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Près de 4 800 étudiants en soins infirmiers en situation d’exercice illégal de la profession infirmière durant la crise sanitaire ...

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Pratique avancée

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Les étudiants en soins infirmiers n'ont pas été épargnés durant la crise sanitaire. Fortement mobilisés alors qu'ils étaient encore en formation, ils ont vécu des situations éprouvantes à bien des titres, souvent isolés dans le feu de l'action, anxieux d'être infectés et de transmettre le virus à leurs proches. Envoyés "au front", mal protégés face au virus, parfois aussi en exercice illégal de la profession d'infirmier, sans parler du manque de valorisation financière, la souffrance a alors été au rendez-vous. Souffrance physique face à des conditions de travail très éprouvantes, souffrance psychologique devant des patients très sévèrement touchés et des décès "à la chaîne". Pour rendre compte de cet engagement et du lourd tribut payé par les ESI, la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi) publie les résultats d'une enquête intitulée "Crise du Covid-19 : pas de retour à la "normale" !"

infirmière covid19

Les résultats de cette enquête menée par la Fnesi en attestent et le constat reste irrévocable : la crise de la COVID19 a fortement impacté les étudiants en formation et leur mobilisation n’a pas été sans sacrifices...

Si la crise sanitaire, autant inédite qu'aiguë connue au printemps dernier est terminée, les blessures et autres stigmates qui en résultent chez le corps soignant sont, elles, encore bien présentes comme un rappel de ce qui a été et qui ne devrait plus l'être. Les étudiants en soins infirmiers l'ont eux aussi vécu dans leur chair et nous en avons largement témoigné tout au long de ces mois de peine. La Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi) apporte aujourd'hui une large contribution à l'analyse de la crise du Covid-19 en publiant les résultats d'une enquête minutieuse menée en ligne au sein de la communauté étudiante (ESI et étudiants infirmiers en pratique avancée EIPA)*.

La Fnesi rappelle en préambule son engagement de longue date à défendre les intérêts matériels et moraux des ESI. Elle souligne aussi comment, dans un esprit de solidarité nationale, elle a appelé, dès le 15 mars 2020, l'ensemble des ESI et des EIPA à soutenir, en toute sécurité, les professionnels de santé en mettant leurs compétences et leurs savoirs au profit de la population et des patients. Pour la Fnesi, si de nombreuses adaptations à cette situation inédite ont vu le jour, certaines avec succès, le constat reste irrévocable : la crise de la COVID19 a fortement impacté les étudiants en formation et leur mobilisation n’a pas été sans sacrifices : discontinuité pédagogique, insécurité au travail et durant les stages, sentiment d’abandon, manque de considération et de reconnaissance. Un panel de dérives et de facteurs qui illustrent, une fois encore, le manque de considération des étudiants en sciences infirmières par les ministères de tutelles.

Tantôt ESI, tantôt IDE, tantôt AS : une pression psychologique énorme, une fatigue mentale et physique jamais ressentie en stage avant le COVID19. Il faut que je tienne, un stress permanent, de l'adrénaline à en perdre le sommeil. Je n'arrive plus à manger, je suis dans l'incertitude constante et pour couronner le tout, je n'ai pas de tuteur. Mathilde ESI L2

Des étudiants infirmiers massivement mobilisés face aux besoins sanitaires

infirmiers covid 1985,2% des étudiants en soins infirmiers et en pratique avancée se sont en effet mobilisés dans les établissements de santé, soit 81 000 étudiants engagés auprès des patients pour assurer la continuité des soins en soutien aux professionnels de santé. Les étudiants en sciences infirmières incarnent ainsi la filière la plus mobilisée durant cette crise sanitaire exceptionnelle. Sur les 95 000 ESI & EIPA, ce sont 68,5% d’entre eux qui ont été impliqués sous couvert d’un stage, 9,3% sous forme de vacations, 7,7% rappelés par leur employeur et 14,5% restés confinés chez eux eux.

