ESI

« On t'appellera le stagiaire… »

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Formation en ifsi

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Sur son blog intitulé « Monsieur Piqûre - Futur Infirmier », ce jeune étudiant en soins infirmiers se raconte. « Entre stress et passion, j'ai eu envie de décrire mes ressentis durant la formation qui mènera au plus beau métier du monde ». Le texte présenté ici nous décrit l'ambiance de stage dans un service d'urgence… et l'urgence était justement de reparler de l'ambiance et de la dénoncer…  

étudiant en soins infirmiers

Sous prétexte qu'il y a beaucoup d'étudiants, cet étudiant va donc hériter d'un qualificatif « stagiaire » pour les deux prochains mois, c'est la meilleure…

Pris dans le tourbillon du manque de temps, voilà un moment que je n'avais pas alimenté mon blog. Et pourtant, j'en ai des choses à dire, si vous saviez… Et sur le sujet dont je vais vous parler aujourd'hui, j'en ai pas mal à raconter… Mon dernier stage, celui du semestre 3, s'est déroulé dans le service des urgences d'un hôpital. J'étais, et je suis toujours, ravi de faire (d'avoir fait) ce stage là, ça correspond à ce que je cherche dans le métier et je crois avoir trouvé ma future voie. Mais que ce fut dur, non pas au niveau théorie et pratique, mais au niveau « ambiance d'équipe ». Pour tout vous avouer, avant d'arriver là où je suis, je pensais que si on s'en prenait plein la tête en stage, c'est qu'on l'avait bien cherché. Mais croyez-moi, c'est faux.

Jour 1 - 8H30

J'ai pas dormi de la nuit. Comme avant chaque stage. Mais celui-là a une saveur particulière : il se déroule dans le service de mes rêves, les urgences. J'ai donc pris la peine d'arriver largement en avance. Je suis un paniqué des horaires et je retrouve un collègue et ami de ma promotion à l'entrée de l'hôpital. On décide de faire le tour de l'établissement avant de se présenter à l'accueil de notre service, on ne réalise pas, on a peur, mais on y est.
Allez, c'est parti… on se lance plein de sourires et de bonne volonté. Bonjour, on est étudiants infirmiers, on vient pour notre premier jour. Un infirmier se présente à nous, nous accompagne jusqu'aux vestiaires et nous amène dans le service. Bonjour, je suis (...) étudiant infirmier en 2ème année. Cette phrase, connue de tous les étudiants infirmiers, je la lance à travers l'office dans lequel l'équipe est en train de petit-déjeuner. C'est à ce moment très précis que j'ai compris que les dix semaines qui allaient suivre ne seraient pas aussi idylliques que ce que j'avais imaginé. Rien. Nada. Pas de réponse. Ou alors un salut lancé sans même un regard. Un étudiant de 3ème année se présente à moi et m'emmène dans le service : tu verras, le service est bien, mais l'équipe.... Prédiction confirmée, je crois que ça va être beaucoup moins sexy que ce que je pensais. La journée se passe et, après avoir fait deux ou trois photocopies (…), je rejoins l'équipe qui est cette fois en train de déjeuner. Dis, le stagiaire, tu peux aller faire un ECG en 2 ? s'exclame une infirmière diplômée. Une aide-soignante rétorque immédiatement que, par hasard, il est probable que je dispose d'un prénom. Ouais mais tu sais y'a trop de stagiaires alors j’apprends pas leur prénom et je les appelle comme ça, c'est plus facile. La douche froide… c'était pas un mythe, ça existe vraiment ! Sous prétexte qu'il y a beaucoup d'étudiants, je vais donc hériter d'un qualificatif pour les deux prochains mois, c'est la meilleure… Dans le service y'a beaucoup d'infirmier(e)s, il ne me semble pas que je t'appelle « truc » pour autant. Cette situation pose le cadre pour la suite du stage.

Dis, le stagiaire, tu peux aller faire un ECG en 2 ? » s'exclame une infirmière diplômée

Alors non, je demande pas que les professionnels fassent ami-ami avec les étudiants, mais il me semble que notre métier a pour but de maintenir la dignité humaine, et que la dignité, ça commence par reconnaître l'identité de l'autre. Et si vous saviez toutes les autres joyeusetés que j'ai connu dans ce service ! Les arrivées le matin, plein de motivation et d'amour pour ce que je fais, remballé par une absence de réponse à un simple « bonjour » souriant. Plus qu'une absence de réponse, même une absence de regard. Comme si vous n'étiez pas là, comme si vous n'existiez pas, comme si le fait de n'être « qu'un » étudiant signifie que vous n'êtes même plus un être humain. J'ai beaucoup réfléchi pendant ce stage, j'ai compris beaucoup de choses. Je suis redescendu de mon « pays des Bisounours » et j'ai vu. J'ai vu ce qu'on m'avait raconté, j'ai compris ce que c'était le manque d'humanité. Je suis pourtant motivé, je me tue à la tâche, je fais des recherches et je les réinvestie pendant mon poste. Mais non, ça n'a rien à voir, vous n'êtes « qu'un étudiant ».

