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L'universitarisation des formations de santé actée pour 2018/2019

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Formation en ifsi

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Universitarisation… le mot certes difficilement prononçable continue de faire son chemin dans le domaine des formations de santé. En septembre dernier, les ministères en charge de la santé et de l'enseignement supérieur avait lancé une mission de concertation afin que l'universitarisation puisse devenir opérationnelle dans toutes les formations et sur l'ensemble du territoire à compter des rentrées 2018 et 2019. Le 15 mars, Stéphane Le Bouler a rendu son rapport et Agnès Buzyn et Frédérique Vidal ont mis en place le comité de suivi de ce processus qui se veut très ambitieux. Voici ce qu'il faut en retenir.

Agnès Buzyn, stéphane Le Bouler, Frédérique Vidal

Les trois protagonistes d’une réforme attendue sur l'universitarisation des formations en santé avec, de gauche à droite, Stéphane Le Bouler, Fréderique Vidal et Agnès Buzyn. 

Le chantier de l’intégration universitaire des formations de santé est complexe, les parties prenantes nombreuses et, comme l'ont rappelé Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, le processus d’universitarisation n’a pas progressé de façon linéaire depuis dix ans. Cependant, aujourd'hui, il est définitivement « en marche » avec des objectifs clairs et affirmés. Les professionnels de santé représentent 1,9 millions de personnes, soit 7 % des actifs et tiennent un rôle essentiel dans une société solidaire. La qualité de leur formation est un enjeu pour le système de santé de demain. Ils doivent donc acquérir les compétences nécessaires à l’exercice interprofessionnel, en modifiant en profondeur une organisation aujourd’hui en silos. L'universitarisation de leurs formations doit en effet permettre aux étudiants en santé d'apprendre à coopérer dès les bancs de l’université en bénéficiant des mêmes droits et des mêmes services que les étudiants inscrits dans un cursus LMD. Une évolution jugée « cruciale ». Le défi proposé est que demain, médecin, pharmacien, kinésithérapeute, et audioprothésiste coopèrent davantage autour d’un patient âgé présentant des difficultés motrices et auditives, que infirmiers, sages-femmes ou ergothérapeutes produisent des connaissances nécessaires à la réduction des inégalités de santé ou à une société inclusive, et que tous ceux qui se forment aux métiers de la santé soient pleinement des étudiants avec ce que cet âge de la vie comporte de liberté, de rencontres et d’opportunités de définir son propre chemin.   

Le Gouvernement, avec les acteurs de la santé, souhaite impulser une nouvelle dynamique pour que l’universitarisation puisse devenir opérationnelle dans toutes les formations, sur l’ensemble du territoire, à compter des rentrées 2018 et 2019.

Un modèle d' intégration universitaire qui doit garantir la qualité des soins

Les seules formations paramédicales et de maïeutique concernent près de 150 000 étudiants et constituent un secteur d’activité majeur pour notre pays. Stéphane Le Bouler a donc relancé la concertation avec l’ensemble des acteurs, étudiants, formateurs, universités, professionnels, collectivités territoriales – une centaine d'entretiens en 5 mois - afin de pouvoir préciser les étapes de l’intégration à l’université de ces formations à court terme. Ces évolutions attendues n’ont rien de spécifique à notre pays. Comme le souligne le rapport, l’on trouve des programmes doctoraux en maïeutique ou en soins infirmiers dans de nombreux pays d’Europe ou d’Amérique du Nord. Elles sont freinées en France par le morcellement du paysage de la formation.

Et de rappeler, à titre d'exemple que les formations du soin (infirmier, infirmier puériculteur, infirmier de bloc opératoire, infirmier anesthésiste), les cadres de santé, mais aussi certaines formations de réadaptation (kinésithérapeute, ergothérapeute, psychomotricien, pédicure-podologue) sont aujourd'hui très majoritairement organisées dans des instituts de formation, publics - alors le plus souvent rattachés à des hôpitaux sous forme d’écoles hospitalières – ou privés ; des formations qui conduisent à des diplômes d’Etat (ou à des certificats de capacité), pour certains reconnus comme des grades de licence (IDE) ou de master (IADE). Question associée : quel calendrier pour la relance des travaux de réingénierie et l'actualisation des référentiels de formation attendue ?

