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Travailler la nuit, pour le meilleur ou pour le pire ?

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Conseils emploi

Récemment, Infirmiers.com a publié le billet de Virginie, une infirmière de nuit évoquant les difficultés de son quotidien. Elle décrit comment elle subit ses horaires et comme c’est compliqué de s’en sortir quand on a une famille dont il faut prendre soin. Suite à cet article, vous avez été nombreux à réagir sur notre page Facebook. Si certains se sont retrouvés dans ce témoignage d’autres, clairement, ont choisi de passer leurs nuits à arpenter les couloirs des hôpitaux. Un choix qu’ils assument !

Travailler la nuit reste le quotidien de nombreux soignants. Pour certains, un choix qu'ils ne regrettent pas, pour d'autres une contrainte difficile à assumer.

Travailler la nuit et dormir le jour, un défi pour l’être humain qui s’auto-définit comme un mammifère diurne. Mais, dans les établissements de santé, continuité des soins oblige, les équipes soignantes œuvrent 24h/24.Travailler la nuit et tenter de récupérer le jour, voici donc le quotidien de certains paramédicaux ; un quotidien contraint ou choisi. Quoi qu’il en soit s’imposer ces horaires n’est pas sans danger pour la santé, et ils en ont parfaitement conscience. Surmortalité, surrisque de cancer (notamment du sein), maladies cardiovasculaires, surpoids, diabète de type II… un rapport complet rédigé par des experts de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) en juin 2016 esquissait ce que la désynchronisation des rythmes circadiens peut avoir comme impact sur la santé des travailleurs de nuit.

Les jours de repos, je suis un zombie

Donc, oui, notre organisme n’est pas fait pour veiller la nuit. N’est-ce pas Alphonse Daudet qui disait : le jour, c’est la vie des êtres, mais la nuit, c’est la vie des choses.  Bon nombre d’entre vous semblait partager cet avis sur nos réseaux sociaux, comme Florence qui affirme que la nuit n’est pas faite pour travailler, c’est contre nature. Mon conseil est de le faire peu d’année ou Christelle qui se compare à un zombie, les jours de repos car après un an de nuit aux urgences, c’est difficile de trouver mon rythme. Mais même si on a beaucoup d’expérience dans le domaine, on ne le vit parfois pas mieux. 15 années de nuit, la vie devient difficile et la récupération quasi nulle ..., avoue Marilyne. Quant à Nathalie, elle donne un avis plus nuancé : 17 ans de nuit, je suis surveillante pour adultes handicapés mentaux. J’adore mon travail mais c’est vrai que notre organisme est déréglé et que nous ne sommes pas assez reconnus.

Equipes de jour, équipes de nuit, l’incompréhension ?

Manque de reconnaissance !  Des mots qui reviennent souvent et dans de nombreuses discussions. Un manque qui vient des supérieurs selon Nelly : nous sommes inexistants pour nos hiérarchies. Et la fatigue qui s’accumule...  Mais qui vient aussi des collègues apparemment. Les équipes de jour imaginent que la nuit les patients dorment et que les soignants peuvent faire de même. Une légende urbaine mais qui a la vie dure ! Ghislaine nous en offre de beaux exemples : de nuit depuis 15 ans, les petites phrases perfides alors vous avez bien dormi ? ou qu'est-ce que tu es fraîche pour quelqu'un qui est censé travailler de nuit ! Oui, les collègues de jour "doutent" . Des exemples qui ne datent pas d’hier d’après Brigitte : de nuit pendant 15 ans et maintenant en retraite et je suis d'accord avec vous... peu de reconnaissance pour ce travail difficile !!! Tellement d'anecdotes que je pourrais écrire un livre . Un préjugé qui s’avère sans aucun fondement selon Corinne : n'importe quoi ! La nuit il y a autant de travail que le jour. La nuit les patients sonnent souvent. Ah beh oui, les patients décompensent aussi la nuit. Je suis horrifiée d'entendre de mes relèves : ah bon, tu les surveilles à ce point-là la nuit. Beh oui ! Une information : on meurt aussi la nuit ! Alors non, les nuits ne sont pas des nuits à dormir mais des nuits à bosser, à lutter pour certaines contre l'envie physiologique de dormir, s’énerve Magali.

Elles sont bien noires les pensées des nuits blanches - Emile et Jules de Goncourt

L’alternance, bonne ou mauvaise idée ?

