos étudiants du fait même d’une diminution des besoins et recrutements en infirmiers, justifie cette dernière. Pour les nouveaux diplômés, nous mettons en place des formations spécifiques d’adaptation à l’emploi dans certains secteurs de pointe, précise Nicole Chevalier du fait du caractère « généraliste » de la formation. Comme ailleurs dans la région et en France plus largement, on mise beaucoup sur le tutorat et l’adaptation à l’emploi. Ainsi, depuis 2009 des tuteurs sont entièrement détachés sur l’hôpital Nord pour cette mission de tutorat qui englobe l’accueil, le suivi de l'acquisition des compétences, actes et activités de soins, l'organisation du parcours de stage sur le pôle, la mise en place d’ateliers d’analyses de pratiques, quelquefois des cours plus pratiques en salles de pratiques…, explique Anne Larue.

A l’AP-HM, les difficultés de recrutement se concentrent surtout en gériatrie, souligne Nicole Chevalier. En formation, on travaille sur l’image de ces services, en insistant notamment sur le fait qu’au vu du vieillissement de la population les personnes âgées sont aussi présentes dans la plupart des autres services hospitaliers (médecine, chirurgie… excepté la pédiatrie bien sûr !), poursuit Anne Larue. Et celle-ci de donner en exemple le recrutement de deux IDE nouvellement diplômées dans le secteur gériatrique privé grâce, entre autres, à des salaires attrayants. Mais hormis cette attractivité d’ordre financier, il y a toute une politique de tutorat à développer dans certains établissements médico-sociaux, un dispositif à construire au niveau de l’accueil et de l’encadrement des stagiaires car le tutorat est un enjeu fort d’attractivité. Difficile sinon de connaître la situation actuelle sur la Côte d’Azur, le CHU de Nice n’ayant pas souhaité communiquer sur sa politique en matière d’emplois infirmiers faute de personnels suffisants pour le faire !

Pour les nouveaux diplômés, « nous mettons en place des formations spécifiques d’adaptation à l’emploi dans certains secteurs de pointe », précise Nicole Chevalier du fait du caractère « généraliste » de la formation.

Intérim : un marché en baisse sur le Sud-Est

Qu’en est-il pour le marché spécifique de l’intérim ? Sur le plan national, la sortie de la promotion de juillet 2013 n’a pas donné la même chose qu’en 2012. Il y a plus de souplesse dans les établissements, toujours des disparités régionales accentuées selon les qualifications. Ainsi, les besoins en intérim sont plus tendus pour les AS que pour les IDE à peu près partout. Le marché de l’intérim se porte mieux dans le secteur médico-social que dans le sanitaire. Plus spécifiquement sur le Grand Sud-Est, depuis le début de l’année ce marché a connu une baisse en Rhône-Alpes (-20 %) mais cette région résiste toutefois mieux que PACA (-30 % au 1er semestre) où notamment de nombreux établissements en MCO (médecine/chirurgie/obstétrique) ont réduit singulièrement leur nombre d’actes opératoires. Quant au Languedoc-Roussillon, la baisse a été un peu moins forte que PACA, analyse Jerick Develle, directeur général d’Adecco Medical.

Des "concessions" en attendant des jours meilleurs

Aujourd’hui, le contexte économique tendu a des répercussions sur la situation économique des établissements de santé2 et donc par ricochet entre autres sur l'offre de postes infirmiers. Une chose est à peu près sûre : la formation infirmière n’est plus une garantie d’accès à l’emploi. De facto, les IDE doivent accepter de faire quelques « concessions » : exercer en long séjour alors que ce n'est pas leur choix premier, élargir leur zone géographique de recherche, miser sur les remplacements, enchaîner les missions de courte durée, différer une demande de mutation dans une région impactée…

Néanmoins, le ciel de l’emploi infirmier devrait s’éclaircir dans les 6-8 mois à venir avec les premiers départs massifs en retraite, suppute Stéphane Minot. Une analyse partagée par Jerick Develle pour qui nous allons petit à petit vers une stabilisation sachant que se profile une extrême pénurie dans les cinq ans qui viennent du fait des départs massifs en retraite.

Notes

  1. Respectivement 1.040 en Languedoc-Roussillon, 1815 en PACA contre 2.144 en 2012 et 2.880 en Rhône-Alpes. Pôle emploi/Credoc. Enquête annuelle "Besoins en main d'œuvre" (BMO) 2013.
  2. Plus de 3.500 postes sont - ou vont être - supprimés en 2013 dans les établissements hospitaliers ont affirmé le 24 septembre dernier les dirigeants de la fédération Force ouvrière des personnels des services publics et des services de santé

Journaliste

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