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L'adaptation aux habitudes de vie du patient en question

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Formation en ifsi

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Andrea, étudiante en soins infirmiers (L1) à Saint-Etienne, a effectué un stage au sein d'un SSIAD en octobre 2016. Une situation d’hygiène l’a conduite à se questionner : comment s'adapter aux habitudes de vie d'un patient tout en lui prodiguant les meilleurs soins possibles ? Andréa évoque cette observation qui a mis à l’épreuve ses connaissances théoriques et nous fait part de ses réflexions.

L'étonnement ou comment des étudiants en soins infirmiers racontent leurs premiers questionnements en stage

Formatrices dans un institut de formation en soins infirmiers Croix-Rouge à Saint-Etienne, Yamina Lefevre et Zohra Messaoudi ont demandé à leurs étudiants de 1ere année, dans le cadre de l'unité d'enseignement Hygiène et infectiologie (UE 2.10) de réaliser une analyse de situation à partir d'un étonnement vécu lors de leur premier stage. Dans la continuité des trois premiers textes que nous avons publiés en 2015 textes jugés parmi les plus pertinents par leurs enseignantes, puis d'une nouvelle série déployée en 2016.

En 2017, de nouveaux étonnements s'offrent à nous comme celui de Noémie, de Charles, de Simon, d'Audrey, d'Héloïse , de Marie et maintenant d'Andrea... Merci pour ce partage, il serait en effet dommage que ces riches réflexions de profanes restent anecdotiques.

J'ai effectué un stage au sein d'un service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) sous la responsabilité d’une infirmière et d’aides-soignants diplômés d’Etat. Ce service dispose de treize aides-soignants et d'une infirmière coordinatrice. Les  pathologies auxquelles j’ai été confronté sont la démence de type Alzheimer et des scléroses en plaques principalement. Dans le cadre de l’UE 2.10 « infectiologie, hygiène », une situation m’a interpellée. Je l'ai choisi car elle m’a parue intéressante à traiter par rapport à ce que nous avions vu en cours, pour faire les liens. Afin de respecter la confidentialité et le secret professionnel, je nommerai mon patient Mr J. Dans un premier temps, je vais décrire la situation. Ensuite, j’analyserai et identifierai les problèmes survenus et argumenterai la situation en apportant des éléments de connaissances. Je terminerai en proposant une réflexion professionnelle permettant une amélioration et l’acquisition de nouvelles compétences.

Description de la situation

toilette bassine savon

Il n'est pas toujours simple de réaliser une toilette « en technique » au domicile d'un patient dont les habitudes de vie ainsi que les locaux ne s'y prêtent guère…

Tout d’abord, commençons par définir ce qu’est l’hygiène. L’hygiène est l’ensemble des principes, des pratiques individuelles ou collectives visant à la conservation de la santé au fonctionnement normal de l’organisme. Mon stage s’effectue du 3 octobre au 04 novembre 2016. Je suis en poste de 7h30 à 13h. Nous passons chez Mr J. en fin de tournée. C’est un homme de 75 ans. Il vit avec son frère, tous les deux sont vieux garçons. Ils ont un berger allemand de grande taille. Mr J. présente un handicap mental léger, c’est pour cela que le SSIAD intervient car il est dans l’incapacité de réaliser seul les gestes de la vie quotidienne. Avec le SSIAD, nous intervenons tous les matins pour les soins d’hygiène : toilette, habillage, déshabillage et installation aux petits-déjeuners.  Son frère prépare les repas. Il bénéficie de l’APA ce qui donne le droit d’avoir une aide-ménagère par l’ADMR (anciennement Aide à domicile en milieu rural). Mr J. a accepté 5 heures d’aide-ménagère par mois, mais il avait droit à plus. Une demande de mise sous tutelle est en cours.  