En termes d'affectations, plus d'un quart de ces étudiants ont été mobilisés en unités Covid, services de réanimation, soins intensifs ou d'urgences et près d'un tiers affectés en Ehpad, au plus près du risque de contamination. La Fnesi le rappelle, du 16 mars au 21 juin 2020, 65 000 étudiants en sciences infirmières ont été en stage, soit 18 000 de plus par rapport aux effectifs habituels ; une affectation démesurée en stage due au manque d’effectifs, poussant les établissements de santé à utiliser les ESI & EIPA. Ainsi, 40 000 étudiants ont subi un allongement ou une modification de leur période de stage dont près de la moitié est due à des besoins en personnel.

La Fnesi déplore que les deux notes d'instruction ministérielle1, 2, essentielles pour cadrer les modalités d'implication des étudiants, aient été publiées trop tardivement, 5 et 15 jours après le début de la fermeture des IFSI. Les responsables des centres hospitaliers ont pu ainsi abuser de leur autorité envers les étudiants, les réquisionnant alors qu'aucune mesure préfectorale obligatoire n'ait été entamée.

On a reçu des menaces de l'Ifsi : "lundi vous êtes réquisionnés, si vous ne répondez pas, cela sera compté comme un arrêt dez formation". Louise ESI L2

étudiants santéPour la Fnesi, il est clair que les étudiants en sciences infirmières ont été clairement "utilisés" comme remplaçants et ce, sous le couvert d’un stage. Masquer ces mobilisations comme étant des stages a permis aux établissements de santé de réaliser des économies considérables. Sous le prétexte de devoir assurer la continuité de formation, 33,7% des ESI en stage ont fait fonction d’Aide-Soignante (AS) et 50,3% des EIPA en stage ont été affectés sur des postes d’Infirmiers Diplômés d’Etat (IDE). Plus grave, 5% des ESI en stage ont été placés sur des postes infirmiers, soit près de 4 800 étudiants en situation d’exercice illégal de la profession infirmière. Quelle que soit la situation épidémique du pays, la Fnesi demeure fermement opposée à ce qu’un ESI puisse, de manière dérogatoire ou non, exercer le métier infirmier en toute autonomie sans diplôme : aucun semestre de formation ne doit être sacrifié ! Il en va de la sécurité du·de la patient· tout au long de son parcours de soins, engageant la responsabilité de l’étudiant et du professionnel l’encadrant.  Les ESI & EIPA doivent conserver leur statut d’étudiants en formation et ne pas endosser la totalité des responsabilités du métier sans jouir de garde-fou. Pour ce faire, la FNESI demande que soit rédigée par le Ministère des Solidarités et de la Santé, en concertation avec les fédérations étudiantes concernées, une feuille de route d’implication des étudiants en santé en situation de crise sanitaire.

La Fnesi alerte depuis des années les pouvoirs publics sur le travail dissimulé des ESI qui exercent la fonction d’aide-soignant sous couvert d’un stage, sans progression dans leur pratique infirmière. Durant la crise sanitaire, ces situations se sont généralisées et cette enquête les révèle au grand jour.

L'essentielle question de l'encadrement

étudiant mécontentLes affectations abusives effectuées par les établissements de santé ont forcé les étudiants en sciences infirmières à effectuer des soins auprès de nombreux patients fragilisés, sans encadrement d’un IDE. La Fnesi souligne que durant cette période aiguë, 41% des étudiants affectés en stage n’ont pas bénéficié de conditions d’encadrement adéquates, 44,1% se sont retrouvés sans tuteur et 23,1% sans bilan de fin de stage, pourtant tous deux indispensables à la réalisation et la validation d’un stage professionnalisant.