Autre constatation d'importance, plus que d’autres filières d’études, nombre de ces formations participent au rôle d’ascenseur social de l’enseignement supérieur, recrutant des étudiants en provenance de tous les milieux sociaux, titulaires de baccalauréats généraux, technologiques ou professionnels, en formation initiale ou en promotion professionnelle. Enfin, ces formations sont professionnalisantes : elles articulent étroitement temps de stage et temps de formation et font une large place à l’évaluation des compétences. Pour le rapporteur, ces caractéristiques, garantes de la qualité des soins pour la population, doivent être préservées et même consolidées, dans le cadre de l’intégration universitaire.

La coopération entre professionnels doit naître dès la formation et la construction de métiers « intermédiaires » doit répondre aux besoins du système de santé

Pour les deux ministères concernés, le temps d’une action gouvernementale résolue, permettant de lever les freins qui subsistent et de transformer réellement ces formations est maintenant venu. Nous ne pouvons plus attendre et c’est pour cela que nous avons voulu fixer une méthode et des objectifs. La méthode repose sur un diagnostic partagé de ce qui aujourd’hui fonctionne et doit être préservé, particulièrement l’ancrage territorial de ces formations, la diversité des publics y accédant, et leur caractère professionnel, mais aussi sur le respect et le dialogue avec tous les partenaires. Le comité de suivi installé le 14 mars se réunira donc sous la présidence de Stéphane Le Bouler, mensuellement, et ce jusqu’en septembre 2018. Des groupes de travail spécifiques proposeront des solutions à chacune des questions identifiées.

Les cinq premières priorités

Agnès Buzyn et Frédérique Vidal ont rappelé qu'il était indispensable d'avancer « pas à pas ». Riche du travail réalisé par Stéphane Le Bouler qui montre la grande convergence des différents acteurs et permet d'articuler les évolutions nécessaires autour de 4 axes - interprofessionnalité, développement de la recherche, parcours étudiant, ancrage territorial -  5 objectifs prioritaires ont été défini et doivent être atteints par un premier travail de concertation et d’expertise. Ensuite, de façon pragmatique mais résolue, nous définirons avec toutes les parties prenantes les cinq suivants.

Voici les cinq premières priorités :

  • la simplification des modalités d’admission dans les formations ;
  • la possibilité de recruter des enseignants-chercheurs en maïeutique, soins infirmiers, et réadaptation ;
  • l’établissement d’un cadre national simplifiant les relations institutionnelles et financières entre régions, instituts de formation et universités ;
  • la mise en oeuvre de formations aux nouveaux métiers en débutant par la pratique avancée des infirmiers dès la rentrée 2018 ;
  • et enfin la reprise d’une réflexion sur les référentiels incluant des temps de formation communs à plusieurs filières comme cela va se faire dans le cadre du service sanitaire.

Des universités ont été pionnières à travers leurs masters en pratique avancée, il s'agit aujourd'hui de bâtir à l'échelle nationale l'offre de formation intermédiaire qui permettra de répondre aux besoins de santé.

Soulignons que les objectifs opérationnels sur comment « promouvoir la recherche » sont particulièrement explicites et porteurs de belles perspectives pour la profession infirmière. Si l’on veut constituer un panel d’enseignants-chercheurs issus des filières paramédicales et de maïeutique apte à prendre en charge les projets de recherche et à contribuer au management des formations, il convient d’ouvrir des voies de qualification dans trois filières : la maïeutique, les sciences infirmières, les sciences de la réadaptation ; des recrutements qui se feront dans la durée, d’où l’importance de travailler aussi les rôles respectifs des enseignants-chercheurs et des cadres formateurs actuels, dont l’expertise pédagogique est un atout pour ces formations.

Se dessine donc la fin du concours infirmier, tout du moins l'épreuve écrite. Il paraît évident qu'un oral d'admission « de motivation » est souhaitable et resterait dédié aux Ifsi…   

Concours infirmier ? LA question que l'on se pose

L'un des objectifs poursuivi par le processus d'universitarisation est de simplifier le recrutement, aujourd'hui très disparate, dans les filières de formations paramédicales. En effet, souligne le rapporteur, on y accède via une première année universitaire ou non, après un temps de préparation ou non, sur concours ou sur dossier. Parfois pour une même profession, les modalités varient.