J’ai été en intervention trois semaines chez Mr J. Avant d’entrer à son domicile, nous arrivons dans une cour où Mr J. laisse à son chien faire ses besoins. L’odeur est nauséabonde. Au travers de sacs poubelles et de plantes mortes, le passage est difficile d’accès. Lorsque nous entrons, l’hygiène m’interpelle ommédiatemment. La poignée de la porte d’entrée est noire de crasse. Dans la cuisine, on peut apercevoir les miettes des précédents repas sur la table et le sol. Il y a également des pelotes de poils de chien. Les sanitaires ne sont pas nettoyés régulièrement, quand il va aux toilettes Mr J. ne tire pas la chasse par exemple et cela plusieurs fois par jour. La salle de bain est petite et peu facile d’accès pour le personnel soignant. Le lavabo est sale, le miroir est tâché, la douche est condamnée par des seaux et sacs de protections usagées.

La chambre de Mr J. présente un lit très bas. Mr J. dort sur une couette à même le matelas couvert d’une autre couette. Il utilise un urinal pour la nuit et lorsqu’il est plein, il urine dans sa protection et inonde le lit. Il y a des traces d’excréments de chien sur la couette de Mr J.  Si les vêtements sont lavés, ils traînent dans la chambre et ne sont pas rangés. Il existe une pièce « bureau » fermée où il y a des canaris. Une très forte odeur est permanente dans l’appartement de Mr L. et ce, malgré les 5 heures de ménage mensuel.

Je me pose donc plusieurs questions : comment vont se passer les soins ? L’hygiène corporelle et l’hygiène de l’environnement sont contraires aux méthodes que nous avons apprises en cours, comment adapter nos soins ? Est-ce que cet environnement correspond aux habitudes de vie de Mr J. et qu’il nous faudra donc les respecter ?  Quelles peuvent être les conséquences sur la santé du non-respect de l’hygiène ?

Est-ce que cet environnement correspond aux habitudes de vie de Mr J. et qu’il nous faudra donc les respecter ?

Analyse de la situation

Lorsque nous arrivons, nous accompagnons Mr J. aux toilettes et à la salle de bain pour faire sa toilette. Son état hygiénique ne correspond pas aux connaissances théoriques apprises à l’Ifsi. La toilette n’est pas quelque chose de primordiale pour lui. Il ne prend pas de douches. Il utilise un gant de toilette qu’il ne lave pas régulièrement. Il le retourne. Il ne se lave pas les mains. Il faut lui demander plusieurs fois de le faire. Nous apportons notre propre gel hydro-alcoolique car il n’y a rien à notre disposition pour nous laver les mains.

En effet, en cours, nous avons vu les protocoles pour le lavage des mains. Nous avons également vu un film - « Docteur Semmelweis » - qui permet de mettre en évidence l’importance du lavage des mains avant et après un soin. C’est ce docteur qui l’a découvert. Il se fait en plusieurs étapes et a une certaine durée. La prolifération des bactéries se fait principalement par le manuportage. Le fait que Mr J. ne se lave pas les mains régulièrement peut causer un risque infectieux. Par exemple, s’il a une gastro-entérite, la principale contamination de ce virus se fait par manuportage. C’est pour cela que le lavage des mains est important. Nous avons également vu lors d’un TP, le port de gants. Nous en utilisons lors de la toilette de Mr J., pour sa « petite toilette ».

Par rapport à l’environnement dans lequel vit Mr J., là aussi nous avons appris des bases qui permettent de mettre en évidence certains risques qu’il peut encourir. Par exemple, s’il a une plaie, celle-ci peut s’infecter car l’hygiène n’est pas respectée , pas plus que nops protocoles. Il existe aussi un risque d’altération de l’état cutané car le fait qu’il "reste dans ses urines" peut engendrer des problèmes cutanés dus à la macération (un début d’escarre…). Les manquements en hygiène peuvent donc avoir des conséquences sur la santé de Mr J.