Rappelons que construire une réelle politique d’encadrement propre à chaque établissement d’accueil permet de favoriser l’acquisition et le développement de compétences de chaque étudiant. Il reste donc indispensable que les étudiants en sciences infirmières soient concertés, au même titre que tous les acteurs concernés, dans le cadre de la construction de cette politique de stage. Une voix décisionnaire doit leur être accordée  au sein des instances de gouvernance de l’hôpital public. La Fédération d'étudiants rappelle que cela implique également une valorisation des fonctions tutorales pour favoriser leur développement au sein des équipes de tous les établissements d’accueil. De fait, la Fnesi demande un aménagement du temps de travail et une valorisation salariale à hauteur de 300€ net/mois pour les tuteurs. Par manque d’anticipation et d’investissement, les établissements de santé relèguent au dernier plan son élaboration, mettant en danger non seulement les étudiants, mais aussi les patients accueillis. Et de rappeler que la Fnesi défend la mise en place d’une plateforme nationale d’évaluation systématique des stages à disposition des étudiants dont les objectifs sont d’identifier les terrains en difficulté et d’apporter des actions concrètes et adaptées en centralisant sur un seul outil des ressources d’évaluation dont les critères sont uniformisés entre les terrains de stage.

Alors que les IFSI perdent en moyenne 25% de leurs étudiants entre l'entrée en formation et la diplomation (une perte qui intervient essentiellement lors des stages), les pouvoirs publics doivent se saisir de cette réalité. Dans un pays où le système de santé manque cruellement de personnel infirmier, l'adage "investir dans la formation, c'est investir dans l'avenir", devraient les éclairer, souligne la Fédération d'étudiants.

En pleine crise sanitaire, 63% des ESI & EIPA se disent en situation de stress suite au manque d’encadrement subi sur le terrain et 62% ne sont pas ou pas du tout satisfaits de leur stage. Un encadrement incomplet et un accueil défaillant des étudiants ont donc des conséquences directes sur l’état de santé des étudiants.

Un fort sentiment d'insécurité...

masque et gantsAutre élément qui a suscité bien des angoisses : la pénurie d'Equipements de Protection Individuelle (EPI) au sein des établissemlenst de santé. Les étudiants (ESI et EIPA), tout comme tout autre personnel, n'ont pas été épargnés. L'enquête le révèle : parmi les 81 000 étudiants mobilisés durant la crise, un étudiant sur deux dit avoir subi cette pénurie de matériel : 36,5% ont manqué de masques et 31,2% de surblouses. Ce manque d’EPI, précise la Fnesi, est d’autant plus présent chez les étudiants impliqués sous forme de stage (59,3%) que ceux engagés en tant que vacataires (46,1%) ou encore rappelés par leur employeur (40,4%). Pour la Fédération d'étudiants, le constat est donc clair : en période de pénurie de matériel, les établissements équipent en priorité leurs employés au détriment des étudiants accueillis en stage. Le maintien des stages dans ces conditions est dangereux pour la santé des étudiants qui sont confrontés aux mêmes risques que les professionnels de santé.

Ce manque d’EPI, lié aux affectations abusives, est responsable du fait que 10,9% des ESI & EIPA ont été atteints de la COVID-19. Au 21 juin 2020, les étudiants en sciences infirmières représentaient ainsi 6,5% de la population française atteinte.4 Ces chiffres alarmants témoignent également du manque de protection individuelle dans les établissements ainsi que de la surexposition aux patients atteints. En effet, 70% de ces étudiants en sciences infirmières atteints disent avoir manqué de matériel et 76,1% disent avoir été en contact avec des patients positifs.

La question, récurrente, de l'entretien des tenues professionnelles lors des stages est venue s'y rajouter. En effet, souligne la Fnesi, les ESI et les EIPA, par désengagement des établissements de santé, sont contraints d’acheter leurs tenues de stage et d’assurer leur entretien à domicile. Cela fait pourtant plusieurs années que diverses études3 alertent les établissements sur la capacité de transmission des tenues dans la propagation de micro-organismes infectieux. En pleine pandémie de la COVID-19, 53% des étudiants mobilisés ont donc été contraints d’entretenir leurs tenues professionnelles à leur domicile, mettant ainsi en danger la santé des patients. En l’absence de cadre juridique fiable et de moyens dans les établissements, c’est près de 43 000 ESI & EIPA qui ont favorisé une propagation du virus en ramenant chaque jour leurs tenues de stage à leur domicile.