J'ai quand même pris du recul, notamment grâce à mes collègues, avec qui on se serre les coudes, et on raconte nos mésaventures à l'institut. Mais vous comprenez, « on est tous passés par là ». Alors d'accord, sous prétexte que ça arrive souvent, on doit normaliser ces comportements ? Non. Je ne suis pas d'accord et je n'arriverai jamais à comprendre cette expression d'un complexe de supériorité, c'est ridicule et dénué de toute humanité. Il faut que les choses changent. Il faut que nous, futurs professionnels, on s'oppose à ce genre de comportements. Heureusement, ils n'étaient pas tous comme ça et certaines des infirmières du service, bien que paraissant froides au premier abord, m'ont accueilli comme il se doit.

Comme si vous n'étiez pas là, comme si vous n'existiez pas, comme si le fait de n'être « qu'un » étudiant signifie que vous n'êtes même plus un être humain.

Les stages nous permettent de voir quel professionnel nous voulons être et celui que nous ne voulons pas être. Moi, j'ai trouvé celui que je ne veux pas être. C'est l'énième article de blog sur ce sujet, mais ça ne doit pas être le dernier. Il faut que ça change.

Cet article a été publié le 15 février 2016 sur le blog « Monsieur piqûre – Futur infirmier » que nous remercions pour ce partage qui devrait, une fois encore, faire parler…

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Commentaires (12)

JEDYTE

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22 commentaires

#12

Phénomène courant

Moi aussi j'ai été victime de maltraitance dans trois stages. L'IFSI la savait, du moins pour un, puisque c'était récurrent et valable pour tous les stagiaires qui y passaient. Heureusement que la formatrice référente de ce stage était très compréhensive et à mon écoute... Je me rappelle qu'elle m'a dit de me faire arrêter si ça n'allait pas bien, et que l'IFSI était tout à fait au courant, mais manquant de lieux de stages pour accueillir leurs étudiants, ils ne pouvaient pas se permettre de lâcher ce lieu de stage qu'un autre IFSI aurait récupéré. Elle a rajouté que les équipes tournaient, changeaient et que nous arrivions à une mauvaise période mais que ça ne serait pas tout le temps comme ça.

Ben en attendant, j'ai du subir des humiliations, de la maltraitance et de la violence psychologique (de la part de futures collègues). C'était le prix qu'elles voulaient me faire payer pour valider le stage. J'ai payé le prix, elles m'ont mis 10/20.

Nonal86

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1 commentaires

#11

Et ça continue ..

Enième article peut être mais d'une importance capitale, je suis étudiante en 2ème année également, je viens de finir mon S3 par un stage qui aurait pu être parfait si l'équipe avait fait preuve d'un peu plus d'humanité également .. Bon, j'y 'ai appris beaucoup de choses mais je pense surtout avoir trouvé mon sujet de TFE, alors à tous ceux qui auront des expériences à partager concernant ce sujet, continuez de vous manifester ;)

Courage à tous mes futurs collègues, accrochez-vous et rappelez-vous régulièrement pourquoi vous faites cette formation ;)

cheikh list

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#10

beau comme un dieu

il est beau votre stagiaire en médaillon...il ne doit pas trop souffrir lui

cheikh list

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20 commentaires

#9

clémence

si vous portiez votre badge avec votre prénom inscrit dessus au feutre et en lettres capitales, ce ferait déjà un bon compromis.
j' exige de mes stagiaires de le faire dès le premier jour et je n'entends plus le surnom stagiaire.
je les accueille par un bonjour, un tour du service, une pause 3C café, clope, caca., 3/4h pause déjeuner + un départ du service 1/2h plus tôt et ils sont ravis.

Creol

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26 commentaires

#8

Ca me rappelle un de mes stages

J'ai vécu le même genre de stage dans le même service. Je n'ai jamais connu pire infirmière, aussi bien d'un point de vue pédagogique que d'un point de vue professionnelle. La C...e de service. Pourtant j'ai valider mon stage et obtenu mon diplôme.

Sur 500 000 soignants, forcément on ne peut pas s'entendre avec tout le monde et tout le monde ne peut pas s'entendre avec vous.
Pensez d'abord à votre diplôme, ces gens là ne méritent pas que vous vous attardiez sur eux.

estebanos

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#7

Enième article toujours utile

L'indignation est source de lutte et de progrès humain.
L'indignation est le premier pas vers la révolution.