Une autre question que nous pouvons analyser, c’est celle des habitudes de vie du patient. Dans les cours, nous avons appris qu’il est important de les respecter ainsi que les rites et cultures pour une prise en charge de qualité. Dans ce cas, la question que je me pose : doit-je respecter les habitudes de vie de Mr J. ? Après discussion avec l’équipe, nous en avons conclu que oui afin de ne pas le perturber. Mr J. a toujours vécu de la sorte, pourquoi changerait-il ses habitudes à ce jour ? Néanmoins, nous avons un rôle éducatif important à ce niveau en tant qu’étudiant en soins infirmiers. Nous pouvons donc essayer de proposer d’autres façons de fonctionner pour améliorer notre prise en charge. Nous pouvons, par exemple, lui proposer de mettre directement le gant après la toilette au lavage. Il sera ainsi changé chaque jour et l’hygiène ,'en sera que meilleure.

En sortant de chez Mr J., je ne suis pas satisfaite de ma prise en charge. Cette situation a été pour moi compliquée et je me suis sentie mal à l’aise. A mon sens, je n’avais pas les moyens nécessaires pour effectuer une prise en charge et un soin de qualité. En étant stagiaire, nous ne savons pas toujours comment réagir et comment s’adapter à la situation.

Dans les cours, nous avons appris qu’il est important de respecter les habitudes de vie des patients ainsi que leurs rites et cultures pour une prise en charge de qualité. Quid de celles de Mr J. ?

Pour conclure

En définitive, cette situation m’a paru intéressante à traiter car elle m’a fait remettre en question, me questionner sur ma pratique. Etait-ce la bonne ? Ce que je peux retenir de cette expérience professionnelle, c’est que l’on doit s’adapter à chacun de nos patients. A domicile, chez l’habitant même, il n’y a pas de protocoles, de normes d’hygiène comme à l’hôpital. Nous faisons avec ce que nous avons. Le matériel n’est pas toujours présent. Nous pouvons avoir, par exemple, qu’un gant et qu’une serviette à disposition. Il faut donc s’adapter et faire le soin en toute logique. Il sera quand même de qualité. De plus, à cela, nous pouvons travailler sur la communication avec le patient. Ceci aussi fait partie intégrante du soin. De plus, il faut vraiment savoir s’adapter aux locaux qui ne sont pas toujours appropriés ou propres. Les prochains stages ainsi que les cours me permettront d’acquérir de nouvelles connaissances et compétences afin de répondre, au mieux, aux besoins des patients. Dans ce métier, nous devons toujours nous remettre en question, avoir une réflexion professionnelle. Chaque patient est différent et chaque prise en charge est donc différente.

On devient soignant parce qu’on a un patient symbolique à soigner"
Martin Winckler

Creative Commons License

Etudiante en soins infirmiers (L1 2016/2019)Croix-Rouge Formation Rhônes-Alpes, Saint Etienne

Références (cours dispensés à l'IFSI)

  • TP port de gants UE 2.10 « infectiologie, hygiène ».
  • TP lavage des mains UE 2.10 « infectiologie, hygiène ».
  • Film du Docteur Semmelweis.
  • Cours «  mécanismes infectieux-bactério » UE 2.10 «  infectiologie, hygiène ».
  • Cours « les valeurs professionnelles soignantes » UE 4.1 «  soins de confort et de bien-être ».
  • Hygiène - définition de larousse.fr.

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Commentaires (1)

oxazepam

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8 commentaires

#1

" en cours, nous avons..."

comme tu y fais référence dans le titre de ta démarche, tu parles d'adaptation, et c'est bien de ca qu'est fait le métier d'infirmier

Tu répétes qu'en cours tu as vu telle ou telle chose, et c'est dans ces situations la que tu te rends compte que ce que tu penses avoir appris en cours ne sert a rien une fois sur le terrain. Ce n'est que très rarement applicable.

D'ou la notion de pouvoir s'adapter pour avoir le meilleur résultat possible pour le patient.
La conclusion de ton travail est pertinante