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Critères de sélection des IFSI : des "attendus" qui se font toujours attendre !

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L’insertion du cursus de formation en soins infirmiers dans la plateforme Parcoursup est en cours mais il reste encore beaucoup à faire, et notamment à définir les attendus concernant les dossiers d’admission. Stéphane Le Bouler, responsable du projet de l’universitarisation des professions paramédicales, a fait le point sur les dernières avancées lors d’une rencontre récemment organisée par le CEFIEC (Comité d'entente des formations infirmières et cadres).

Critères de sélection des IFSI

Un des enjeux du gouvernement, c’est de ne pas transformer radicalement les profils de candidats par rapport à ceux recrutés l’année précédente.

L’insertion de la préinscription des futurs étudiants en soins infirmiers via Parcoursup n’est pas une mince affaire, selon Stéphane Le Bouler. Il s’agit d’absorber 25 000 nouveaux entrants sur la plateforme avec je ne sais pas combien de dizaines de milliers de candidats et je ne sais pas combien encore de centaines de milliers de vœux. Interrogé lors d’une rencontre organisée par le CEFIEC, le chargé de mission a donné quelques éléments de réponse concernant l’usage de cet outil de préinscription, car ce n’est que ça et rien d’autre mais est resté flou concernant les fameux critères de sélection des dossiers d’inscription.

En effet, l’insertion de la formation sur Parcoursup nécessite une transformation des modalités d’admission. Nous avons mis en place un rétroplanning d’ici la rentrée 2019. La première échéance, c’est l’ouverture de la plateforme prévue pour mi-décembre 2018, le moment où les futurs candidats vont pour la première fois sur Parcoursup. Ensuite, la barémisation (c’est-à-dire la liste des éléments d’appréciations des dossiers qui devra suivre la formulation des vœux) devra être disponible en avril-mai 2019. Puis, viendront par la suite les examens concrets des dossiers par les équipes des IFSI avec une phase d’harmonisation et, enfin, la mise en place des dispositifs baptisés pour l’instant Oui, si. Il s’agit de parcours spécifiques destinés à des étudiants acceptés en IFSI sous réserve de suivre un cursus de remise à niveau pour combler certaines lacunes.

Les principaux enjeux

Pour arriver à cela on fonctionne sous la forme d’ateliers qui font un état des lieux de l’ensembles des tâches à conduire. Lors de ces réunions, différents acteurs sont impliqués, notamment le CEFIEC, l’Ordre national des infirmiers, les fédérations des employeurs, la FNESI, ou la Croix Rouge. Cette équipe spécifique s’occupe de l’admission en IFSI mais doit composer avec l’équipe qui travaille sur l’outil Parcoursup en général. On veut également se doter de têtes de réseaux dont le CEFIEC et la Croix Rouge qui nous feront remonter les principales préoccupations et les questionnements https://www.infirmiers.com/etudiants-en-ifsi/la-formation-en-ifsi/suppression-du-concours-d-entree-en-ifsi-les-formateurs-s-interrogent.html que les professionnels pourraient avoir et, d’ici le printemps, faire redescendre les informations en conséquence.

Ce dispositif, on va le construire avec les acteurs et en particulier les réseaux de formateurs avec des enjeux de qualité. (…) Le but est de ne pas transformer radicalement les profils par rapport à ceux recrutés l’année précédente. On ne veut pas écraser tel ou tel profil.

Il faut dès début novembre 2018, établir de manière définitive les textes réglementaires concernant la DGOS et la DGESIP, la rédaction des caractéristiques et des attendus de la formation destinés à figurer sur Parcoursup, la composition des dossiers ainsi que le dispositif de consolidation des acquis - AndEP

Une évolution réglementaire nécessaire

En outre, il va falloir rapidement conduire les évolutions réglementaires nécessaires pour passer de l’arrêté de 2009 qui était assez copieux à un texte plus restreint qui s’adosse pour l’essentiel à la loi ORE*. La DGOS et la direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle (DGESIP) travaillent sur la révision de cet arrêté. Il sera soumis formellement à la concertation des parties prenantes dans les prochaines semaines. Ce qu’il faut en particulier régler le plus finement possible dans ce texte c’est de savoir qui va passer par Parcoursup et qui va passer par un autre dispositif.

