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Pour prendre soin de la qualité de vie des étudiants en santé

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Formation en ifsi

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Parce que les étudiants en santé représentent l'avenir de notre système de santé, leur qualité de vie et leur bien-être sont une préoccupation majeure des réformes des études de santé portées par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation et par le ministère des Solidarités et de la Santé. Frédérique Vidal et Agnès Buzyn se sont engagées sur cette question et ont lancé le 15 juillet dernier le Centre national d'appui à la qualité de vie des étudiants en santé. La finalité : est d'être une structure de ressource pour atteindre 15 engagements dont certaines mesures se sont déjà concrétisées et faire que les autres soient opérationnelles au plus vite. 

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Parce que les étudiants en santé représentent l'avenir de notre système de santé, leur qualité de vie et leur bien-être sont une préoccupation majeure des réformes menées aujourd'hui sur les études de santé.

Agnès Buzyn l'a souligné fermement : Il y a des situations alarmantes et proprement scandaleuses d’harcèlement, de sexisme et même de maltraitance, il ne faut pas avoir peur des mots ! Il faut donc briser les tabous, agir sur les auteurs et, de manière générale, former les encadrants. Parce que les étudiants en santé représentent l’avenir de notre système de santé, leur qualité de vie et leur bien-être sont une préoccupation majeure des réformes des études de santé.  Agnès Buzyn et Frédérique Vidal ont donc lancé officiellement le 15 juillet dernier le Centre national d'appui à la qualité de vie des étudiants en santé (QVES). Ce centre national regroupera l’ensemble des acteurs - représentants des étudiants en santé, représentants des enseignants, conférences, personnalités qualifiées… - de manière très opérationnelle autour de plusieurs thématiques de travail : formations, enquête annuelle, clip de prévention, aide au développement des structures de soutien… Pour les ministres, cette structure nationale assurera la mise en œuvre des engagements pris pour favoriser la qualité de vie des étudiants en santé à la lumière des évolutions des formations et des conditions d’exercices que nous portons au quotidien. Il est temps d’intervenir, pour les étudiants, pour les soignants, pour les patients. Nous comptons sur l’engagement de tous les acteurs, étudiants, enseignants et professionnels pour faire vivre cette structure avec un dynamisme pragmatique.

S'épanouir dans ses études, c'est souvent s'épanouir dans sa carrière et dans sa vie plus tard : indispensable pour les soignants de demain. Agnès Buzyn

Il y a eu un livre pour dénoncer et un rapport pour comprendre et oeuvrer...

souffrance étudiantsValérie Auslender, médecin généraliste attachée à Sciences Po, dans le cadre de sa thèse puis de son activité professionnelle, a découvert l'ampleur de cette souffrance quotidienne dont font l'objet les étudiants en santé et qui se joue au sein de l'institution médicale. En 2017, elle publie le livre "Omerta à l'hôpital", donnant alors la parole à nombre d'étudiants en santé qui ont vécu cette violence durant leur formation. Leurs témoignages édifiants portent une souffrance qui ne peut plus être niée. Toi la stagiaire qui ne sert à rien, viens ici ! Va torcher le cul de tes résidents, t'es bonne qu'à ça ! ; C'est de la merde. Ton travail c'est de la merde, tu ne sais pas travailler. Tu n'as rien à faire dans mon service… T'es pitoyable De toute façon, tu es tellement conne, débile, sale et tu n'as aucune conscience professionnelle que tu ne seras jamais aide-soignante... Les témoignages, plus édifiants les uns que les autres, brisent le tabou et le livre soulève émoi et colère des étudiants en formation et plus largement de la communauté soignante appelée à s'interroger et parfois aussi à se remettre en question. En effet, prendre conscience du problème de la maltraitance faites aux étudiants en santé, c'est déjà le régler en partie. Grâce à tous ces témoignants, l'omerta de la maltraitance, acceptée par le système, est rompue. En 2018, l'ouvrage est réédité en version enrichie de dessins "Omerta à l'hôpital illustré". Continuer à briser le silence, lutter contre ces maltraitances des étudiants en utilisant un autre outil – celui du dessin – pour transmettre le message, tel était l'objectif commun que se fixent Valérie Auslender et SoSkuld, ancienne aide-soignante et auteur du blog SoSkuld, la vie d'une aide-soignante.

Après avoir été alertées par les associations étudiantes et les services sociaux, au plus près du terrain, de certaines problématiques rencontrées, de souffrances, une mission est confiée au Dr Donata Marra, psychiatre de son état. L'objectif : "mieux comprendre pour mieux agir". Le rapport, particulièrement riche, réunissant analyse de la littérature, comparaisons internationales et entretiens de l’ensemble des acteurs est remis en avril 2018, à Agnès Buzyn et Frédérique Vidal. Le rapport comprend 12 recommandations qui ont servi de base à l'élaboration de 15 engagements. Il en effet clair que la "bonne santé" doit commencer dès la formation du futur soignant, dans les universités et les instituts de formation. Car, là aussi, il y a urgence. Urgence à écouter les étudiants en soins infirmiers, les internes en médecine, les étudiants en santé au sens global se plaindre de leurs difficultés : mauvais accueil en stage, encadrement insuffisant, tutorat défaillant, harcèlement moral, conditions d'apprentissage proches du bachottage sans place à l'humain, passerelles en cas d'échec inexistantes...Les ministres l'ont alors exprimé : n’ayons pas peur de le dire, ce rapport a confirmé l’ampleur des difficultés et l’urgence à agir pour le bien-être des étudiants en santé. Le défi est immense, il est collectif et la réponse doit être collective.

La Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi) rappellait dans le même temps que les faits de maltraitance à l'encontre des étudiants ne sont pas nouveaux. En 2014, leur enquête intitulée, "Je veux que ma voix compte", établissait un constat sans appel : 85% des étudiants en soins infirmiers considèrent leur formation comme violente, tant physiquement que psychologiquement. En septembre 2018, nouvelle piqûre de rappel sur le sujet fait par Raphaëlle Jean-Louis, jeune diplômée infirmière, qui raconte dans son ouvrage "Parole affranchie d'une étudiante infirmière" les affres de sa fin de formation en Ifsi. L'exercice littéraire se veut libérateur, pour toute personne confrontée à l'inacceptable. La finalité est sans appel : il ne faut jamais se taire ! En ce sens, l'ouvrage est, une fois encore, une puissante invitation à dire et à libérer la parole en santé

Les étudiants en santé sont l'avenir de notre système de santé, leur bien-être est essentiel. Frédérique Vidal

Les missions spécifiques du Centre national d'appui à la qualité de vie des étudiants en santé :

  • Proposer des formations et des recommandations visant à développer la qualité de vie des étudiants en santé à destination des formateurs, des responsables d’enseignement et des représentants des étudiants.
  • Favoriser et participer à la recherche dans les domaines de la qualité de vie des étudiants.
  • Contribuer à l’évaluation de l’impact des politiques d’enseignements et de leurs réformes sur la qualité de vie des étudiants en santé.
  • Accompagner et faire le lien entre des interventions menées dans toute la France sur la thématique de la qualité de vie des étudiants pour diffuser les bonnes pratiques et développer des synergies.

Une structure ressource pour atteindre 15 engagements pris

étudianteCette structure nationale assurera la mise en œuvre des engagements pris pour favoriser la qualité de vie des étudiants en santé à la lumière des évolutions des formations et des conditions d’exercices portées au quotidien. Certaines des 15 mesures identifiées par le rapport Marra comme des leviers de transformation des environnements, des organisations et des interventions de soutien, ont d'ores et déjà été mises en oeuvre ont rappelé les ministres. Les étudiants en santé disposent maintenant dans toutes les universités d'une structure d'accompagnement des victimes de violence.

Un autre engagement est pris pour rapprocher toutes les formations de l’université et assurer les mêmes droits à tous les étudiants en santé au plus tard à la rentrée 2019. Selon les ministres, le chantier de l’intégration universitaire des formations paramédicales est complexe et réunit de multiples acteurs. Et de rappeler que Stéphane Le Bouler a été nommé pour mener la concertation avec l’ensemble des parties prenantes et définir une feuille de route. Ainsi, depuis la rentrée 2018 donc, tous les étudiants ont été inscrits à l’université. Agnès Buzyn et Frédérique Vidal l'ont également souligné, un travail important a été fait pour améliorer l'accès à tous les étudiants en santé aux services de la vie étudiante. Celui-ci doit être poursuivi, en lien avec les CROUS et les collectivités territoriales, dans tous les territoires. L’objectif est que tous les étudiants des formations paramédicale accèdent à l’ensemble des services de la vie étudiante, vecteurs de bien-être et de réussite étudiante. Si l'on en croit les dernières informations relatées par la Fnesi, il y a encore du chemin à parcourir pour atteindre l'équité...

Ainsi, la question du bien-être des futurs soignants se voit intégrée aux réflexions concernant les chantiers de transformation des études en santé. Chaque filière en santé ayant ses spécificités, il faudra proposer des mesures communes qui pourront être adaptées à leurs particularités - Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) dans un communiqué en date du 15 juillet

D'autres parts, parmi les axes de ressources à mettre en oeuvre pour atteindre les engagements pris, il est question d'introduire un module transversal concernant les risques psycho-sociaux, la gestion du stress et les stratégies d'empowerment dans toutes les formations en santé. De la même façon, il est jugé prioritaire d'assurer l’évaluation systématique des lieux de stage par les étudiants, dans toutes les filières, et déclencher une procédure de réexamen de l’agrément ou des conventions en cas d’évaluation insatisfaisante mais aussi d'améliorer les conditions de travail en stage en termes de temps de travail, de respect du repos de sécurité, de formation pédagogique de tous les encadrants et d’amélioration des conditions d’accueil et d’hébergement. Autres mesures importantes : développer un module spécifique de formation des formateurs, nécessaire pour accéder aux fonctions de direction des instituts de formation et de coordonnateur de Diplôme d’Études Spécialisées, mais aussi, réaliser, en lien avec Santé publique France et les associations étudiantes, un clip pour aider les étudiants à détecter la souffrance psychique chez leurs collègues et à les accompagner vers des ressources. Cette mesure s’articulera avec le développement de la formation aux premiers secours en santé mentale prévue dans le plan national de santé publique.

Le Centre national d'appui (CNA) à la qualité de vie des étudiants en santé permettra de développer une expertise, de proposer des recommandations, de favoriser l'échange des bonnes pratiques et leur évaluation.

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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