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"Monsieur le Président, je vous fais une lettre pour mon petit soldat…"

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Vendredi 13 mars 2020, jour de la déclaration de guerre de notre nation au virus Covid-19. Monsieur le Président, vous avez imposé le confinement pour protéger la patrie et avez appelé nos forces armées auprès de nos patients. Alors se sont rassemblés médecins, aides-soignants, infirmiers et tous les autres métiers de la santé contre l’ennemi juré. Les étudiants en soins infirmiers, les élèves aides-soignants intègrent les rangs et rejoignent nos garnisons. Ils deviennent vos plus jeunes soldats, à la fois fiers et anxieux sur tous les fronts, Ehpad, hôpitaux, cliniques, domicile, dans toutes les maisons …

étudiants masques

Leur armure ne rend pas nos soignants invulnérables malgré leur savoir et leurs précautions, ils sont exposés au feu de l’ennemi.

Je regarde mon petit soldat, c’est son baptême du feu, il continue à apprendre en se battant aux côtés de ses maîtres. Il part au front chaque matin, il me sourit, il ne m’embrasse plus. Mon petit soldat est parti au combat avec ferveur et conviction mais mal équipé et peu armé. Pas assez de masques, pas suffisamment de solution hydro-alcoolique. Face à lui et à tous les autres, un adversaire redoutable qui fait très vite des milliers de morts et des milliers de prisonniers chez eux et dans les établissements de santé.

En quelques jours notre petit soldat a changé, un air de gravité l’habite, la peur du début s’est rationnalisée, s’est transformée en professionnalisme et en responsabilité. La contamination et la mort ne sont plus considérées comme des adversaires mais des logiques à étudier pour les contourner et ne pas leur donner trop de territoire sur l’humain.

Chaque soir nous attendons notre "soldat à part entière", avec l’espoir de lire dans ses yeux le sentiment de victoire. Il se bat et nous protège, il met tout en œuvre pour ne pas être un risque pour nous. Il repart chaque jour, la peur a laissé place à la force et au courage. Il regrette de dissimuler son sourire derrière son masque à ses patients inquiets mais je sais que chaque jour il devient tout entier ce sourire.

Je suis fier de notre soldat, les plus anciens lui montrent le chemin et comme eux il sait faire front

Monsieur le Président, je vous fais cette lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Je connais bien notre petit soldat, il ne désertera pas, il se battra et restera jusqu’au bout au combat. Son salaire de quelques centimes/heure est bien maigre pour un tel combat, ne pensez-vous pas ?

Cette armure blanche ne rend pas nos soignants invulnérables malgré leur savoir et leurs précautions, ils sont exposés au feu de l’ennemi. Ils ont besoin d’une reconnaissance pérenne. Mon petit soldat n’est autre que l’un de vos milliers de soldats qui bravent le danger au quotidien. Ils ont déjà la reconnaissance de la nation certes, mais, à quel prix ? Monsieur le Président, nous sommes certains de la conscience que vous avez de leur engagement, tant dans les services de réanimation, pour ceux qui sont déjà formés, que pour ceux qui accompagnent nos ainés dans les Ehpad ou les services de pneumologie ou encore de soins palliatifs. La généralisation de la rémunération des étudiants, qu’ils soient volontaires ou réquisitionnés serait légitime. Ces étudiants doivent être considérés comme des soldats à part entière dans ce contexte de mobilisation et de résistance nationale.

Monsieur le Président, sur les routes de France, de Bretagne, en Provence... partout, ils sont au combat. Mon petit soldat s’est levé, pour vous, pour nous, sans l’ombre d’un doute, il n’a pas déserté




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