A ce jour, la Fnesi déplore que le ministère des Solidarités et de la Santé n'ait pas souhaité se saisir de cet enjeu de santé publique. Elle demande donc pour la rentrée 2020 que l’entretien et la mise à disposition gratuite des tenues professionnelles soient garantis par tous les établissements d’accueil en stage, pour tous les ESI & EIPA. Cette mesure doit faire l’objet d’une inscription par voie réglementaire pour assurer une application uniforme sur l’ensemble du territoire.

J'ai contracté le Covid avec des complications importantes neurologiques et pulmonaires. Quand j'ai demandé des moyens de protection, la cadre de santé de mon lieu de stage a dit qu'on ne pourrait pas en bénéficier car nous étions étudiants et que l'objectif était de protéger leurs salariés. Nous avons tous été dans le même cas au niveau des étages. Léa, ESI L2

Un équilibre psychologique en souffrance...

soignants souffranceAutre enseignement livré par cette enquête : celui d'une forte souffrance psychique vécue par les étudiants. En effet, souligne la Fnesi, le risque constamment présent durant la mobilisation des étudiants en sciences infirmières auprès des patients a directement impacté leur équilibre psychologique. 38% des ESI & EIPA mobilisés disent avoir un état de santé mentale mauvais ou très mauvais et 65,2% estiment que celui-ci a évolué négativement pendant la crise. Ce mal-être est en corrélation avec les affectations massives en stage des étudiants puisque 50% d’entre eux se disent fatigués et stressés.

Conséquence de cette dégradation de l’état de santé mentale des étudiants, des comportements addictifs ont été observés : 31,3% des étudiants en sciences infirmières prennent des anxiolytiques, dont plus de la moitié disent avoir débuté un traitement durant la crise. Ce constat est d’autant plus marquant lorsque 70% d’entre eux confient être en période de stage lors des premières prises. De plus, la crise de la COVID-19 est marquée par l’augmentation de la consommation d’alcool pour 16,1% des ESI & EIPA, 60,8% d’entre eux étaient d’ailleurs en période de stage. Constat d'autant plus alarmant lorsque l'on sait que 80% des étudiants en soins infirmiers et en formation IPA ne bénéficient toujours pas d'un accès à un service de santé universitaire ! La Fnesi demande la création de centres de soins universitaires accessibles à tous quel que soit le lieu de formation.

Durant le confinement, 33% des étudiants se sont ainsi tournés vers des plateformes de soutien psychologique majoritairement privées : c’est la conséquence du désinvestissement des universités dans ces services de soins, encourageant ainsi la marchandisation du mal-être.

L'enseignement théorique au second plan

Dès le 16 mars 2020, les IFSI et les Universités, à l’instar de l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur, ont fermé leurs portes à l’accueil d’étudiants en présentiel. étudiants théorieAinsi, la continuité pédagogique devait être assurée à distance jusqu’à la fin de l’année universitaire via des outils numériques. L’arrêté relatif aux aménagements de la formation en soins infirmiers5 n’a été publié que tardivement, soit 40 jours avant la fin de l’année universitaire, illustrant les difficultés du ministère des Solidarités et de la Santé dans la gestion de la formation théorique des ESI. Ainsi, une étudiante sur deux n’a pas reçu de communication correcte sur les modalités d’aménagement de la formation de la part de son IFSI. La Fnesi souligne que la communication entre les IFSI et les étudiants a souvent été difficile, voire inexistante, entraînant une perte de confiance des ESI envers leurs équipes pédagogiques et même un sentiment d’abandon conduisant à une perte de sens de la formation. Un tiers des étudiants ayant passé des partiels au cours de la crise affirment ne pas avoir eu de temps d’explication en amont accentuant le risque de décrochage.

