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Fin 2017, on comptait plus de 18 000 demandeurs d’emploi pour des postes d’infirmiers !

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Conseils emploi

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La DREES vient de publier deux nouvelles études concernant la profession infirmière. La première évalue l’accessibilité géographique des paramédicaux et des sages-femmes entre 2016 et 2017. Les statisticiens constatent notamment que malgré des améliorations, les inégalités territoriales persistent. En parallèle, la deuxième analyse décrypte l’insertion professionnelle des IDE diplômés en 2013 et leur situation trois ans plus tard. Si cela reste dans une moindre mesure par rapport à d’autres métiers, les infirmiers sont, eux aussi, touchés par le chômage.

Pour près des trois quarts des infirmiers diplômés en 2013, le premier poste était un emploi temporaire.

Le nombre d’infirmiers diplômés d’Etat (IDE) est en constante augmentation depuis le début des années 2000. En 2017, plus de 26 000 diplômes ont été délivrés, selon la dernière étude de la DREES. Le nombre de professionnels est en hausse de près de 3% par an, une tendance qui devrait se poursuivre à un rythme moindre. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette croissance, notamment la revalorisation des quotas nationaux, l’adéquation parfaite entre ces quotas et le nombre d’inscrits dans les IFSI ou encore la hausse du taux de réussite des étudiants en soins infirmiers. En effet, parmi les quatre dernières promotions, plus de 83% des premières années ont, par la suite, obtenu leur diplôme contre moins de 76% pour les promotions précédentes.

Pour la suite de son analyse, la DREES s’est focalisée sur les données disponibles concernant les professionnels diplômés en 2013 ! Il faut donc prendre en considération que le marché du travail a évolué en 5 ans. La première observation que les statisticiens ont pu faire c’est que bon nombre d’étudiants en soins infirmiers étaient en reconversion professionnelle. En effet, en 2013, 31% des diplômés n’étaient pas issus de la formation initiale et avaient déjà connu des périodes d’emploi, de chômage ou d’inactivité. Le pourcentage d’ESI avec ce type de parcours serait en nette progression vu qu’ils ne représentaient que 12% des nouveaux IDE en 2001. Ces infirmiers sont en général plus âgés que les autres (31 ans contre 23 en moyenne). De plus, ils n’entrent pas en formation pour sortir du chômage vu que 72% avaient un emploi. D’ailleurs, la moitié d’entre eux travaillaient déjà dans le secteur de la santé (aides-soignants, ambulanciers, auxiliaires de puériculture, agents de service hospitalier…).

En 2017, le taux de chômage était en augmentation chez les infirmiers et touchait 4,2% de ceux en activité

Une insertion professionnelle qui se complexifiait déjà même si elle restait « plus aisée » que pour d’autres secteurs

Toujours en 2013, les trois quarts des soignants qui sortaient de l’IFSI ont mis moins d’un mois à trouver un emploi contre 85% en 2007. Sans surprise, la recherche d’un travail était plus simple pour ceux qui avaient déjà des expériences professionnelles antérieures. On constate donc un allongement du délai d’insertion. Or, si on regarde les autres métiers de la santé au même niveau d’étude (masseurs-kinésithérapeutes, pédicures-podologues, ergothérapeutes, manipulateurs en électroradiologie…), la tendance montre, à l’inverse, une plus grande facilité à trouver un emploi pour les jeunes professionnels. En revanche, si on compare avec les diplômés de même niveau mais hors secteur de la santé, l’insertion des nouveaux infirmiers est bien meilleure, souligne l’étude puisqu’ils sont 51% à parvenir à obtenir un travail en moins d’un mois. Ainsi, pour les soignants, l’évolution reste défavorable mais la qualité d’insertion est plus favorable que la moyenne, conclut la DREES.

Les données de Pôle emploi peuvent nous apporter un éclairage supplémentaire d’autant qu’elles sont plus récentes. Point négatif, elles révèlent que la profession est de plus en plus touchée par le chômage. On note que 4,2% des infirmiers en activité étaient inscrits sur la liste des demandeurs d’emploi le 31 décembre 2017 contre 2,9% en 2000. Une dégradation marquée, mais la proportion de chômeurs demeure moindre par rapport aux autres métiers, affirme l’étude.

Quand premier emploi rime avec CDD

Un premier emploi souvent temporaire

étudiants infirmiers diplômésCDD, intérim, les emplois temporaires forment une écrasante majorité (73%) des premiers emplois en 2013, notamment pour les soignants issus de la formation initiale (78%). Ceux en promotion ou reconversion professionnelle parvenait plus facilement à décrocher une emploi stable grâce à leur expérience antérieure. Le recours aux contrats précaires avait déjà été remarqué lors de notre enquête en 2016.

