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Etudiants en santé : parce qu’ils le valent bien !

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Formation en ifsi

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15 mesures en faveur du bien être des étudiants en santé. C’est la réponse concrète apportée par le gouvernement qui fait suite au rapport confié au Dr Donata Marra fin juillet 2017. La ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, et la ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, avaient chargé ce psychiatre d’identifier la spécificité des risques auxquels les étudiants sont confrontés durant leur parcours de formation ainsi que les étapes du parcours posant des problèmes particuliers. Une mission qui avait pour objectif "de mieux comprendre pour mieux agir" et qui vient d’être rendue, ce 3 avril. On vous dit tout sur le contenu de ce dossier.

étudiante déprimée

Les deux ministres avaient commandé fin juillet un rapport à la psychiatre Donata Marra, pour "identifier (les) risques auxquels ces étudiants sont confrontés" et proposer des solutions.

Les associations étudiantes, au plus près du terrain, ont déjà fait un gros travail de mise en évidence du stress et du profond mal-être des étudiants en santé. C’était aussi le cas d’un ouvrage au titre évocateur sorti en 2017, "Omerta à l'hôpital". Un seul exemple : l’enquête menée au premier trimestre 2017 par la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) a révélé des troubles anxieux et des troubles dépressifs chez les étudiants ainsi qu’un taux élevé d’idées suicidaires, supérieur à celui de la population générale, au même âge. L’étude illustrait d’ailleurs ce mal être : 66 % de la population des étudiants en médecine et jeunes médecins ayant répondu à l’enquête se disent anxieux et 78 % des étudiants en soins infirmiers se déclarent souvent ou tout le temps stressés. Plus grave encore, il est apparu que ce triste bilan n’était pas spécifique aux étudiants en santé sur notre territoire. Grâce à des études internationales, on apprend en effet que jusqu’à deux tiers des étudiants souffrent d’anxiété, que 27% d’entre eux souffrent de dépression ou de symptômes dépressifs et que 11% en moyenne présentent des idées suicidaires aussi bien du Nord au Sud de l’Europe, en Amérique du Nord que dans d’autres pays.

Les raisons de la dégradation des conditions d'exercice des soignants font référence à leur fragilisation à la fois d’ordre juridique, symbolique et identitaire, ainsi qu’à une perte de sens due à une pression gestionnaire et économique toujours plus grande. Extrait du rapport Donata Marra.

Enfin, la fiche mémo publiée en mai 2017 par la Haute Autorité de Santé résume la situation spécifique des professionnels : Population à risque historiquement identifiée et objet de nombreuses études récentes montrant une morbidité particulièrement élevée, les professionnels de santé en activité ou en formation sont exposés au risque d’épuisement professionnel, étant donné la pénibilité de leur travail que ce soit pour des causes intrinsèques liées à la nature même de l’activité médicale (confrontation avec la souffrance et la mort, prises en charge impliquant l’entrée dans l’intimité des patients, etc.) ou des causes intrinsèques (charge et organisation du travail...)

Les étudiants en santé sont près de 350 000. Ils représentent l’avenir de notre système de santé. Leur bien-être, leur qualité de vie sont une préoccupation centrale, à double titre.

Un rapport pour comprendre et agir

Le rapport réalisé par Donata Marra, qui s’est appuyé sur la littérature internationale, sur un questionnaire adressé aux facultés de médecine mais également sur une centaine d’entretiens rappelle, dans un premier temps, le contexte. A la question y a-t-il un problème de mal-être des étudiants en santé ? Il répond clairement par l’affirmative. L’étude examine aussi de près les formations apparemment mieux protégées, y voyant un modèle à suivre. Parmi les points importants : il semblerait que les étudiants moins en souffrance aient peu de contacts avec le milieu hospitalier et les stages émotionnellement difficiles, mais aussi un programme académique non surchargé, ce qui n'est pas le cas des étudiants en soins infirmiers. On note également comme facteur protégeant l'absence de concours classant. 

Les étudiants en soins infirmiers sont particulièrement concernés dès le début de leur formation par des stages émotionnellement difficiles avec peu ou pas d’encadrement. Extrait du rapport du Dr Donata Marra

15 engagements dévoilés par le gouvernement

Il y a donc urgence, ce n’est plus à démontrer. C’est sur la base du constat de difficultés importantes, émanant à la fois d’enquêtes des associations étudiantes et de la littérature internationale, qu’a ainsi été rendu le rapport Marra, et dans ce contexte également qu’ont été établis 15 engagements dévoilés ce 3 avril par le gouvernement. Des engagements qui regrouperont trois types d'actions aux différentes temporalités, a expliqué Frédérique Vidal. 15 mesures* identifiées comme des leviers de transformation des comportements, des environnements et des organisations.