Par manque d’équipement et de contenu numérique existant, 28,9% des ESI & EIPA témoignent ne pas avoir eu accès à un contenu d’enseignement à distance durant la crise. Ce nombre alarmant d'étudiants questionne sur la capacité des établissements à assurer correctement la formation en distanciel des étudiants en sciences infirmières dont ils ont la responsabilité. Par nécessité d’assurer la continuité pédagogique auprès de 95 000 futurs professionnels de santé, la Fnesi demande à ce que dès la rentrée de septembre 2020, un développement massif du numérique soit amorcé pour l’ensemble des formations en sciences infirmières ainsi qu'une acquisition des compétences des formateurs sur les outils numériques. Demande liée, la réingénierie de la formation des cadres de santé doit être une priorité que les ministères de tutelle doivent se fixer. Cette formation doit être désormais assurée en totalité par l’université avec l’obtention d’un diplôme national de master.

Pour la Fédération d'étudiants, ces aménagements réglementaires dénotent également des limites de notre référentiel de formation datant de 2009, trop rigide et donc peu adaptable aux contraintes de la crise. C’est pourquoi nous réaffirmons auprès des ministères de tutelle notre volonté d'amorcer une refonte du référentiel de formation afin que nos études répondent aux enjeux de santé de demain.

Cette crise a vraiment chamboulé mon quotidien, déjà au niveau de l'Ifsi on a tout de suite vu que les formateurs et l'administration ne savaient pas et pouvaient rien faire. Aucune connaissance vis-à-vis des plateformes numériques, ne sachant même pas ce qu'est l'ENT (Espace Numérique de Travail) ou Google Drive. Tom, ESI L3

Un engagement des étudiants non reconnu et des attentes, encore et toujours...

fragilePendant trois mois, ce sont 65 000 étudiants que les établissements de santé n’ont pas eu à rémunérer du fait de leur statut d’étudiants ; 65 000 étudiants aux compétences reconnues à seulement 0,80 €/heure6. Au lendemain de cette crise sanitaire qui a révélé aux yeux du grand public le rôle essentiel des étudiants en sciences infirmières dans le système de santé, la Fnesi demande que l’engagement des ESI soit reconnu sur le long terme par une revalorisation du montant des indemnités de stage. Et ce n'est pas ce qui a été promis par le Gouvernement suite au Ségur de la Santé qui remercie 50% des étudiants les plus mobilisés durant la crise avec seulement 20 centimes de plus de l'heure, aboutissant ainsi à une indemnité hotaire de 1€, qui va contenter les ESI. Face à l’effort collectif, la pénibilité subie et la responsabilité encourue, la Fnesi ne pourra accepter que les indemnités de stage soient inférieure à 15% du plafond horaire de la sécurité sociale, soit 3,90€ de l’heure quelle que soit la durée du stage. La Fnesi qui demande également que l’engagement des EIPA soit reconnu sur le long terme par la création d’indemnités de stage.

Autre effet collataléral de la crise sanitaire, le confinement et la mise en place d’outils numériques nécessaires pour assurer la continuité pédagogique a également renforcé la précarité des ESI & EIPA. L'enquête révèle que près d’un tiers d’entre eux a eu des difficultés financières durant la crise et 57% estiment que la pandémie en a été l’élément déclencheur. Le bouleversement des modes de vie dû à la crise a entraîné des dépenses imprévues : 40% des étudiants en sciences infirmières ont dépensé plus de 500 € durant la crise pour l’achat de matériel informatique. Pour 20% des ESI et EIPA, ces difficultés financières vécues ont entraîné l’impossibilité d’avoir une connexion internet ou un ordinateur alors même que l’ensemble des supports pédagogiques sont uniquement dispensés via des plateformes numériques. La Fnesi demande à ce que les ESI, au même titre que les EIPA, aient accès à des aides financières pour l’achat d’outils ou d’équipements numériques. Si des aides "exceptionnelles" ont été attribués aux étudiants par les Régions, la Fnesi souligne des critères d'éligibilité différents selon les territoires, de 1000 à plus de 2000 €...

