COURS IFSI

Une stratégie de santé axée sur la prévention : pas optimale sans les paramédicaux !

Cet article fait partie de l'UE :

S2 1.2 Santé publique et économie de la santé

Le service sanitaire est une des nombreuses réformes incluses dans la stratégie Ma Santé 2022. Une occasion pour Christine Paillard d’évoquer, dans ce nouveau cours, en quoi consiste le parcours de soins, un mot si souvent cité par les politiques ces derniers temps. Elle tentera ensuite de rétablir les concepts de prévention, d’éducation thérapeutique et de coordination interprofessionnelle.

Une stratégie de santé axée sur la prévention : pas optimale sans les paramédicaux !

La coordination est un élément capital pour l’amélioration de la qualité des soins et l’optimisation des systèmes de santé.

Le tout nouveau texte du service sanitaire semble désordonner quelque peu l’ordre des choses en matière de santé publique. Faut-il ici réinventer le rôle des soignants dans l’éducation à la santé ? Il s’agirait plutôt de remobiliser l’existant qui ne demandait qu’à être actualisé pour le redéployer de manière efficace. Cette stratégie nationale de santé dégage des axes pour mettre en place une nouvelle politique de prévention et promotion de la santé, pour toute la population, tous les milieux et ce, tout au long de la vie (Rapport Vaillant, 2018). Ce renforcement collaboratif implique un maillage territorial, hospitalier, scolaire avec tous les acteurs concernés dans l’éducation en santé. Or, les infirmiers ont un rôle incontournable pour agir dans le champ éducatif. Ce rôle se manifeste en formation continue par la réalisation d’actions interprofessionnelles avec des grande thèmes, comme les addictions, l’alimentation, l’activité physique, l’environnement, les handicaps….

Les infirmiers ont un rôle incontournable pour agir dans le champ éducatif.

Le parcours de soins, un mot à la mode ?

Le parcours de soins est la structure qui facilite la coordination d’actions. Il forme un circuit que les patients doivent suivre pour accéder aux soins. Il implique plusieurs paramètres : les acteurs du soin, la collaboration entre eux, la personnalisation des soins, le parcours du patient, l'éducation thérapeutique, la prévention, les soins primaires et éducatifs... Pour la Haute Autorité de la santé, il s’agit d’améliorer la qualité de la prise en charge clinique et thérapeutique pour accompagner des malades atteints de maladies chroniques. Ce qui implique des bonnes pratiques professionnelles, qui doivent également s’appuyer sur la promotion de parcours de soins qui comprennent, pour le patient, le juste enchaînement et au bon moment des différentes compétences professionnelles liées directement ou indirectement aux soins : consultations, actes techniques ou biologiques, traitements médicamenteux et non médicamenteux, prise en charge des épisodes aigus (décompensation, exacerbation),autres prises en charge (médico-sociales notamment, mais aussi sociales)…. La démarche ici consiste à développer une meilleure coordination des interventions professionnelles fondées sur de bonnes pratiques, que ce soit lors des phases aiguës de la maladie ou lors de l’accompagnement global du patient sur le long terme.

Pour Thérèse Psiuk, le parcours de soins est une trajectoire composée d’étapes variant, d’une part, selon le lieu d’habitation et l’histoire médicale du patient, et d’autre part, selon acteurs de la prise en charge, dont les médecins et les établissements hospitaliers et extra-hospitaliers. Ce parcours s’inscrit dans le processus global du chemin clinique qui décrit, pour une pathologie donnée, les éléments de prise en charge du patient. Cette méthode planifie, rationalise et standardise la prise en charge pluridisciplinaire de patients présentant un problème de santé comparable. Elle repose sur la description d’une prise en charge optimale et efficiente à partir des recommandations professionnelles.