La mise en place d’"une mécanique de critérisation" : des attendus nationaux

Il n’y a pas d’ex machina dans la technostructure qui fabrique les critères. Il y a eu un premier travail à partir des propositions du CEFIEC, de la FNESI ou de la Croix Rouge. Un premier document énumérait les attendus de la formation et depuis j’ai reçu une douzaine de contributions des organisations cités précédemment. Ces critères ou attendus regroupent les éléments qui permettront de repérer si l’étudiant sera capable de réussir durant le temps de sa formation. Ce sont les compétences qui permettent aux équipes du secondaires comme aux équipes d’accueil au sein des IFSI de considérer que le candidat a "une bonne chance de réussir". Les attendus seront définis nationalement avec un souci d’homogénéité et il n’y aura pas de latitude locale pour définir des attendus locaux.

Après avoir fixé ces fameux critères, il faudra également arriver à les barémiser en fonction des dossiers. Des éléments indicatifs seront mis à disposition des IFSI pour permettre aux équipes d’exploiter et de classer les forces et les faiblesses de chaque parcours. Il y aura des figures imposées comme les bulletins de première et de terminale ou la fiche avenir (fiche qui contient les appréciations de professeurs sur les vœux du bachelier). Et pour les personnes en reconversion qui sont sorties du système scolaire depuis longtemps ? Les dossiers devraient permettre au candidat de se valoriser. Il est clair que pour ceux-ci les bulletins scolaires ont peu d’intérêt. Ils pourront faire valoir leur expérience professionnelle ou des formations complémentaires. D’où l’intérêt de calibrer les choses, une fois que l’on sait ce qui est important dans le dossier, on peut barémiser et donner du score. Toutefois, les responsables des IFSI pourront apporter des compléments, les choses pourront être ajustées localement.

Techniquement, les futurs étudiants pourront formuler 10 vœux au moment de la préinscription soit 3 vœux principaux et 7 sous-vœux afin d’ajuster leurs désirs notamment au niveau de la territorialité. On ne bridera pas la mobilité, assure Stéphane Le Bouler. Ensuite, en ce qui concerne l’examen des dossiers et de la phase d’harmonisation qui suivra, il est prévu de regrouper entre 8 et 12 IFSI avec le référent universitaire. Cette cartographie devra être mise en place le plus rapidement possible afin que les formateurs et les responsables des IFSI puissent travailler et s’approprier les attendus une fois qu’ils seront définis. Bien sûr, le chargé de mission a souligné que le processus est au stade de l’expérimentation donc on pourra réajuster les choses d’une année à l’autre.

Les attendus seront nationaux sans déclinaison locale tout simplement parce qu’il y a un référentiel de formation national

"Oui si léger", "oui si lourd", "non, mais"… et alors ?

La réforme prévoit également la mise en place d’outils de consolidation des acquis ou Oui, si. Certains étudiants seront acceptés en IFSI à condition de suivre un complément de formation afin de se mettre à niveau.  Il peut s’agir de Oui, si lourd ou de Oui, si léger, tout dépend de l’ampleur des lacunes à combler. In fine, on va trouver d’autres termes pour distinguer ces processus. Ces accompagnements personnalisés seront dispensés par les universités qui ont bâti leurs propres dispositifs Oui, si, par des classes préparatoires intégrées dans certains IFSI (selon la cartographie établie) ou encore via les dotations horaires dans les lycées qui étaient utilisées pour se préparer au concours d’entrée. Pour Stéphane Le Bouler, il est évident que ces cours supplémentaires ne seront pas à la charge des familles. Le but est de pouvoir économiser sur les redoublements qui sont loin d’être négligeables.

Enfin, une sorte de dispositif Non, mais va également voir le jour. Il s’agit de classes passerelles prévues notamment pour les BTS et les personnes se retrouvant sans solutions sur Parcoursup. Les candidats en question ne seront pas acceptés mais ils pourront être accompagnés afin de retenter leur chance l’année suivante en valorisant dans leur dossier leur remise à niveau.

Inutile de signifier que d’ici début novembre le rythme de travail des équipes de concertation risque d’être particulièrement soutenu pour pouvoir tenir les délais. Quant aux futurs étudiants, on leur souhaite une intégration en IFSI réussie, malgré la complexité du nouveau système...

La loi ORE c’est-à-dire La loi « Orientation et réussite des étudiants » (ORE), a été promulguée en mars 2018. Elle vise notamment à réduire le taux d'échec en première année de fac en permettant à chaque université de fixer des pré-requis pour choisir les étudiants. C’est elle qui est à l’origine du remplacement de la plateforme APB par Parcoursup.

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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