ArtemisCroa

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#6

La dure réalité...

Je trouve l'article très bien écrit, et je revois un stage de chirurgie où je n'ai pas mangé une fois, où je n'avais pas le droit de me pauser parce que j'étais stagiaire, où je faisais des heures sup' à ne plus savoir quoi en faire tout ça pour se faire saquer au point de vouloir arrêter la formation. J'ai même entendu dans un autre stage "Moi j'ai pleuré pendant toute ma formation alors je vois pas pourquoi tu pleurerais pas toi aussi"...

Maintenant diplômé je suis bien content d'avoir tenu bon. Ce qui me questionne le plus c'est même pas vraiment l'équipe (parce que oui, j'ai aussi ma part de responsabilités, et parce que la quantité de travail peut être stressante, etc...) mais c'est plutôt les cadres et l'IFSI. Sachant très bien que 95% des stages se passent comme ca, pourquoi les cadres ne recadrent pas les équipes ? Pourquoi les IFSI continuent d'envoyer les étudiants dans ces stages ? Des fois je me demande si on leur demande pas de faire une "selection naturelle", pour qu'il ne reste que les "plus forts" mentalement.

Quoi qu'il en soit, accrochez vous les étudiants, ne perdez pas votre objectif de vue ni vos valeurs, ça en vaut vraiment le coup !

vanille64

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#5

et si vous changiez de refrain!!!!

pour expérimenter la proposition de Gandhi:

"soyez le changement que vous voulez pour le monde".

Accuser les autres de ne pas changer ...c’est vieux comme le monde.......et plutôt utilisé par les paresseux...qui se croient courageux....

loulic

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258 commentaires

#4

ça faisait longtemps ...

ça manquait.

Apoo

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#3

Origine du problème incomprise ?

"C'est la seule et unique fois où j'ai été accueillie comme ça, du coup je me suis sentie très vite à l'aise et le stage s'est hyper bien passé (alors qu'à la base ça ne me branchait absolument pas)"

Bonsoir collègue, ESI, je me permet de faire un petit Quote car je trouve ta phrase super intéressante !
Est-ce que là, encore une fois, dans les rendez-vous pédago on nous rétorque que c'est à nous de faire en sorte que ça ce passe bien, alors qu'on remarque bien, et ton message transpire de bon sens et de réalité, quand on est accueilli avec le sourire, tout ce passe tellement mieux !

Alors est-ce que là encore, on pourrai pas faire quelque chose, réveiller des équipes qui se complaisent peut être dans leurs routine et qui peuvent, en nous occultant sous prétexte que nous sommes trop nombreux (Comme eux avant à notre stade non ?) nous pouvons passer 5...10 semaines dans un malaise total.

à méditer.

En tout cas, bel article encore une fois.

Hazel

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#2

Triste et hélas trop souvent vrai...

Mon dernier stage en SSR était totalement dans le même trip que le tien aux urgences. Les gens ne répondaient même pas aux bonjours des stagiaires, ne se présentaient pas, et ne se rappelaient même pas de nous au bout d'1h. Mais c'était nous les impolies qui ne nous étions pas présentées !
Personne n'a pris la peine de nous présenter le service, ni de s'intéresser au porfolio ou à nos objectifs. On a dû insister pour voir ça en 5min sur un coin de table.
Quand je suis revenue sur ce lieu de stage, une semaine après l'avoir quitté, pour récupérer un livre, ma référente ne m'a même pas reconnue... "Ah oui, c'est vrai... Mais tu sais, on en voit passer tellement aussi..."

Quand l'an dernier je suis arrivée à la crèche pour mon stage, j'ai cru tomber de ma chaise : j'avais mon nom et ma photo, la directrice avait dégagé 1h30 pour m'accueillir, me présenter la structure et l'équipe, consulter mon portfolio, mes objectifs... C'est la seule et unique fois où j'ai été accueillie comme ça, du coup je me suis sentie très vite à l'aise et le stage s'est hyper bien passé (alors qu'à la base ça ne me branchait absolument pas).

infthomas

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6 commentaires

#1

Triste

Triste réalité semble-t-il pour les esis. Beaucoup me rapportent leur surprise quand je les accueille en stage parce que je fais ça avec le sourire et avec plaisir. Après tout on va passer les 5 ou 10 semaines qui suivent ensemble.
Courage à vous esis ! Tous les ide ne sont heureusement pas tous comme ça mais surtout une fois votre diplôme en poche n'oubliez pas d'accueillir vos futurs collègues de la meilleure façon qui soit