Depuis quelques années, les secteurs sanitaires et médico-sociaux se sont peuplés de services et de professionnels chargés d’ ordonner les soins aux patients, comme par exemple les infirmiers coordinateurs

La coordination interprofessionnelle : un facteur clé

La coordination permet d’agencer une organisation, des ressources humaines, en vue de réaliser des objectifs communs. Cette coordination des soins relève notamment d’échanges formels (patients, territoires, acteurs de la santé) mais aussi de développement, d'animation de réseaux, d'organisation de relais de proximité. L’important est de promouvoir la coordination des actions formant un appui aux professionnels de soins primaires.

En effet, la coordination est un élément capital pour l’amélioration de la qualité des soins et l’optimisation de la performance des systèmes de santé face aux enjeux de santé publique que représentent la prévalence des maladies chroniques, et le déplacement progressif des soins hospitaliers vers le secteur ambulatoire. Dans le dictionnaire des concepts en sciences infirmièresle fonctionnement des réseaux de santé, dans leur très grande diversité, présente des caractéristiques communes avec le concept de coordination de la production de soins et de services. Cette coordination se décline sur deux axes :

  • Organisation d’une prise en charge globale et coordonnée, associant, par exemple, des actions de suivi social et d’appui psychologique favorisant le maintien à domicile grâce à diverses prestations de services à la personne ;
  • Actions de prévention, avec dépistage et éducation thérapeutique.

Pour Léonie Hainaut, depuis quelques années, les secteurs sanitaires et médico-sociaux se sont peuplés de services et de professionnels chargés d’“ordonner” les soins et les aides aux patients. Ce sont par exemple les infirmiers coordonnateurs des services de soins à domicile (Ssiad), les infirmiers de liaison en addictologie présents à l’hôpital, les coordonnateurs des centres de lutte contre le cancer, les infirmiers des équipes mobiles gériatriques ou encore les gestionnaires de cas complexes créés dans le cadre du dernier Plan Alzheimer.

Par l'éducation pour la santé, on aide les gens à analyser leur propre comportement et à voir comment celui-ci influence leur état de santé. On les encourage à faire leurs propres choix pour une vie plus saine.

La prévention en santé : pas sans les soignants !

Dans le cadre de ce parcours de soins qui permet de coordonner des actions soignantes, c’est la prévention en santé qui détermine les enjeux des soins éducatifs … Mais qu’est-ce au juste la prévention en santé ? Elle constitue l’ensemble des mesures visant à éviter ou à réduire le nombre et la gravité des maladies ou des accidents de l’ensemble de la population.

On distingue trois niveaux de prévention :

  • La prévention primaire se situe en amont de l’apparition des problèmes de santé. Elle vise à diminuer l’incidence d’une pathologie ou d’un accident dans une population donnée, et donc à réduire le risque d’apparition de nouveaux cas (empêcher l'apparition d'une maladie, lutter contre le tabagisme par exemple).
  • La prévention secondaire se situe au tout début de la pathologie. Elle tente de diminuer sa prévalence dans une population donnée, et donc de réduire sa durée d’évolution. Elle comprend le dépistage et le traitement précoce de la maladie (diminuer les risques de gravité chez les patients par la mammographie, les frottis…)
  • La prévention tertiaire a pour but d’éviter les récidives ou les complications d’une pathologie avérée. Il s’agit de réduire les invalidités fonctionnelles consécutives à la maladie. Elle prend en compte les actions du domaine de la réadaptation, de l’intégration et de la réinsertion professionnelle et sociale (empêcher les rechutes et diminuer les risques de récidives ; diminuer les déficiences ou handicaps par exemple).