En 2016, trois ans après avoir été diplômés, les jeunes professionnels étaient, pour la plupart, en poste (96%). De même 83% des soignants occupaient un travail stable (CDI, exercice libéral…) contre 70% pour ceux ayant obtenu un diplôme de niveau équivalent hors secteur de la santé. Des pourcentages qui varient peu depuis 2007. En parallèle, les infirmiers des promotions de 2013 ont occupé en trois ans peu d’emplois différents : 51% sont restés au même poste. Ainsi, beaucoup de ceux ayant débuté par un CDD (82%) ont pu ensuite voir leur situation évoluer (obtention d’un CDI, fonctionnariat).

Enfin, seulement 4,5% des infirmiers diplômés en 2013 ont opté pour l’exercice libéral au bout de 3 ans. Ils ont déclaré un revenu en moyenne 28% supérieur à ceux exerçant en tant que salarié. Toutefois, leurs rémunérations sont inférieures de 7% par rapport aux autres professionnels libéraux à diplôme équivalent.

Entre 1999 et 2017, le nombre d’IDEL a augmenté de 7% par an !

De plus en plus d’infirmiers libéraux

infirmier libéralD’autres travaux de la DREES se sont consacrés à l’accessibilité des Français aux sages-femmes, infirmiers et masseurs-kinésithérapeutes entre 2016 et 2017. Principaux constats : les inégalités de répartition se sont réduites sur le territoire sans pour autant disparaître.

Mesurée via l’indicateur d’accessibilité potentielle (APL) - un outil qui prend en compte le temps d’accès, le volume d’activité des professionnels et l’âge de la population - l’accessibilité moyenne aux infirmiers a augmenté de 2,3% entre 2016 et 2017. On remarque également que les effectifs de soignants exerçant en libéral ont crû rapidement, même plus vite que la population générale ! Entre 1999 et 2017, le nombre d’IDEL a augmenté de 7% par an. Ceci est une évolution nécessaire : la réorganisation des soins et des modes de prises en charge, ainsi que le vieillissement de la population, va renforcer les besoins en soins infirmiers dans le secteur de ville. Leur répartition constitue donc pour la DREES un enjeu crucial pour la garantie d’un égal accès au soin sur l’ensemble du territoire.

Les Pays-de -Loire et le Centre-Val-de-Loire sont désertés par les soignants.

Démographie infirmière : les inégalités territoriales diminuent mais…

En parallèle, les inégalités de répartition géographiques diminuent entre 2013 et 2017 pour les infirmiers. Plus précisément, entre les 10% de la population les mieux dotés et les 10% les moins bien lotis, l’écart s’est réduit de 17% pour l’accès à ces paramédicaux.

D’ordre général, les inégalités de répartition des professionnels s’expliquent pour 57% par la région de résidence. Globalement, les infirmiers sont concentrés au Sud sur un axe allant de la Meuse à la Dordogne. Ils sont particulièrement nombreux le long du pourtour méditerranéen, en Gironde, en Corse et dans les DROM. Ils sont aussi relativement présents en Bretagne littorale, dans le Nord et dans le Bas-Rhin. En revanche, les Pays-de-Loire et le Centre-Val-de-Loire sont désertés par les soignants. Les effectifs restent faibles aussi en Île-de-France, dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine. Une répartition typique qui se distingue de celles de toutes les autres professions de santé.

Au-delà des inégalités démographiques pour chaque profession, le cumul des difficultés d’accès dans certaines zones critiques a été observé. Si 7 habitants sur 10 n’ont aucun problème pour accéder à des soins de premiers recours (médecins généralistes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes), 4,5% de la population réside dans une commune sous-dense pour ces trois professions ! Même si, la pénurie d’infirmiers ne va pas forcément de pair avec le déficit d’une autre profession. Apparemment, parmi les personnes vivant dans une commune en zone sous-dense en infirmiers, 42% rencontrent des difficultés d’accès pour cette seule profession.

Va-t-on aller, à l'instar de ce qui existe pour les médecins, jusqu'à mettre en place des aides à l’installation dans les zones déficitaires pour les infirmiers ?

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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Commentaires (2)

Ckoicaaa

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1 commentaires

#2

Bravo

Je félicite le comité de relecture. Première ligne du corps de texte et une faute d'accord et qui plus est sur notre nom d'IDE... Diplômés d'Etat. Et oui le l'Etat se passe de s pas comme nous autres...
J'ai honte...

véro89

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1 commentaires

#1

Laissez la place aux jeunes !!!

Autre facteurs.... la pénibilité n'est plus reconnue !!!
On nous demande de rester en poste de plus en plus longtemps alors que bon nombre d'entres nous sont epuises.
Pour ma part, j'ai 55 ans et je souffre d'une maladie auto immune et invalidante mais je dois encore travailler 7 ans ? Epuisée par plus de 25 ans d'hôpital, je travaille désormais à l'éducation nationale, de ce fait ma carrière entière est considérée comme sédentaire .... Trouvez vous cela logique et normal ?!
Pour ma part, je n'aurai aucun soucis à laisser ma place ?