EMPLOI

Sophie, 25 ans, infirmière et bizarrement, au chômage...

Cet article fait partie du dossier :

Conseils emploi

Sophie, 25 ans, est infirmière en Basse-Normandie. Elle a répondu à une enquête sur l’insertion professionnelle des infirmiers menée par la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers. D’après les résultats de cette enquête - c’est ce que confirme le témoignage de Sophie - et contrairement aux idées reçues, la première profession de santé ne connaît plus le plein emploi. Merci à Rue89 pour le partage de ce témoignage qui saura vous faire réagir...

Infirmière au chômage

A 25 ans, avec un bac+3 professionnalisant en poche, Sophie est une infirmière au chômage

Infirmière, j’obtiens mon diplôme d’Etat en juillet 2012. Mais à ce moment-là, ma situation est telle que je prends le parti de chercher un emploi juste après, et de recourir pour cela aux agences de travail par intérim.Très vite, je me rends compte que le nombre de missions attractives - celles qui correspondent à mes envies professionnelles - est mince. J’effectue tout de même trois semaines dans un établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) où je suis doublée pendant deux jours, ce qui me rassure. Je suis satisfaite d’avoir trois semaines de travail devant moi plutôt que des missions de quelques jours.

Après cette mission, en réalité la seule de cette durée, puisque les autres sont des remplacements sur un week-end le plus souvent, j’intègre un établissement de lutte contre le cancer réputé dans ma région.

S’enchaînent alors les CDD, compris entre un et six mois, et naît l’envie d’obtenir un CDI dans ce service où je commence à créer des liens avec l’équipe.

Nous sommes des passagers. A l’heure où l’hôpital va mal, à l’heure où nous prônons la reconnaissance de notre profession j’ai le regret de penser qu’infirmier rime avec précarité

Inscrite sur la liste des vacataires

Mais rien à l’horizon. La déception se fait sentir et mes projets personnels, dépendants d’une situation professionnelle stable, s’effacent peu à peu. La conjoncture est telle que bon nombre de CDD ne seront pas renouvelés.

Je postule ensuite dans tous les hôpitaux de la région et dans des établissements extra hospitaliers. J’en profite pour prendre quinze jours de vacances, la première fois depuis que je suis professionnelle - quinze mois au total.

A mon retour, toujours rien. Je m’inscris finalement au Pôle emploi, je relance les employeurs... Quand les réponses tombent (si réponses il y a !) elles sont à base de « Nous n’avons pas de CDI actuellement à proposer, nous vous inscrivons sur la liste des vacataires pour des remplacements de courtes durées. » Là non plus, pas d’appels pour des remplacements.

J’ai 25 ans, un bac+3 professionnalisant, je suis infirmière et je suis au chômage. Aujourd’hui j’attends que la situation se décante et je croise les doigts pour obtenir un travail, le CDI serait le luxe que j’espère.

Nous sommes des passagers

Chaque mois je touche une indemnisation par Pôle emploi (à peine plus d’un SMIC) et quand on étudie ce système, on se rend compte que si on accepte de travailler par-ci par-là, mais sans avoir un temps plein et assez d’heures pour obtenir un salaire mensuel décent, alors on est condamné à ne pas toucher davantage que cette indemnisation. Oui, Pôle emploi compense pour qu’en fin de mois le total soit équivalent à l’indemnité mensuelle à laquelle j’ai le droit sans travailler. Et attention, si vous travaillez à peine plus de 110h dans le mois (un temps plein = 151h67) et que vous êtes payé au rabais (comme cela se voit chez certains employeurs privés), alors là, plus de compensation par Pôle emploi et un salaire qui risque d’être même inférieur à ce qu’on vous verse habituellement au final !

Ma situation est précaire et douloureuse quand on pense qu’il y a quelques années les infirmier(e)s étaient très demandé(e)s. Nos autres collègues avaient l’embarras du choix en terme de carrière.

Aujourd’hui on ne doit pas être difficile, on doit accepter un travail qui ne correspond pas à notre projet professionnel, si cher à nos yeux quand on sort de la formation, des horaires flexibles (les agences d’interim proposent essentiellement du travail le week-end et la nuit) mais aucune situation stable et attractive. Le salaire ne suit pas.

D’autant que des remplacements signifient une plus grande capacité d’adaptation, de mobilité, des lieux de travail inconnus (chercher le matériel constamment), et une plus grande prise de risque envers des patients ou des résidents que nous n’avons pas l’habitude de côtoyer.

Nous sommes des passagers. A l’heure où l’hôpital va mal, à l’heure où nous prônons la reconnaissance de notre profession j’ai le regret de penser qu’infirmier rime avec précarité.

J’ai 25 ans, un bac+3 professionnalisant, je suis infirmière et je suis au chômage

25 ans, infirmière au chômage

• Cet article « Sophie, 25 ans, infirmière et bizarrement, au chômage » a été publié sur Rue89 le 11 février 2014

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envie de changer de poste

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Commentaires (8)

Elinos

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1 commentaires

#8

Tellement vrai...

