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Ce soin qui m'est compliqué

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Formation en ifsi

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Des idées d'IDE (le mystère est entier sur sa véritable identité) a débuté son blog en août 2011, à J-1 de sa rentrée en IFSI. Depuis trois ans, elle relate ses différentes aventures. Dans son dernier billet, elle évoque le soin qui lui est le plus compliqué...

Ce billet a été publié le 3 juillet 2014 par Des idées d'IDE que nous remercions de cet échange.

La toilette, le soin le plus compliqué pour Des idées d'IDE

Il y a un soin avec lequel je suis mal à aise.

Piquer ? Facile. Je suis une bonne piqueuse. De manière générale, je trouve bien les veines. Je suis à l’aise avec ça. Un cathé, une prise de sang, même en chambre implantable, OK, je le fais. Même pas peur.

Poser une sonde urinaire ? Bon, j’ai besoin de relire un peu le protocole. J’ai toujours eu quelqu’un sur le dos pour me dire de faire de telle ou telle manière, mais j’y arrive.

Sonde gastrique ? Pas ragoûtant mais pas compliqué en soi.

Les pansements ? J’adore ! Ce geste qui me semble tellement typiquement infirmier, j’en ai fait mon point de départ de TFE.

Soins de gastrostomie ? Mon angoisse avant de rentrer à l’IFSI, oui enfin, ça va.

Enlever des agrafes ? Des fils ? C’est marrant je trouve.

Soins de trachéo ? Aspiration ? Un peu dégueu, mais bon, rien d’insurmontable.

La transfusion ? Il y a cette petite sensation vampire. C’est fascinant cette poche de sang. Mais ça se fait sans problème.

Non, vraiment, il y a un soin qui me met mal à l’aise. Un qui me demande de prendre une inspiration avant d’entrer dans la chambre. Un qui me demande toujours un temps de réflexion plus long que les autres, pourtant je l’ai validé dès la première année ! Je l’ai fait à presque chaque stage (sauf pédo psy et bloc). A chaque fois qu’on m’a vue faire ce soin, on m’a dit que je m’y prenais bien. Peut-être un peu lente, mais je pense que c’est en partie dû au stress que ça me procure. Ce soin, c’est la toilette. Le soin basique infirmier.

Ça commence quand je prépare mon guéridon. J’ai tellement peur d’oublier quelque chose et de devoir laisser mon patient en plan dans son lit à moitié lavé. Combien de gants ? Dans certains lieux de stage, on me parle d’économie : juste un gant. Dans d’autres : deux. Dans mon dernier : trois !

Ensuite, dans quel ordre on fait les choses ? Certains patient aiment se laver les dents en premier, d’autres non. Certains veulent se raser d’abord, d’autres après.

Laver le visage. Ne pas mettre de l’eau dans les yeux. Moi, j’aime mettre du savon quand je me lave le visage, mais le patient, que veut-il ? J’entends tellement de soignants dire qu’il ne FAUT pas mettre de savon pour laver le visage mais moi je demande quand même. Si on doit me laver le visage à moi, sachez le, je veux du savon.

Ensuite, laver le haut. Déshabiller le patient, être face à sa vulnérabilité, sa faiblesse. Le laisser faire, s’il le peut. Ne pas mettre trop de savon, bien rincer, ne pas frotter trop fort pour ne pas abîmer la peau, ne pas oublier les mains, sécher, couvrir.

Laver le bas, les jambes, les pieds ; ne pas oublier entre les doigts pieds, ne pas montrer son écœurement parfois face aux odeurs, pas trop de savon, rincer, faire attention aux plaies, regarder les talons pour le patient qui ne peut pas bouger, bien essuyer, ne pas oublier entre les doigts de pieds (voir qu’il reste des saletés bien incrustées entre les doigts de pieds, ne pas montrer l’écœurement, relaver les pieds).

On passe à la petite toilette. Changer l’eau de la bassine, se poser trois milliards de question sur le gant quand il n’y a en qu’un par patient, être face au malaise du patient de se faire laver cette région si intime, ou pire être face à l’attrait du patient de se laisser faire, respecter sa pudeur, pas trop de savon, bien rincer.

Le dos. Tourner le patient avec douceur et en sécurité, laver le dos, retrouver le bon gant du haut, pas trop de savon, bien rincer. Les fesses, être face à la gêne (ou pas) du patient.

Changer les draps, laver le lit, faire vite car la position en décubitus latérale n’est pas confortable, se prendre la tête encore au bout de trois ans sur comment bien faire les lits au carré et cette fichue pointe.

Rhabiller le patient, le réinstaller, déplacer un patient qui pèse parfois plus de 100kg en haut du lit sans se faire mal au dos.

Les dents. Laver les dents de quelqu’un qui ne peut pas le faire…

Et pour les hommes, le rasage. Scènes tellement sexys au cinéma mais tellement compliquées à l’hôpital. Ne pas couper, faire les mouvements de bouche pour que le patient suive. La crème pour le visage, l’eau de Cologne, le parfum, un petit coup de peigne.

Tout replacer pour le patient. Sonnette, téléphone, eau, adaptable, télécommande télévision.

Je ressors de la chambre en sueurs. Est-ce que je n’ai rien oublié ? Est ce que le patient a été respecté ? Vraiment pour moi, la toilette c’est le soin qui m’est le plus compliqué.

des_idees_d_ide@yahoo.fr http://ideeide.wordpress.com/

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