La question de l’admission dans les IFSI est dès lors, clairement posée. L’insertion sur Parcoursup des formations des Instituts de Formation en Soins Infirmiers permettra leur meilleure visibilité par les lycéens. Une réflexion sur l’évolution des modalités d’admission permettant d’améliorer l’efficience du processus, d’en réduire les coûts pour les étudiants, et de centrer le processus sur des compétences pertinentes pour l’exercice des métiers, sera conduite avec toutes les parties prenantes. Le calendrier est acté : 14 mars 2018 : constitution du groupe de travail ; année universitaire 18/19 : inscription des lycéens souhaitant une orientation en IFSI sur Parcoursup ; septembre 2018 : aboutissement de la concertation concernant les modalités d'admission 2019. Cependant, une année de transition est notamment prévue avec possibilité de passer le concours pour les personnes ayant suivi une préparation au concours pendant l'année 2018-2019 ou de passer par Parcoursup.

Pour Stéphane Le Bouler, il conviendra donc d’organiser les procédures de façon à préserver les différentes voies de recrutement vers la profession infirmière : la voie post-bac (opportunément délestée de l’année de préparation au concours), la voie de réorientation en cours d’études et la voie de la formation continue (dont on a dit toute l’importance pour la filière). Se dessine donc la fin du concours infirmier, tout du moins l'épreuve écrite. Il paraît évident qu'un oral d'admission « de motivation » est souhaitable et resterait dédié aux Ifsi… Il s'agit en effet d'accueillir des étudiants ayant une forte motivation pour le métier infirmier. Reste la question du numerus clausus, défini chaque année en juin par décret et qui fixe le nombre d'étudiants en soins infirmiers à admettre en 1ere année de formation… La Drees recensait, en 2015, quelque 186 000 candidatures pour un potentiel d'environ 31 000 places en Ifsi. Le rapporteur le souligne, nous ne connaissons pas le nombre de personnes qui se présentent au concours, puisqu’elles peuvent se présenter dans plusieurs IFSI. Le taux de sélectivité n’est donc pas connu mais il est à l’évidence variable suivant les territoires, suivant l’attractivité des IFSI. Cette question de dénombrement devra être traitée en priorité.

Enfin, autre question liée au processus d'universitarisation et qui concerne l'avenir des formateurs en place dans les établissements de formation paramédicaux ou de maïeutique. Pour Stéphane le Bouler, il faut être clair : l'intégration universitaire conduira à une évolution très substantielle des conditions d'encadrement pédagogique. La place des enseignants chercheurs sera de plus en plus forte dans la formation mais aussi dans la gouvernance et la conduite de projets.

Dans l'attente des conclusions...

Encore une fois, nous suivrons attentivement, et pas à pas, l'avancée de ce processus d'universitarisation. Nous attendrons en effet les premières conclusions des différents groupes transversaux pour mieux visualiser et ce, concrètement, les réponses apportées, point par point, en termes d'organisation de recrutement d'étudiants en soins infirmiers, de pédagogie, d'articulation des parcours de formation, sans oublier sa déclinaison, homogène, sur le territoire, les transferts de coût associés et sans nul doute bien d'autres choses qui émergeront au fil et à mesure des réflexions.

Creative Commons License

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (7)

Utilisateur supprimé

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4 commentaires

#7

Attractivité

Je ne comprends pas trop cette obsession de rattacher les écoles de formation aux universités alors qu'en France (sauf exceptions), l'université est mal considérée et on a tendance à l'éviter pour le premier cycle.

lea sarran

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1 commentaires

#6

rapport

vous allez délaissez bcp d'étudiant qui aurait pus montrer leurs preuve

45100

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#5

formations pratique avancée

Bonjour,

quand vous notez "la mise en œuvre de formations aux nouveaux métiers en débutant par la pratique avancée des infirmiers dès la rentrée 2018", avez vous une liste des universités qui proposeraient cette formation?

binoute1

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499 commentaires

#3

oui

oui, on peut

Laureea

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2 commentaires

#2

Rapport

Bonjour. Ou peut-on voir le rapport en entier?

binoute1

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499 commentaires

#1

jamais 2 sans 3

après le fameux "grade licence", maintenant la formation qui arrive à l'université (et on veut vous faire croire que c'est génial...), quelle sera la 3eme idée de génie de ces penseurs qui nous veulent du bien ?