Bonjour,
Cet article est tellement vrai!
Je suis infirmière diplômée depuis novembre 2011. Quand j'ai passée mon diplôme, les hôpitaux attiraient les nouveaux infirmiers par des promesses de prime à l'embauche car ils manquaient de personnel.
J'ai commencée à travailler aux hospices civils de Lyon, ou je me suis forgée une bonne expérience. Après près d'un an de pratique en CDD, je suis partie 6 mois à l'étranger sans prendre de garanties. Je pensais véritablement retrouver un poste rapidement sur une ville comme Lyon.
Au finale, pas de poste, l'intérim qui fonctionne au ralentie voir pas du tout, pôle emploi,... L'angoisse!!
Même avec un peu d'expérience professionnel, les hôpitaux n'embauchent pas!
Après 6 mois d'intérim, de vacation, de remplacement de nuit en temps qu'aide-soignante,... je viens de partir tenter ma chance à Paris. On m'a proposé un poste au bout de 3 semaines de recherche! Ô Joie!
J'ai croisée dans mon nouvel hôpital une infirmière arrivant de Nantes.
Comme quoi le secteur est saturé dans beaucoup de grande villes...
Et à Paris, mes nouvelles collègues de boulot n'en reviennent pas quand je leur explique la galère actuelle...
Bref... bon courage à tous les infirmiers chômeurs!!

Bernadette Fabregas

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243 commentaires

#7

Venez témoignez !

Bonjour, suite à ce dernier commentaire, je vous engage à venir témoigner en nous adressant un article que nous publierons sur Infirmiers.com. Partager, dire, et redire, la vérité vraie, en témoigner... rien de tel pour faire lien avec la communauté soignante. A bientôt !

stefouille87

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1 commentaires

#6

la réalité du travail

bonjour, j'ai eu la chance de trouver un poste juste après avoir eu mon diplôme!! Mais aujourd'hui, après seulement 2 ans de diplôme, je me pose beaucoup de question, j'adore mon travail mais j'ai l'impression d'être à l'usine!! Et en travaillant de jour c'était encore pire et c'est pour cela que j'ai demandé à passer de nuit!!

awamali

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10 commentaires

#5

IDEM

Bonjour ,

Dans la même condition que Sophie mais avec 30 ans de plus .Je ne veux plus travailler dans des mouroirs, ni dans des usines à soin où on ne respecte plus les humains .Je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas et croyait moi j'adore mon métier au point d'avoir fait 270 heures dans un mois en 2009 . Oui c'est possible et sans être payé bien sûr ces heures supplémentaires .Si on comptait les heures sup de toutes les infirmières on pourrait embaucher et améliorer les conditions de travail du personnel soignant ...

Biela

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#4

A savoir...

Ce que je lis me désole... Savez vous pourquoi aujourd'hui on en arrive aussi a des situations comme les vôtres? Car on autorise toujours des ide retraitées de la fonction publique a travailler dans le prive. Alors me direz-vous oui mais ses ide ne doivent pas cumuler plus d un certain pourcentage de leur retraite avec ce qu elles perçoivent en prive.... Et bien pour avoir de multiples exemples autour de moi je peux vous dire que dans les faits c est loin d être ce qui se passe et le pire se trouve sans doute en libéral....comment peut t on accepter que des gens qui ont déjà une retraite supérieure a la moyenne puissent encore gagner quelques fois le double de celle ci prenant au passage le travail de jeunes actifs.... A méditer....

alexia20013

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#3

...

Je ne connais que trop bien ce que vis cette infirmiere puisque je le vis au quotidien...Une fois je suis rester 1an et demi en CDD et quand enfin on m'a dis que je faisais du bon boulot et qu'il voulait me garder, on m'a refusé un CDI parce que cela " me demotiverais"..
QUelle connerie! j'ai enchainé les CDD a l'ap-hp qui mettais dehors 6 mois apres et me rappeler deux mois plus tard pour revenir.
Puis j'ai eu un CDI où la cadre de service harcelé son personel, le maltraiter et essayer de faire tomber le diplome de tout le monde a tel point point que tout le monde demissioné.
Au final voyant beaucoup de vacataires defilé j'ai tenter ma chance avec l'interim. Peu de mission toujours en maison de retraite ou soin a domicile et jamais de quoi faire un temps plein.
Voilà a quoi est reduit notre metier qui n'est fait que d'empathie et de desir d'aider son prochain: Etre toujours dans le rouge a la fin de chaque mois sans aucune reconnaissance, a nous faire agresssé violenté et j'en passe (je suis passé par là de trop nombreuse fois).
Je pensais que notre metier ne manquerai jamais de rien parce que la santé est un point tellement important aujourd'hui...J'avais tort.

irstan

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#2

Triste réalité

Et oui c'est bien une triste réalité. Merci d'avoir prit l'initiative de réaliser cette enquête car il y en a marre d'entendre de partout "ah tu es infirmier et tu es au chômage???" Avec un léger soupçon et de méfiance, "c'est qu'il ne doit pas avoir très envie de travailler..."
La situation est telle qu'elle est aujourd'hui et j'espère que les pouvoirs publics réagiront. Bon courage à tous dans vos recherche ;)

ninouche22

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#1

Triste réalité

Je me reconnais dans ce témoignage d'avoir toucher pôle emploi.... ça à l'air de se débouché un petit peu, j'arrive à bosser en intérim et d'ailleurs je travaille plus de 35H en ce moment en tant qu'IDE ce qui fait toujours ça de pris ! et j'ai un entretien au CHU bientôt ! OUF ....
Bisous bon courage pour tout le monde