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« Et si j'allais en psychiatrie ? »

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Formation en ifsi

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Des idées d'IDE (le mystère est entier sur sa véritable identité) a débuté son blog en août 2011, à J-1 de sa rentrée en IFSI. Depuis trois ans, elle relate ses différentes aventures. Dans son dernier billet, elle aborde une situation touchante rencontrée lors d'un stage en pédo-psychiatrie...

maman et son enfant

Quand mère et enfant ne se comprennent pas...

Quand j'étais en stage en pédo-psychiatrie, je n'avais plus de connexion internet. Je n'ai pas pu vous raconter tout ce qui s'est passé à ce moment. Pourtant, j'ai vécu des moments intenses. Il faut que je vous de parle de ce patient de 12 ans que j'ai pris un charge. Il s'appelle Jonathan (pas tout à fait en vrai mais bon...). Il arrive avec sa maman, plein d'agressivité. Ils ne se supportent plus. Il y a de la violence. Je ne la comprends pas cette mère violente. Je ne comprends pas la violence de manière générale. Et lui, il a l'air très remonté contre sa mère. Normal si elle est violente, non ?

La psychiatre les reçoit tous les deux. Ils ont atteint le point de non retour. La maman dit que ça va la soulager de ne plus le voir pendant une semaine. Lui dit qu'il ne supporte plus sa mère, mais se met à pleurer quand elle part. Ce sera une hospitalisation pour comprendre ce qui se passe entre eux. Elle vient aux rendez-vous avec la thérapeute familiale. Elle accepte ma présence aux rendez-vous me sachant étudiante. Elle se livre sans filtre. Elle raconte comment elle a éduqué seule son enfant, le "géniteur" comme elle l'appelle étant parti à la naissance. Elle raconte les différentes consultations avec les psy dès les trois ans de son fils. Elle parle de celui qui a dit : Mais madame, le problème de votre fils, c'est vous. Il devrait être en famille d'accueil.

Je vois cet enfant qui ne supporte pas la moindre moquerie, ne comprend pas le second degré, se passionne pour les trains et les cars. Je ne suis pas une experte mais j'avais déjà entendu de l'autisme de type Asperger, ça me saute aux yeux. Ça saute aux yeux tout le monde.

Le jour de l'annonce, la maman semble soulagée. C'est étrange. J'entends la psychiatre lui expliquer que son fils est autiste de type Asperger et la maman semble ravie, soulagée. Elle réalise que le problème ne vient pas d'elle. Dans les services, on lui donne quelques clés de compréhension. Il y a des jours de permissions où ils sont contents de se retrouver. Il y a le jour du départ où ils partent en se câlinant, bras dessus, bras dessous.

J'ai l'impression d'avoir écrit quinze fois ce billet dans ma tête. Je ne le retrouve pas dans mes archives alors je réalise que je ne l'ai pas écrit.

Pourquoi je vous en parle ? Parce que je les ai croisés l'autre jour au supermarché. Il avait une vraie tête d'ado sympa. Il avait les cheveux longs lors de son hospitalisation, il les a coupés.  Ils sont choux l'un envers l'autre. Ils se parlent avec plein d'amour dans la voix. Elle lui achète des douceurs, un magazine sur le foot. Je pense qu'il a changé de passion.

Voilà que ça me reprend, et si j'allais en psychiatrie?

Ce billet a été publié le 3 novembre 2014 par Des idées d'IDE que nous remercions de cet échange.

des_idees_d_ide@yahoo.fr http://ideeide.wordpress.com/

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Commentaires (2)

Fitness

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#2

Une si belle histoire ... (suite : partie 2)

...C'est pour ces raison qu'en tant qu'infirmière, j'ai personnellement beaucoup réfléchi et travaillé mon "comportement", mon attitude, mes paroles, mes regards …

"Comportement" vient du latin "comportare" avec "com" qui vient de "cum" qui signifie "avec, ensemble" et "portare" signifiant "porter" . "Porter ensemble" . C'est "ensemble", le patient et moi, que nous "portons " chacun une part de la problématique qu'il vient m'exposer . Le patient porte, m’ « apporte » son problème et moi, je « porte » la responsabilité de le traiter (le problème) en mettant dans la réponse que je lui propose, toute la bienveillance possible, la justesse, l’authenticité,l’honnêteté et -évidemment- , le non-jugement .
Et grâce à ses propres ressources et aux miennes ,nous parviendrons ensemble (« cum ») et avec les éléments issus du « savoir », du « savoir faire » ainsi que du « savoir être » de la professionnelle que je suis, et avec tout ce qui lui appartient à LUI (ses connaissances, son histoire, ses ressources et ses difficultés, …….. ), à formuler une réponse qui permette de mettre en oeuvre l’aide qui lui sera apportée .

Et je m’aperçois que dans mon petit commentaire, je me suis arrêtée et centrée sur les paroles à la saveur bien amère du psy, à l’égard de la maman …. probablement parce que j’ai moi-même été un jour atteinte , touchée en plein coeur par l’un ou l’autre discours peu constructif , en tant que maman . Mais aussi, souvent en tant qu’infirmière entourée à certains moments par des collègues qui furent à l’origine de paroles, de discussions, de regards porteurs de souffrances auprès de patients qui attendaient « autre chose » pour se reconstruire .

Merci à vous , "Des idées d' IDE" qui, par votre témoignage, m’avez permis de réfléchir et de partager ma réflexion sur cette page ...

Fitness

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#1

Une si belle histoire ... (partie 1)

Merci à vous d'avoir partagé cette "belle histoire" ... Un témoignage qui me touche réellement ...

Certains professionnels peuvent faire d'importants dégâts lorsqu'ils "lancent" des petites phrases assassines telle celle du psy à la maman : "Mais madame, le problème de votre fils, c'est vous. Il devrait être en famille d'accueil." ...

J'imagine ce que cette dame a pu ressentir et vivre « en elle » suite à cette "annonce" .... j'imagine combien ce jeune garçon a pu ressentir la culpabilité de sa mère .... et combien cela fut susceptible d ‘interférer négativement sur leur relation mutuelle
Maman d'un jeune homme de 19 ans qui souffre de troubles présentant une similarité avec ceux du jeune garçon de votre témoignage, je pourrais également témoigner de "gaffes" de la part de certains professionnels de la santé ...

Une phrase, une attitude, un regard, sont susceptibles de contribuer à influencer une partie du parcours de Vie d'un patient . Rendre cette vie jalonnée de difficultés, supportable . Apaiser le patient en l'accompagnant avec bienveillance ... Ou au contraire, noircir l'image que la personne a d'elle-même... elle bascule dès lors dans un mal-être durable , contribuant à altérer entre autre son relationnel avec autrui ...

Bien sûr, d'autres éléments entrent en jeu et ce ne sont pas uniquement les paroles d'un psy (ou autre professionnel de la santé) qui détermineront le bien-être ou non, de son patient , mais pour peu que ce dernier soit isolé ou sans aide de la part de ses proches, .... les paroles du "spécialiste" comptent ! ...

C'est pour ces raison qu'en tant qu'infirmière, j'ai personnellement beaucoup réfléchi et travaillé mon "comportement", mon attitude, mes paroles, mes regards …