Pour pallier les remarques parfois vexantes et les comportements intolérants, certains internautes proposent une solution : le travail en alternance. Ainsi, chacun, à tour de rôle, devra débuter son travail au coucher du soleil, ce qui mettrait sûrement fin à la guéguerre des équipes jour/nuit. Ce n'est pas nouveau, c'est pour ça que je trouve l'idée pas mauvaise de faire alterner les équipes !!! Comme ça tout le monde se rend compte du boulot en question !, suggère Mathilde en soulignant tout de même que les plannings doivent être bien faits. Sysy approuve : Nous, toute l'équipe bosse le jour et la nuit en alternance. Une équipe soudée. Pas de conflit. Un vrai bonheur de bosser ensemble, même si le boulot est difficile (soins palliatifs et beaucoup de prises en charge de cancer). En revanche, d’autres, dont Estelle, doutent que ce soit une solution miracle : faire tourner les équipes jours/nuits je pense que ce n’est pas une bonne idée  car c'est un choix de travailler de nuit, il ne faut pas que ce soit une obligation. Personnellement,  je serai peu efficace en bossant la nuit, je ne suis pas faite pour ça. J'en ai fait quelques-unes et j'ai mal vécu ce rythme. Certains supportent mieux que d’autres, car comme toujours, on n’est pas tous égaux au niveau physique comme psychologique. Un argument appuyé par le témoignage d’Elizabeth qui a du mal avec les horaires de nuit mais qui continue à s’y tenir car elle adore son service : je ne veux pas quitter mon service d’urgences adoré. Mais il est en alternance jour-nuit. La nuit je suis une autre. J’ai envie de pleurer. Je ne supporte pas les gens. Je suis impatiente et méchante. 32 ans de métier. Pas de dispense pour les vieilles. Ça me tue à petit feu. C’est inhumain. Mais j’aime ce service.

  Infirmière de nuit avec 5 enfants... c'est parfait pour tout gérer. 

Travailler la nuit, pourquoi je l’ai choisi

Ensuite, il y a celles et ceux qui aiment la nuit, parce que, oui, c’est difficile mais l’ambiance est meilleure et ils ont plus de temps à consacrer aux patients. Ces oiseaux de nuit l’assument et argumentent, comme Nelly : depuis 10 ans de nuit aux urgences pédiatrique... Professionnellement j’aime cette autonomie, cette relation privilégiée avec les loulous et leurs parents ou Alex : j'adore bosser de nuit, une ambiance plus cocooning, moins de parasite et plus de temps à consacrer aux enfants hospitalisés ! Je vois plus mes propres enfants en étant de nuit que de jour. D’autres ont des avis plus mitigés, pour moi c'est un choix, j'aime le travail de nuit c'est un travail centré sur le patient, le seul hic la nuit c'est le fait que pour certaines situations critiques on se sent quelquefois bien seul, la réponse médicale des gardes de nuits est parfois longue à venir, soutient Magali. D’autres encore le martèlent : si la nuit, ils aiment, ils adorent, ils se rendent bien compte que ce mode de vie a un coût. J’aime bien le travail de nuit : superbe entraide entre les collègues, contacts privilégiés avec les patients. Seuls inconvénients je ne dors que 3h la journée après une garde. Sinon ça va, raconte Nicoletta. Aurélie partage cette opinion : j'adore le travail de nuit, plus de repos, roulement fixe, plus de facilité dans la prise des rendez-vous ... mais malheureusement on y laisse notre santé !

Vie personnelle le jour, vie professionnelle la nuit

Enfin, s’il n’est pas toujours évident dans les métiers du soin de concilier vie de famille et vie professionnelle, on peut penser que ça l’est encore moins pour ceux qui vivent en décalage par rapport à leurs proches. Et bien pas forcément ! Le mot d’ordre : une bonne organisation ! 8 ans de nuit j'adorais, l'ambiance de travail, plus de récupérations pour être avec les loulous, mais un mot d'ordre: être bien aidée par son conjoint. Je ne gérais pas les enfants le matin : j'arrivais, je me couchais. Levée juste pour aller les chercher à l'école, surtout éviter de couper son sommeil en allant les récupérer le midi, bien dormir : car sinon on ne tient pas sur la durée, conseille Moranig. Emmanuelle, dans son poste, décrit sa situation avec humour : infirmière de nuit avec 5 enfants... c'est parfait pour tout gérer. Mais avec l'âge (42 ans) la récupération est de plus en plus difficile. Impossible de dormir plus de 3h le matin, pas le temps de faire une petite sieste l'après-midi puis on repart !!! Je vais demander une bonne crème anti-cernes et anti-rides au père Noël !!!!.

Aussi, comme l’a si joliment dit Briget : en tout cas chapeau de devoir accumuler le travail de nuit à celui d'être mère ! Et pas seulement chapeau à celles qui sont mères, à ceux qui sont pères, mais aussi à celles et ceux qui se lèvent à l’heure où l’on finit sa journée de travail et qui se couchent à l’heure où l’on se lève. Et chapeau encore pour ceux qui, le week-end dernier, sont restés debout une heure supplémentaire à lutter contre l’envie physiologique de dormir! Vivement le passage à l’heure d’été !

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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