L'Agence nationale Santé Publique France (Inpes, InVs, Eprus) est l'établissement public qui agit en premier lieu sur la prévention. Le schéma régional de prévention met ici en œuvre un plan stratégique régional de santé. Il inclut notamment des dispositions relatives à la prévention, à la promotion de la santé, à la santé environnementale et à la sécurité sanitaire. À ce titre, il comporte :

  • Des actions médicales ou non, participant à la promotion de la santé de l'ensemble de la population, à la prévention sélective de certaines maladies, surtout chez des personnes exposées à des risques. Cela comprend aussi les actions de vaccination et de dépistage, ainsi que la prévention au bénéfice des patients et de leur entourage, notamment via l'éducation thérapeutique ;
  • Une organisation des activités de veille, d'alerte, et de gestion des urgences sanitaires ;
  • Des orientations permettant d'améliorer dans chaque territoire de santé, l'offre de services dans le domaine de la prévention individuelle et collective ;
  • Les modalités de développement des métiers et des formations nécessaires à l'amélioration de la qualité des actions de prévention ;
  • Les modalités de coopération des acteurs de l'offre sanitaire, sociale, et médico-sociale dans le domaine de la prévention.

L'éducation pour la santé a été définie par l'Organisation Mondiale de la Santé (36e assemblée mondiale de la santé, 1983) comme tout ensemble d'activités d'information et d'éducation qui incitent les gens à vouloir être en bonne santé, à savoir comment y parvenir, à faire ce qu'ils peuvent individuellement et collectivement pour conserver la santé et à recourir à une aide en cas de besoin. De façon plus précise, l’OMS indique que l'éducation pour la santé est la composante des soins de santé qui vise à encourager l'adoption de comportements favorables à la santé […]. Par l'éducation pour la santé, on aide les gens à analyser leur propre comportement et à voir comment celui-ci influence leur état de santé. On les encourage à faire leurs propres choix pour une vie plus saine. On ne les force pas à changer […]. L'éducation pour la santé ne remplit pleinement sa fonction que si elle encourage les gens à participer et à choisir eux-mêmes. Ainsi, ce n'est pas faire de l'éducation pour la santé que dire simplement d'adopter un comportement favorable à la santé. Ce type d’éducation a pour finalité de contribuer à informer, à prévenir, à accompagner les individus pour qu’ils acquièrent des compétences et des moyens leur permettant de participer à la promotion de leur santé, à optimiser leur qualité de vie voire à agir pour leur propre guérison.

L’éducation thérapeutique

Le service sanitaire redéploye des notions, des concepts, des actions mettant au cœur des enjeux de la santé les spécificités des parcours de vie des individus, et ce, en leur donnant les moyens de mieux contrôler leur santé.

La promotion en santé est définie par la charte d’Ottawa comme un concept positif qui favorise le complet bien-être physique, mental et social. L'individu, ou le groupe, doit pouvoir identifier et réaliser ses ambitions, satisfaire ses besoins et évoluer avec son milieu ou s'y adapter. La santé est donc perçue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie.

Selon le Glossaire utilitaire en Education Pour la Santé78, la promotion de la santé est aussi le processus qui permet aux individus de mieux maîtriser les déterminants de leur santé et leur multi-causalité. La participation des personnes est essentielle dans toute l’action de promotion de la santé. Celle-ci vise notamment à réduire les inégalités sociales et à permettre une plus grande accessibilité aux ressources disponibles. Les infirmiers peuvent continuer d’exercer des actions de prévention en prenant en compte les déterminants sociaux (niveau d’éducation, insertion et support social, milieu culturel, accès aux services publics…) et économiques (niveau de revenus, statut sur le plan de l’emploi…) pour co-produire du sens éducatif dans un schéma constructif mettant l’accent sur la prévention et la coordination.

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Christine PAILLARDLexicographe

Note

L'auteur

Christine Paillard est docteure en sciences du langage, diplômée en ingénierie pédagogique et titulaire d'une licence en information et communication. Ingénieure documentaire, elle accompagne les étudiants infirmiers à l'acquisition de compétences informationnelles pour remobiliser une démarche documentaire dans une logique professionnelle et universitaire.

Les ouvrages déjà parus

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S2 1.2 Santé publique et économie de la santé

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