Au 21 juin 2020, soit plus de 3 mois après les premières annonces des Régions, 56,4% des ESI & EIPA estiment cependant ne pas avoir vu leurs indemnités revalorisées, signifiant qu’aucun versement n'a été perçu sur les comptes bancaires. Encore aujourd’hui les ESI n’ont perçu qu’une partie des primes promises. Alors que le coût de la rentrée pour la filière infirmière s'élève à quelque 2680 €7, ces aides des régions promise doivent être versées. De plus, s'indigne la Fnesi, aucun ESI en promotion professionnelle mobilisé en stage n’a perçu de valorisation de son engagement puisqu’il n’était pas éligible aux aides versées par les Régions ainsi que la prime gouvernementale. Enfin, les EIPA en formation initiale ainsi que l’ensemble des étudiants en promotion professionnelle mobilisés en stage n’ont perçu aucune valorisation financière de leur engagement

En conclusion, la Fnesi souligne que malgré les nombreuses mobilisations et alertes, il aura fallu une pandémie pour que les irrégularités qu'elle dénonce depuis sa création soient dévoilées aux yeux du grand public. Inscrite dans l’Année Mondiale dédiée au personnel infirmier par l'Organisation mondiale de la Santé, les résultats de cette enquête viennent remettre à l’ordre du jour la nécessité des négociations avec les pouvoirs publics concernant la qualité de formation des ESI et EIPA tout au long de leurs années d’études afin de répondre aux besoins cruciaux d’une profession en manque d’attractivité. Les applaudissements n’auront pas suffi aux étudiants en sciences infirmières pour combler leur besoin de reconnaissance. Après une mobilisation risquée de longue durée, ils attendent encore et toujours des actions concrètes fortes.

Au total, durant cette crise sanitaire, c’est 13 871 étudiants en sciences infirmières dont l’utilisation gratuite a été cautionnée par les pouvoirs publics.

*Enquête Fnesi 2020 "Crise du Covid-19 : pas de retour à la "normale" !" menée via la plateforme WEPI (Web EPIdémiologie) du 14 mai au 21 juin 2020. Au total, cette enquête a recueilli 15 235 réponses exploitables et 4 301 témoignages. Des réponses ont été obtenue dans la totalité des 326 IFSI et 22 des 30 Universités de France. Toutes les régions sont représentées parmi les réponses obtenues. Sur les 15 235 réponses, 15 091 sont des ESI et 144 des EIPA. Ainsi, plus de 16,2% des 94 000 ESI et plus de 16% des 900 EIPA ont pu s'exprimer. L'âge des répondants s'étend de 16 à 58 ans, avec une moyenne de 23,7 ans (89% sont des femmes, 10, 6% des hommes). La répartition est homogène entre les différentes promotions de L1 à L3 et le nombre de Master 1 est deux fois supérieur (70,3%) au nombre de Master 2 (29,7%).

Notes

  1.  Instruction interministérielle du 16 mars 2020 relative aux aménagements des modalités de formation des étudiants en santé. Bulletin Officiel. 18 mars 2020.
  2. Instruction relative à la mobilisation et à l’indemnisation des professionnels de santé dans le cadre de l’épidémie de coronavirus (covid-19) du 29 mars 2020. Bulletin Officiel. 30 mars 2020
  3. Actualisation des précautions standard. Hygiènes. Volume XXV, n°hors série, juin 2017. sf2h.net
  4. Informations Coronavirus. 21 juin 2020. gouvernement.fr
  5. Arrêté du 29 mai 2020 relatif aux aménagements de la formation en soins infirmiers et aux modalités de délivrance du diplôme d'Etat d'infirmier dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus covid-19. Journal officiel n°0135 texte n°21, 3 juin 2020.
  6. Arrêté du 31 juillet 2009 relatif au diplôme d'Etat d'infirmier. Journal officiel.
  7. Indicateur du coût de la rentrée d’une ESI. Dossier de presse Fnesi, 2020. 

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (3)

test112408

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10 commentaires

#3

Les ESI sont le reflet de la profession (Question : Où va l'argent ?)