Parmi les mesures immédiates de soutien et d’intervention, on trouve ainsi plusieurs points comme la création, dans toutes les universités, d’une structure d’accompagnement des victimes de violence ou celle, dans toutes les facultés de santé d’une structure d’accompagnement, ouverte à tous les étudiants et garantissant la confidentialité. Ce premier volet comporte également l’amélioration des conditions de stages, avec notamment, la possibilité donnée aux étudiants en soins infirmiers d'évaluer leur terrain de stage ainsi que la formation pédagogique de tous les encadrants dans une perpective d'un meilleur dépistage des signes de souffrance mentale. Deuxième volet du rapport ? La transformation globale des études de santé, dans lequel on trouve la volonté de rapprocher toutes les formations de l’université et celle d’assurer l’accès de tous les étudiants en santé à la médecine préventive, aux activités culturelles et sportives au plus tard à la rentrée 2019, notamment. Quant au troisième volet intitulé une coordination régionale et nationale pour mesurer, repérer et partager les bonnes pratiques, il comporte la création, en lien avec les associations étudiantes de structures régionales ou encore le développement d’un module spécifique de formation des formateurs.

Bien-être des étudiants en santé : enfin ça bouge ! Découvrez la réaction de la FNESI à ces 15 mesures. 

Découvrez les 15 engagements* dévoilés par le gouvernement : 

Des mesures immédiates de soutien et d’intervention

  • Créer dans toutes les universités une structure d’accompagnement des victimes de violence
  • Créer dans toutes les facultés de santé une structure d’accompagnement, ouverte à tous les étudiants et garantissant la confidentialité
  • Renforcer les moyens des Services de Santé Universitaires et favoriser leur évolution vers des centres de santé universitaires
  • Mettre en place une cellule nationale d’évaluation des situations exceptionnelles
  • Assurer l’évaluation systématique des lieux de stage par les étudiants
  • Introduire un module transversal concernant les risques psycho-sociaux
  • Améliorer les conditions de travail en stage

Une transformation globale des études de santé

  • Rendre l’étudiant acteur de son orientation
  • Rapprocher toutes les formations de l’université et assurer l’accès de tous les étudiants en santé à la médecine préventive, aux activités culturelles et sportives au plus tard à la rentrée 2019
  • Repenser les cursus pour les centrer sur les compétences à acquérir

Une coordination régionale et nationale pour mesurer, repérer et partager les bonnes pratiques

  • Créer un centre national d’appui
  • Créer, en lien avec les associations étudiantes des structures régionales
  • Réaliser, en lien avec les associations étudiantes, une enquête à jour fixe
  • Réaliser en lien avec Santé publique France et les associations étudiantes un clip
  • Développer un module spécifique de formation des formateurs

Il faut que les études de santé restent, ou parfois redeviennent, ce moment d’accomplissement de soi, de fierté et d’apprentissage de métiers magnifiques, espère le gouvernement qui précise ayons le courage de le dire, ce rapport montre qu’il n’y a pas de solution simple, unique, facile et rapide à mettre en œuvre. Il éclaire sur le caractère complexe, multifactoriel, systémique des problèmes et la multiplicité des causes, imposant une action cohérente, coordonnée, sur de nombreux aspects des formations en santé. Ces premières mesures annoncées devraient aller dans ce sens.

Pour tout savoir

Consulter le Rapport du Dr Donata Marra sur la Qualité de vie des étudiants.

Creative Commons License

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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Commentaires (1)

Allo?_pital_?

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58 commentaires

#1

Bla Bla Bla...

Tout le monde n'est pas pédagogue, ni volontaire pour encadrer des étudiants en médecine, infirmier ou aide-soignants.

Commencer d'abord par laisser le choix a du personnel volontaire pour encadrer. S'assurer de leur formation, de leur bonnes pratiques, de leur évaluation et de leur valorisation.

L'encadrement de stagiaires prends du temps, de la patience, de la bienveillance et de l’énergie. Cela dépend aussi de la charge de travail du service et des conditions d'exercice...

Pour les études en soins infirmiers beaucoup de Bla-Bla ( Anglais médical, ce fameux portofolio, etc...), alors que les bases du métier sont abordées très rapidement : "vous verrez ça en stage..." et quels stages... ? Il y a des 3ème année qui n'ont jamais réalisé une pose de VVP, et ne savent pas surveiller une perfusion... c'est tout ou rien selon le cursus que l'on leur a imposé...
Un étudiant qui a des bases de connaissances solides et qui a manipulé et simulé de manière répété des soins lors de TD à beaucoup plus confiance en lui et est beaucoup moins stressé !! L’accès à un formateur de l'IFSI à l'écoute qui restaure la bonne pratique dans l'organisation et la réalisation d'un soin, qui décortique un dossier avec l'étudiant... Où sont-ils ? Ca fait quelques années que je ne vois plus ces formateurs de l'IFSI dans nos services...

Et après, l'on constate (la bouche en cœur) que les étudiants livrés a eux même développent des troubles anxieux... Lol..