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AES : "J’ai regardé dans le dossier de la patiente et je n’ai rien trouvé, alors je n’ai rien déclaré"

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AES

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Les accidents d’exposition au sang (AES) restent encore relativement courant et les infirmiers demeurent les principaux touchés. On en compte autant que d’accidents corporels de la circulation routière. L’enquête réalisée par l’Ordre national des infirmiers en 2018 montrait la persistance de ce type d’accident pourtant souvent évitable. Elle suggérait également un lien entre AES et manque d’expérience. Sur le forum, une étudiante en soins infirmiers se questionne sur les délais pour déclarer un AES. Ses pairs lui apportent réponses et soutien.

AES : "J’ai regardé dans le dossier de la patiente et je n’ai rien trouvé, alors je n’ai rien déclaré"

"Je me suis piquée avec une aiguille. Il y avait un risque infime que j’attrape quelque chose donc je n’ai pas fait de déclaration".

Alors que j’étais en stage, il y a un mois environ, je me suis piquée avec une aiguille alors que je faisais une injection d’insuline en sous-cutanée (il n’y avait donc pas de sang sur l’aiguille). J’en ai parlé à l’infirmier qui m’a dit qu’il existait un risque infime que j’attrape quelque chose. J’ai regardé dans le dossier de la patiente et je n’ai rien trouvé. Je n’ai donc pas fait de déclaration d’accident. J’ai tout de même demandé à mon médecin de faire les tests sérologiques afin de me rassurer mais il veut que j’engage la procédure. Cela m’inquiète car les faits datent d’un mois et j’ai peur d’entrer en conflit avec mon IFSI pour ne pas avoir fait de déclaration, raconte Clara.bsni sur notre forum. Si les internautes tranquillisent la jeune femme quant à des remontrances potentielles de la part de son institut de formation, ils lui rappellent quand même qu’un AES doit être déclaré, et ce, dans les plus brefs délais !

La non-déclaration ne peut avoir de conséquences dommageables que pour vous, remarque Leopold Anasthase. La folldingue pense légitime de rappeler ce qu’est un accident d’exposition au sang et qu’un AES ne concerne pas que le sang mais l'ensemble des liquides biologiques du patient qui peuvent entrer en contact avec les muqueuses du soignant qui sont très vascularisées et donc à risque infectieux plus élevé. En effet, le GERES (groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants) est très clair là-dessus : Un AES est défini comme tout contact avec du sang ou un liquide biologique contenant du sang et comportant soit une effraction cutanée (piqûre ou coupure), soit une projection sur une muqueuse (œil, bouche) ou sur une peau lésée. Sont assimilés à des AES les accidents survenus dans les mêmes circonstances avec d’autres liquides biologiques tels que sécrétions génitales, liquide cérébro-spinal (LCS), synovial, pleural, péritonéal, péricardique, amniotique… Ils doivent donc être considérés comme potentiellement contaminants même s’ils ne sont pas visiblement souillés de sang comme un AES.

Dans un dossier on ne peut trouver que ce qui a été fait !

Un mois après, on ne peut plus le déclarer comme accident du travail

La plupart des forumeurs lui annoncent qu’après un mois elle n’est plus dans les clous. S'il s'avère que tu as été contaminée, tu ne seras plus dans les délais pour le déclarer en accident du travail, souligne Nurse pralinée. En effet, sur le site du Snitem, (Syndicat National de l'Industrie des Technologies Médicales), qui s’est allié au GERES et à l’ONI lors de la dernière campagne de sensibilisation sur les AES en 2018, il est clairement expliqué qu’il faut s’informer auprès du médecin du travail, du cadre ou du bureau du personnel car les modalités pratiques varient d’un établissement à l’autre et d’un régime social à l’autre, mais qu’il demeure toutefois indispensable d’effectuer la déclaration dans les 24h afin de garantir les droits de l’agent blessé.

Néanmoins, les soignants lui conseillent de faire tous les examens nécessaires ne serait-ce que pour plus de sérénité. D’après le GERES, outre le suivi de la tolérance d’un éventuel traitement post-exposition (TPE), la nécessité d’un suivi médical et sérologique doit être discuté en fonction du statut non seulement VIH mais aussi VHC, voire VHB de la personne source. Or, dans un dossier on ne peut trouver que ce qui a été fait …, précise Binoute1. Pour la convaincre Nurse Pralinée évoque sa propre expérience : J'ai aussi fait un AES avec un stylo insuline en première année, en EHPAD. Les sérologies n'étaient pas faites sauf si en cas de besoin ou de doute. Dans ma situation, en l'occurrence, on a prélevé la patiente qui était négative. Je pense que c'est le minimum à faire et cela te libère l'esprit.

Suivi biologique en cas d'exposition au sang ou liquide biologique

Source : GERES

La déclaration de l’accident du travail et le suivi sérologique sont les seuls moyens de garantir les droits de l’agent blessé. Le suivi est assuré par le médecin choisi par l’accidenté(e), selon le GERES.

La conduite à tenir pour éviter les AES

Pour la Folldingue, la jeune ESI devrait tirer parti de cette expérience cela te servira pour la prochaine fois ! Tu seras plus vigilante !!!. Le plus important est de respecter les procédures pour éviter ce type d’accident, même si cela peut toujours arriver. Pour l'éviter, pas de secret, les gants et le respect des mesures de protection (lunettes et masque pour les aspi.…) Et ne JAMAIS recapuchonner une aiguille qui a été en contact avec le patient !!! Inutile de te demander si tu avais des gants pour ton insuline....

Autre point qui semble inquiéter certains professionnels, c’est l’attitude du formateur en charge de l’étudiante. Ne pas déclarer l'accident s'il vous arrive et ne pas inciter à déclarer l'accident s'il arrive à une autre personne sont des choses à éviter, s’énerve Leopold Anathase. La folldingue aussi se pose des questions quant à ce comportement. Si des protocoles ont été mis en place, ce n'est pas pour rien... alors soit il était embêté que son ESI ait fait un AES, soit il n'est pas au clair avec le protocole.

Rappelons que, selon l’enquête relativement récente de l’ONI, 80% des AES seraient évitables. Par ailleurs, en cas de risque de contact avec du sang ou d’autre produit d’origine humaine, 17 % des répondants avaient admis ne porter que parfois des gants. Ils étaient un nombre similaire à recapuchonner parfois les aiguilles. Pire encore, un tiers des participants avaient avoué ne pas avoir déclaré un AES après l’avoir subi ! Clara.bsni n’est donc pas un cas unique, loin de là ! Espérons que cet accident n’aura pas de conséquence pour elle et qu’il lui permettra, par la suite, de suivre au mieux les procédures standards.

N’hésitez pas à réagir sur le sujet sur notre forum !

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Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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