Bonjour

J'ai souhaité réagir, suite à la lecture de cet article. Pour commencer, dans beaucoup de professions (restauration / BTP), les apprentis sont souvent traités à la "dure" pour que le métier "rentre" (suffit d'aller faire un tour dans des écoles hôtelières, ayant eu la chance d'aller manger dans des restaurants rattachés à l'école dans le cadre d'un recrutement d'un cuisinier en situation de handicap, ça rigole pas et c'est très militaire !)

Néanmoins, tout ne se justifie pas ! N'étant pas du métier, et ayant un regard "extérieur" sur votre profession, je n'arrive pas à concevoir comment un établissement de santé peut-il laisser aux ESI le soin de nettoyer chez eux leurs propres vêtements de travail (et j'imagine, ça doit être la même chose pour les étudiants kinés/AS/sages-femmes etc ?)

N'y a t-il pas un risque de transmission de germes/microbes etc ?
Oh, j'imagine que certains établissements s'en contrefichent totalement quand on voit la manière dont sont traités les professionnels de santé diplômés et en exercice. (pour rappel, beaucoup de médecins ont démissionné "administrativement" en janvier 2020 // changement de carrière d'IDE au bout de quelques années d'exercice)

Dans ces conditions, malheureusement, pas étonnant que les ESI trinquent et travaillent dans de mauvaises conditions ! Ils sont à l'image du reste de la profession ! Et à la fin, ce sont les patients qui en payent le prix au sein du "meilleur système de santé au monde " ! (ps : remarque ironique)

Il y a un très gros problème dans l'utilisation du budget de la Sécurité Sociale (je rappelle le montant total : 200 MILLIARDS D'EUROS pour l'ONDAM en 2020). Comment est utilisé cet argent ? C'est la seule question qui mérite d'être posée concernant les questions de travail des soignants. OU VA L'ARGENT ?! )

jmgallego29

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5 commentaires

#2

Alors?

Aucun commentaire, aucun débat...
Qu’est-ce qu’il arrive aux infirmiers ici?
Vous n’aimez pas parler de votre métier?
Vous attendez que ça se passe sans vous?

jmgallego29

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5 commentaires

#1

Et vous attendiez quoi?

Je trouve cela dégueulasse de la part des IFMS d’avoir agit comme décrit dans l’article.
Je trouve aussi dégueulasse de la part des Cadres de Santé de proximité d’avoir cautionné avec cette « solution ».
Aussi dégueulasse de la part des DRH et DSI d’avoir donné des instructions dans ce sens.
Mais, vous vous attendiez à quoi? Sérieux.
Des hôpitaux en souffrance depuis des années , en service minimum en continu. Politique d’embauche inexistante et assurée par ces mêmes incompétents qui ne font que dévaloriser notre métier.
Une politique de formation dont on attend encore une véritable re ingénierie. Une formation au rabais où les IFSIs sont devenus des usines à diplômes et pas de centres de formation de professionnels. Des formateurs en majorité très formés en pédagogie et jamais assez en infirmerie.
Avec des directions dont l’intérêt ultime c’est de justifier des budgets et produire, produire et encore produire. On ne parle pas de qualité, mais de quantité.
Un vrai concours d’entrée sur de connaissances s’impose à l’entrée à la formation.
Pour les étudiants et pour les « formateurs » qui envoient chercher des informations sur internet après avoir passé un DVD créé par d’autres et dont ils n’ont rien compris.
On oublie que nous sommes les garants de notre métier, mais c’est apparemment plus simple de laisser l’affaire dans d’autres mains.
Une séparation financière des régions avec des bourses directes aux étudiants dont ils devraient justifier la nécessité et la vrai réussite de leur formation, avec un engagement à moyen terme avec ceux qui, à travers leurs impôts ont permis leur formation.
La réussite de la formation ne doit pas être l’obtention d’un diplôme, mais l’acquisition des compétences et connaissances sérieuses et scientifiques.
Eh, oui messieurs et mesdames, l’infirmerie est une science, pas une débauché d’emploi.
Je vous rappelle que les accords de Bologne existent a pétition du ministre de la santé français à l’époque.
J’ouvre le débat