TFE - Le toucher en conscience dans le lien de confiance

En juillet 2019,  Jennifer Richard, étudiante en soins infirmiers à l’Institut de formation en Soins Infirmiers des Diaconesses, Paris (promotion 2016- 2019), soutenait son travail de fin d'études sur la thématique suivante  "Le toucher en conscience dans le lien de confiance". Elle souhaite aujourd’hui le partager avec la communauté d’infirmiers.com et nous la remercions.

TFE - Le toucher en conscience dans le lien de confiance

Cette infirmière a su utiliser les mots justes et surtout avoir le geste adapté. Cela semblait si facile et si naturel. Je me suis alors questionnée sur les raisons qui faisaient que certains soignants avaient plus de facilité que d’autres à communiquer par le toucher.

Voici comment cette étudiante présente ce travail de fin d’études. "Le toucher est au coeur de notre métier de soignant. Mais de quel toucher parle-t-on ? Laver, désinfecter, panser… Le toucher technique, on l’apprend facilement puis on le maîtrise. Pourtant, le toucher, c’est aussi un incroyable outil de mise en relation. Aujourd’hui de nombreux écrits attestent de ses bienfaits dans les soins et dans la relation à l’autre. Mais que met-on derrière cet acte ? Qu’est-ce qui différencie un simple toucher technique d’un véritable toucher relationnel ? Très tôt dans ma formation, lors de mes expériences de stage, j’ai été confrontée à un questionnement sur le toucher, et plus particulièrement sur le toucher juste. Face à la détresse des patients, et ne sachant trop quoi leur dire, je me permettais parfois une caresse. Mais prise de doutes, je me demandais si mon geste était adapté, si je n’avais pas été trop intrusive.

Cette ambivalence entre mon statut de future soignante qui, par définition, touche des corps, et ma propre personnalité, m’a amenée à discuter avec d’autres professionnels sur ces difficultés relationnelles.

J’effectue, depuis trois semaines maintenant, un stage en hôpital de jour dans une structure réputée dans la prise en charge des cancers, et notamment du cancer du sein. Dans ce service, les patients viennent recevoir leur traitement de chimiothérapie pour quelques heures puis rentrent chez eux.

Ce jour-là, je travaille avec d’autres infirmières dans une salle ouverte pouvant accueillir jusqu’à neuf patients. Je viens de prendre en soin une patiente âgée de 45-50 ans. Elle est atteinte d’un cancer du sein métastasé. Je suis à ma troisième semaine de stage et je commence à plutôt bien maîtriser la pose d’aiguille sur Port-a-Cath, l’infirmière qui m’encadre ce jour-là me laisse réaliser le soin en autonomie. Pendant que je prépare le matériel, j’interroge la patiente sur les éventuels effets que sa dernière cure a pu provoquer. Je lui demande comment elle se sent. Elle soupire : Fatiguée !. Il ne s’agit pas seulement d’une fatigue liée au traitement. Il y a aussi une fatigue morale. En l’occurrence, il s’avère que la pathologie de cette patiente progresse malgré les traitements proposés.

En hôpital de jour, on voit les patients quelques heures, et à aucun moment on ne parle de cette angoisse de mort. Tout tourne autour du traitement et de ses effets.

Je continue à la questionner, j’essaie de lui faire verbaliser sa souffrance mais la patiente reste fermée, ne répondant que de façon concise. Peut-être déstabilisée par la situation, et ne sachant quoi lui dire, je n’ai pas réussi à la perfuser. J’ai donc appelé mon infirmière référente afin qu’elle puisse reprendre la main. Elle a continué la discussion :

  • Comment vous vous sentez depuis la dernière cure ?
  • Fatiguée ! Je l’ai déjà dit à la jeune fille.
  • Comment ça se passe au quotidien ? Vous arrivez à faire vos activités habituelles ?
  • C’est difficile. Je dors beaucoup.
  • Je comprends, oui.

Elle a laissé s’écouler quelques secondes de silence, puis elle a dit : Et vous, comment vous le vivez ? Elle a posé sa main sur la sienne. Et la patiente s’est effondrée en larmes. Enfin, elle pouvait lâcher tout ce qu’elle avait sur le coeur. Je pensais que son attitude témoignait d’une volonté à ne pas s’exprimer. Pourtant, cette infirmière a réussi, par ce geste, à libérer la parole. Vous savez, moi, la mort, je m’en fous… Je n’en ai plus rien à faire. C’est pour mes filles surtout… La mort, voilà le mot est dit. Cette patiente pense avant tout à ses filles, pourtant déjà grandes. L’une est mère, l’autre étudiante sur Paris. C’est l’idée de les laisser seules qui l’attristent le plus. Elle continuera ainsi à parler avec l’infirmière de leur relation et de la façon dont ses filles perçoivent la situation.

Lorsque les mots nous manquent, le toucher est le dernier lien qu’il nous reste pour témoigner de notre compassion.

Cette infirmière a su utiliser les mots justes et surtout avoir le geste adapté. Cela semblait si facile et si naturel. Je me suis alors questionnée sur les raisons qui faisaient que certains soignants avaient plus de facilité que d’autres à communiquer par le toucher. Le toucher est-il un sens inné ? Peut-on espérer l’acquérir et le développer au fil de nos expériences ? Mais d’ailleurs l’expérience suffit-elle ? Tout dans son attitude témoignait d’une réelle bienveillance, d’une volonté profonde à transmettre à l’autre son soutien et sa force aussi. J’ai eu le sentiment que plus que le geste, l’intention qu’on y mettait était essentiel".

Lire le TFE - "Le toucher en conscience dans le lien de confiance" (PDF)

Rédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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