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Service sanitaire : une bonne initiative mais des améliorations à apporter…

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Lors des rencontres de Santé publique France qui se déroulaient du 4 au 6 juin, une séance a abordé le service sanitaire des étudiants en santéet surtout les premiers retours d’expérience. Au niveau national, les données ne sont, pour le moment, pas représentatives, mais peuvent déjà donner une idée sur les potentielles améliorations à apporter. D’ailleurs l’ARS de Nouvelle-Aquitaine a demandé une évaluation de cette réforme, un bilan difficile au vu des circonstances.

Le service sanitaire a été lancé à la rentrée 2018 pour les étudiants en santé. Si tous saluent l’initiative, tout n’est pas encore au point…

Une instruction interministérielle prévoit une enquête tous les trimestres sur le service sanitaire des étudiants en santé, une des réformes de « Ma Santé 2022 » déjà mise en application cette année. La dernière enquête Solen a été réalisée le 31 mars 2019 et la prochaine est prévue pour le 31 juin. Cela permet de faire le point sur l’organisation et la préparation des dispositifs de stage. Ces premières données ont dénombré 7300 lieux d’accueils dont 64% étaient des établissements scolaires, 12% des établissements médico-sociaux (ESMS) et 6% des structures de prévention ou de dépistage.

Les étudiants en santé n’étaient que 23% à certifier avoir bénéficié des indemnités kilométriques

Retour d’expérience des étudiants

Afin de recouper les informations, une deuxième enquête de retour d’expérience est en cours. En effet, les étudiants sont censés, à la fin de leur stage, répondre à un questionnaire type. Toutefois, pour l’instant, il n’y a eu que 3092 saisies (alors que 47 000 étudiants sont concernés). Par ailleurs, 83% des répondants s’avèrent être des étudiants en soins infirmiers. Or, d’après les résultats, seulement un quart des stagiaires ont réalisé le temps réglementaire imputé au service sanitaire. En effet, celui-ci représente 60 demi-journées, dont la moitié est consacrée aux actions de terrain et pourtant 41% des sondés affirment n’avoir effectué qu’entre 10 et 20 demi-journées d’actions.

En ce qui concerne les lieux d’accueil, les statistiques sont similaires à l’étude Solen : 64% étaient des établissements scolaires et 10% des établissements médico-sociaux. La distance moyenne pour rejoindre le lieu d’accueil était de 22 km aller-retour en moyenne, or les étudiants n’étaient que 23% à certifier avoir bénéficié des indemnités kilométriques promises.

Au niveau des thématiques abordées, le contrat est rempli car deux tiers des actions menées ont bel et bien privilégié les enjeux prioritaires de prévention en santé tels que l'alimentation, l'activité physique, les addictions et la santé sexuelle comme le précisait le décret du 13 juin 2018. L’hygiène était également un sujet évoqué à plusieurs reprises (9 % des actions). En revanche, la vaccination semble avoir été relativement peu mentionnée.

Au vu de ces résultats certaines personnes ont tenu à intervenir, notamment concernant les questionnaires qui pourraient largement être améliorés afin de permettre un meilleur taux de réponses. En effet, ils ne sont pas anonymes, ce qui peut potentiellement représenter un frein. Fait étrange, on demande aux étudiants de renseigner le numéro de SIRET de l’établissement d’accueil, une autre question susceptible de bloquer les répondants.

Rappelons que l’instauration d’un service sanitaire pour tous les étudiants en santé (médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique, soins infirmiers et masseur-kinésithérapeute) s’inscrit dans le cadre de la stratégie nationale de santé dont le premier axe est de mettre en place une politique de prévention et de promotion de la santé.

Des opérations de sensibilisation qui méritent d’être évaluées sérieusement

De son côté l’Agence Régionale de Santé de Nouvelle Aquitaine a demandé à ce qu’une étude soit réalisée pour juger de l’efficacité du service sanitaire via la plateforme Cassiopée. Or, le service sanitaire est une innovation organisationnelle encore jamais évaluée qui a été mise en application, sans études de faisabilité, ni d’acceptabilité, ni en cohérence avec ce qui était déjà en place, souligne Aurélia Bureau de l’université de Bordeaux en charge des travaux. Actuellement, il est également difficile d’estimer l’efficacité du dispositif : il n’y a pas de groupe contrôle, le service sanitaire n’a pas été expérimenté avant et a été immédiatement mis en place partout. En outre, son impact est peu prévisible au vu du contexte : grande hétérogénéité des formations proposées, des lieux de stage, des thématiques abordées et surtout un très grand nombre d’acteurs impliqués.

Ainsi, le plus adéquat était de réaliser une étude exploratoire reposant sur trois phases : comment le service sanitaire était-il vécu pour les parties prenantes (étudiants comme formateurs, tuteurs de stages et bénéficiaires), comment a-t-il été réalisé, et qu’a-t-il apporté aux différents bénéficiaires ? Le but étant, après analyse, d’optimiser au mieux le dispositif.

Les premiers éléments recueillis suggèrent malheureusement que les premiers pas de cette réforme sont fragiles. Aurélia Bureau a noté beaucoup d’actions ponctuelles basées sur la transmission de connaissances, peu de choses sur le savoir-faire ou le savoir être malgré les tentatives des étudiants. Or, on sait que le fait de juste savoir est très insuffisant pour changer les comportements. Par exemple, j’ai suivi un atelier de 2 heures sur la gestion du stress. C’est assez limité, estime Aurélia Bureau. Plus problématique, les sources utilisées par les étudiants n’étaient quelquefois pas fiables et on en arrive ainsi à des recommandations erronées. Un atelier avec des élèves de 6e sur le petit-déjeuner proposait un repas riche en protéines sans féculent. Les étudiants s’étaient basés sur un site de body-building. Enfin, malgré beaucoup de bonne volonté encore, un manque significatif d’encadrement a été observé. J’ai vu des ateliers qui se déroulaient sans référent ou avec des référents non formés aux bonnes pratiques.

Ces données sont décourageantes car des interventions de prévention mal conduites peuvent, non seulement s’avérer inefficaces, mais peuvent également être contre-productives favorisant des comportements inappropriés. Si ce dispositif innovant a été mis en place rapidement à partir de zéro, son application repose sur le système D avec parfois des réussites et parfois moins. Pour être efficace dans la durée, il va falloir mieux l’encadrer car les bonnes intentions ne suffisent pas toujours, surtout en matière de prévention.

Les agences régionales de santé co-président, avec les recteurs d’académie, le comité régional du service sanitaire pour la mise en oeuvre et le pilotage.

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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