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Recrutement de paramédicaux : les raisons du désamour

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Quasiment la totalité des établissements publics de santé (97%) peinent à recruter des paramédicaux, qu’ils soient infirmiers ou aides-soignants, nous apprend une enquête mise en ligne sur le site de la Fédération Hospitalière de France le 14 octobre. La FHF a sondé 350 établissements pour tenter de comprendre les raisons de ce désamour. Diagnostic (sans surprise).

Le secteur du grand âge demeure "le plus marqué par un manque d’attractivité et les vacances de postes, en Ehpad ou en centre hospitalier".

97% des établissements publics de santé rencontrent des difficultés de recrutement, (dont un tiers de façon ponctuelle seulement). C’est ce que souligne la dernière enquête de la Fédération Hospitalière de France (FHF) sur l’attractivité paramédicale. Côté méthodologie, plus de 350 établissements (17 CHU, 242 CH et 74 Ehpad) représentant plus de 470 000 agents publics hospitaliers ont participé à cette enquête, menée en ligne au cours de l’été 2019. Ces difficultés de recrutement ont des conséquences très concrètes dans l’organisation quotidienne des services qui se traduisent par une sollicitation accrue des équipes de soins et de l’encadrement notamment, mais aussi par des inquiétudes au sujet de la dégradation de l’atmosphère de travail, voire des tensions sociales, pour ne citer que quelques exemples.

Près de 70 % des professionnels de la fonction publique hospitalière exercent un métier paramédical ou médico-technique, les infirmiers étant la profession la plus représentée à l’hôpital public.

Difficultés de recrutement par métier

Le secteur du grand-âge particulièrement touché

Sans surprise, les Ehpad sont particulièrement impactés par ces difficultés de recrutement, mais plus généralement, c’est le secteur du grand âge qui demeure le plus marqué par un manque d’attractivité et les vacances de postes, y compris en centre hospitalier. A la fois en recomposition (regroupement d’Ehpad…) et en développement (vieillissement de la population), ce secteur aurait aussi tendance à moins attirer les jeunes professionnels. Il faut en effet noter l’importance de l’image de certains secteurs d’activité ou modes d’exercices, perçus négativement dès la formation. La situation dans ces secteurs (personnes âgées, médecine, psychiatrie…) est d’autant plus préoccupante qu’il s’agit de cohorte de recrutement très importantes, souligne l’enquête.

On note également une certaine disparité selon les zones géographiques. Les bassins d’emploi ruraux sont davantage touchés par ces problèmes de recrutement, d’après la FHF, pour au moins deux raisons : la moindre accessibilité des établissements et la moindre implantation des établissements de formation dans ces zones.

L’exercice infirmier libéral progresse : en 2018, sur les quelque 700 000 infirmiers exerçant en France, environ 123 000 exerçaient en libéral, soit près de 18%, contre un peu moins de 17% en 2014.

Le recrutement des infirmiers et aides-soignants, enjeu prioritaire

Interrogés sur le métier qu’ils jugeaient prioritaire en matière d’attractivité, les établissements répondants ont pointé les métiers infirmier et aide-soignant en tête, devant les métiers de la rééducation et les filières infirmières spécialisées, pourtant confrontées à une pénurie de viviers de recrutement depuis plusieurs années. Les spécialités infirmières du bloc opératoire (IADE et IBODE) justement, qui restent des professions en tension dans le contexte d’une réglementation de plus en plus contraignante sur les professionnels autorisés à exercer au bloc. Les établissements sont majoritairement confrontés à des postes vacants. Concernant les aides-soignants, seuls 2 à 3% des postes demeurent vacants en moyenne à l’hôpital contre 13% des postes en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Quant aux infirmiers, la proportion de postes vacants les concernant est de plus de 3% en centre hospitalier, contre 8% en Ehpad.

Par ailleurs, 70 % des répondants observent une hausse des départs de professionnels, notamment pour un exercice libéral. La flexibilité organisationnelle, la demande croissante de professionnels intervenants à domicile et le niveau de rémunération plus élevé (3 ans après l’obtention de leur diplôme, les infirmiers libéraux déclarent un revenu plus élevé de 28%), sont les trois raisons essentielles de ces départs vers le libéral.

Manque d’attractivité : quel diagnostic ?

Sans surprise, au premier rang des explications avancées par les responsables hospitaliers en ressources humaines à ces difficultés de recrutement, l’enquête évoque l’image négative des conditions de travail, soulignée par plus des deux tiers des répondants. C’est elle qui nuit le plus à l’attractivité paramédicale. Mais il faut noter la pluralité des motifs de ce désamour et notamment l’intensification du travail dans les métiers du soin, mais aussi la rémunération qui complète le sentiment d’un employeur public hospitalier qui n’aurait pas les moyens de récompenser ses professionnels à la hauteur de leurs compétences et de leur engagement.

Enfin, une dernière raison est avancée : l’évolution du rapport au travail. Les professionnels de santé, et tout particulièrement les jeunes professionnels, accorderaient, comme dans d’autres secteurs d’activité, une plus grande attention à l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, avec une moindre acceptation des contraintes horaires et statutaires. Certaines régions ont d’ailleurs pris le problème à bras-le-corps, pour attirer de nouveau jeunes et moins jeunes vers ces métiers.

A lire aussi : miser sur l’attractivité du territoire pour fidéliser les aides-soignants.

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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